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Plus on parle d’économie, plus on entend sur le sujet, dans les médias généralistes, des âneries

Ce qui fit la gloire de la France explique aujourd’hui sa relative faiblesse.

Par Guy Sorman

Plus on parle d’économie, plus on entend sur le sujet, dans les médias généralistes, des âneries. Deux exemples du jour : la TVA sociale et les PME tenues pour responsables des faibles exportations françaises.

La TVA sociale est un mistigri qui court depuis vingt ans et réapparaît en période électorale : déplacer le financement de la Sécurité sociale de l’employeur au consommateur est un jeu à somme nulle qui ne créera ni richesses, ni emplois. En des temps plus anciens, les politiciens envisageaient de demander plus à l’impôt et moins au contribuable : la TVA sociale, c’est identique, en plus prétentieux.

Attribuer le déficit commercial aux PME qui exportent peu relève d’une ignorance plus répandue, celle du poids de l’histoire en économie. Les exportations allemandes reflètent l’histoire longue de l’Allemagne : décentralisation et expertise technique. Les exportations allemandes sont à l’image de cette histoire, dominées par des grandes PME, spécialisées. De la même manière, les exportations françaises sont dominées par des entreprises et des métiers qui entretiennent une relation ancienne avec l’État central : les armes, le luxe, l’énergie, les transports collectifs. Chacun, en somme, exporte son Histoire.

Ce qui fit la gloire de la France explique aujourd’hui sa relative faiblesse : manque de diversification et de spécialisation, aggravé par des coûts du travail élevés, quel qu’en soit le mode de financement. Renouer avec la croissance exigerait donc une réflexion et une stratégie de très long terme, ce que notre régime politique permettrait mais que, bizarrement, aucun Président depuis Pompidou n’a envisagées.

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