Les faux modérés, idiots utiles du socialisme

La « théorie du juste équilibre » invoquée pour contrebalancer les supposés excès du libéralisme est appliquée de manière partiale

La « théorie du juste équilibre » souvent invoquée pour contrebalancer les supposés excès du libéralisme est appliquée de manière partiale.

Par Domi

Souvent, les critiques du libéralisme se font au nom de la modération.

Ceux qui les formulent affirment rejeter indifféremment les excès dans les deux sens. C’est l’équilibre qu’ils visent. Ils ne s’opposent pas à l’économie de marché en tant que telle mais aux excès du libéralisme.

Ce discours, sans être scientifique, peut sembler conforme au bon sens. Puisque le marché et l’État sont les deux modes de production utilisés par les sociétés industrialisées, il est probable que la meilleure solution sera intermédiaire entre le tout marché et le tout État.

Lorsque les dysfonctionnements d’un secteur économique précis (le marché de l’emploi, le marché du logement) sont en cause, le politique, l’expert, ou le commentateur expliquera pareillement leur origine par les excès du marché.

Pour fixer les termes, ce que j’appellerai ici « théorie du juste équilibre » ou du juste milieu est dans ce cas appelé en renfort de la démonstration de manière implicite. Si celui qui s’exprime fait référence à un excès du marché, c’est qu’il considère qu’un équilibre existe entre les deux solutions extrêmes et qu’il peut exister aussi un excès d’État. Sinon, il expliquerait simplement le problème par le recours au marché.

Pourtant, le commentateur ne donnant pas les raisons pour lesquelles l’exagération concerne le marché, tout se passe comme s’il s’agissait d’une évidence incontestable. Cela serait vrai si le recours au marché était toujours à proscrire, l’État convenant à la gestion de l’ensemble de l’activité économique, mais une telle proposition serait en contradiction avec la théorie du juste équilibre.

Ainsi, à chaque fois qu’un commentateur explique les défauts de la situation économique par l’excès de marché sans donner plus d’explications, il a recours à deux arguments implicites contradictoires : il faut viser un équilibre implicite entre l’État et le marché, et l’excès ne peut provenir que du marché.

La théorie du juste équilibre implique que l’excès peut venir des deux côtés. Le recours abusif à l’État devrait effrayer autant que la surabondance du marché et l’identification de l’excès être menée avec une précaution particulière.

On pourra rétorquer que celui qui tient un discours peut, pour diverses raisons (manque de temps ou de place, élégance et sobriété de l’argumentation…) exposer certaines positions sans les démontrer (comme celle attribuant l’origine d’un problème donné au marché plus qu’à l’État).

Mais ce qui est admissible dans le détail des discours particuliers est inexcusable sous la forme d’une tendance généralisée à l’échelle d’une société.

En France, le marché est toujours le seul coupable présumé de la rupture d’équilibre. Le vocabulaire est révélateur d’un déséquilibre des craintes à cet égard. Les expressions désignant les excès supposés du libéralisme sont pléthoriques : « ultralibéralisme », « libéralisme sauvage », « libéralisme à tout crin », « libéralisme triomphant », « libéralisme sans frein », « le tout marché ». Il n’en existe pas d’équivalent pour qualifier une intervention excessive de l’État (sauf à inverser ceux qui ont d’abord été conçus pour dénoncer l’excès contraire).

C’est donc systématiquement une intervention publique (par une loi ou par la prise en charge par l’État d’un secteur économique) qui sera la solution envisagée. À terme cette attitude aura pour conséquence une mainmise généralisée de l’État sur l’économie, excès que les faux modérés ne semblent pas inquiets de juguler.

Pourtant l’expérience nous incite à craindre davantage les excès de l’État que ceux du marché.

Les États-unis au XIXème siècle ont été une des sociétés les plus proches d’un système de laissez-faire. Par exemple, la part des dépenses publiques dans le PIB a été la plupart du temps comprise entre 1 et 5% contre plus de 35% aujourd’hui. Or, la croissance économique a été soutenue tout au long de la période, le niveau de vie a été multiplié par quatre entre 1820 et 1913 (Angus Maddison, 1820-1992 analyse et statistiques page 20) alors que la population a été multipliée par neuf dans le même temps !

Avant la guerre de 1914 les Etats-unis avaient atteint un niveau de développement supérieur à bien des pays du monde actuellement alors que les connaissances techniques accumulées par l’humanité était bien plus faible à l’époque et le système économique reposait sur une division du travail sophistiquée.

En revanche, les sociétés qui misaient uniquement sur l’État ont été souvent touchées par le désastre économique le plus effroyable qui se puisse imaginer : la famine.

L’Urss stalinienne, la Chine Maoïste, l’Éthiopie de Mengistu, le Cambodge de Pol Pot, la Corée du Nord en ont été des exemples trop fameux. Cela concernait pourtant des sociétés qui pouvaient suivre l’exemple de sociétés prospères et développées à l’inverse des pays libéraux du XIXème siècles, contraints de tracer leur propre voie vers le développement.

S’il y a bien un excès à craindre, c’est celui de l’extension de l’État.