Freddie et Fannie sont dans un bateau, all over again

Freddie et Fannie ont menti sur leur exposition réelle aux subprimes. Et pas qu’un peu.

Freddie et Fannie ont menti sur leur exposition réelle aux subprimes. Et pas qu’un peu.

Par h16

Comme je suis toujours en vacances et que je ne vais pas vous enquiquiner avec mes lubies, je vais me contenter d’un petit (?) billet narrant les derniers rebondissements de Freddie Mac et Fannie Mae…

Pour ceux de mes lecteurs qui ne le savent pas, Freddie et Fannie ne sont pas deux célèbres crooners américains qui distribuent de délicieux cookies pendant leurs concerts, mais deux organismes de crédit immobilier, la Federal National Mortgage Association (Fannie Mae) et la Federal Home Loan Mortgage Corporation (Freddie Mac). Ces deux institutions sont depuis 2008 sous l’entière responsabilité du gouvernement fédéral américain, qui a donc depuis abandonné toute prétention de faire passer ces deux gros monstres mous pour des entreprises privées.

Et si je parle ici de gros monstres mous, c’est parce que ces deux organismes ont été les principaux acteurs (en taille et en influence) de la crise des subprimes : à la demande expresse du gouvernement américain, ils ont en effet distribué des prêts immobiliers à pas cher et à qui en réclamait, pratiquement sans vérification de solvabilité, et ont aidé à l’immense roue de repackaging des prêts plus ou moins pourris en bons prêts succulents estampillés AAA.

Lorsque l’ensemble des magouilles (puisqu’il s’agit bel et bien de magouilles en l’occurrence) furent éventées, les deux institutions avaient finalement admis une exposition aux subprimes de 6 milliards de dollars pour Freddie Mac et 8 milliards pour Fannie Mae… Exposition qui se traduit, concrètement, par une perte des prêts correspondants, dont la plupart des porteurs ont été rapidement déclarés insolvables.

(Ici, vous insérez l’intervention de Super Contribuable qui enfile son slip en béton armé par dessus son pyjama en tungstène et distribue du cash à tous ces établissements afin de les renflouer, Too Big To Fail qu’ils sont. En plus, c’est facile, le cash, ça pousse tout seul sur les arbres.)

Dernièrement, on apprend cependant que — oups — les montants incriminés sont un chouilla plus importants que ceux qui ont été déclarés du bout des lèvres en 2008 lorsque la situation était encore, à l’époque, plutôt calme comparée à celle qui nous occupe actuellement.

La différence fait cependant un peu peur. Et la SEC (Security Exchange Commission, en charge de la régulation des marchés financiers) a donc décidé d’attaquer les deux institutions pour… fraude, pure et simple (ici, dissimulation de l’exposition réelle aux subprimes).

Et quand on voit les montants impliqués, on comprend que les dirigeants aient un peu tout fait pour cacher le niveau général de panique qui s’est emparé de Freddie et Fannie lorsque la crise des subprimes a éclaté :

Exposition de Freddie et Fannie, pour de vrai

Eh oui, les montants que vous lisez sont bien en milliards de dollars et oui aussi, le total fait dans les 360 milliards de dollars. Ce qui est, au passage, très proche du montant de la dette publique grecque ; si ce pays est dans le caca qu’on connaît actuellement, on peut imaginer sans mal que ces deux institutions ne vont pas aider au bien-être général du gouvernement américain…

Il est maintenant particulièrement amusant de constater que ces colossaux montants dévoilés sont le fait d’institutions publiques. Les éternels contempteurs du libéralisme, toujours prêts à réclamer plus de régulations, trouveront certainement, par l’une de ces contorsions rhétoriques dont ils ont l’habitude détestable, une façon d’expliquer ce merdoiement ultime par une trop grosse dose de liberté et de méchant capitalisme.

Il n’en reste pas moins vrai qu’il aura fallu plus de trois ans à l’autorité de régulation des marchés (institution publique) pour découvrir plus de 300 milliards de trou. On ne peut que conclure que la régulation étatique, ça marche du tonnerre.

Il n’en reste pas moins vrai que ces montants babylonesques de crédits pourris sont le faits de deux institutions publiques. Là encore, lorsque l’État se mêle de finance et d’immobilier, force est de constater un feu d’artifice d’incompétence porté au rang d’art.

Décidément, ces interventions de l’État pour favoriser l’emprunt, pour aider l’immobilier, pour rattraper deux institutions filles pendant leur explosion en vol, cette magnifique régulation aux petits oignons, tout ça, pas de doute, c’est vraiment un échec du libéralisme !

—-
Sur le web