Les libertariens de South Park

Publié Par Contrepoints, le dans Culture

Dans la série animée « South Park », un ensemble de sujets concernant la société civile et le gouvernement sont abordés avec humour, vulgarité et désinvolture.

Par Jean-Philippe L. Risi (*), depuis le Québec
Article publié en collaboration avec Le Québécois Libre

South Park, la série télévisée fort connue de Matt Stone et Trey Parker, aura attiré beaucoup de controverses en 15 saisons. C’est en effet depuis 1997 que les quatre enfants protagonistes de la petite ville de South Park au Colorado observent des situations dignes de Monty Python. Mais puisqu’il s’agit d’un dessin animé, est-ce approprié pour un jeune public ?

Pas vraiment, puisque l’auditoire visé est évidemment adulte. Qui plus est, l’avantage du médium est que les créateurs peuvent se permettre un certain niveau de vulgarité qui ne passerait pas avec une méthode plus traditionnelle. Les premières saisons présentent des scénarios assez surréalistes et vulgaires, quoiqu’on remarque déjà que les figures d’autorité sont d’une stupidité effrayante. On y affiche également une grande quantité de stéréotypes qui ne servent qu’à choquer les lobbys sociaux traditionnels ‒ pensons au chef de cafétéria de l’école, qui est un homme noir chantant comme Barry White toutes les deux minutes.

Peu à peu, on commence à y voir des critiques sociales très claires et dirigées. Lors de la quatrième saison, on y parodie ouvertement la notion de crime haineux lorsque des agents fédéraux traînent en justice l’un des enfants ayant insulté un de ses camarades de classe de race noire. « La prochaine fois que tu intimides une personne à l’école, assures-toi qu’elle soit de la même couleur que toi », lui explique un juge après la délivrance d’une sentence de deux ans dans un pénitencier juvénile.

De l’éducation sexuelle à l’école au traitement des mourants en soins palliatifs, de l’immigration illégale à l’homosexualité en passant par la régulation du taux d’urine dans les piscines publiques, un ensemble de sujets concernant la société civile et le gouvernement y sont abordés avec humour, vulgarité et désinvolture, d’autant plus que l’ensemble des positions du spectre politique américain y est sérieusement ridiculisé.

« We find just as many things to rip on the left as we do on the right. People on the far-left and the far-right are the same exact person to us », explique Trey Parker lors d’une entrevue.

Les positions politiques des créateurs ont été remarquées assez rapidement aux États-Unis. Pour les connaisseurs, c’est Andrew Sullivan (commentateur politique américain) qui, en 2001, utilisera l’expression « South Park Republican » pour désigner une nouvelle génération de jeunes ayant des positions « de centre droit » en phase avec la série. En 2006, lors d’une entrevue avec le magazine Reason, les deux créateurs ont affirmé que leurs positions étaient assez proches du libertarianisme après avoir indiqué leur dédain pour les étiquettes. Dans les faits, Matt Stone indique ne pas être sur les listes électorales et Trey Parker est enregistré comme membre du Parti libertarien des États-Unis.

Leurs créations ne s’arrêtent pas à South Park. Le film Team America : World Police est probablement l’une des meilleures illustrations du néoconservatisme américain et de la guerre au terrorisme. Sorti en 2004, le long-métrage réalisé avec des marionnettes qui rappelleront aux plus vieux Les sentinelles de l’air critique sérieusement l’interventionnisme militaire américain ainsi que la naïveté des artistes gauchistes utilisant leur popularité pour faire avancer des causes politiques. D’ailleurs, Sean Penn, qui est ridiculisé dans le film, a écrit une lettre publique pour dénoncer l’oeuvre et l’insouciance de ses créateurs, puisque cette dernière aurait eu le pouvoir de changer le cours des prochaines élections…

L’épisode de la série South Park ayant causé le plus de controverse est sans doute le fameux 200, diffusé en avril 2010. Après le meurtre de Théo Van Gogh et l’affaire des caricatures de Mohamed, personne n’avait osé essayer de représenter le prophète ; or, ledit épisode se termine en laissant entendre que l’homme apparaîtra dans la suite de la semaine suivante. Après des lettres de menace de mort, le studio responsable (Comedy Central) a pris la décision de censurer les créateurs.

Plusieurs ont eu la présence d’esprit de critiquer l’aplaventrisme de la firme. Céder aux menaces barbares n’a pas choqué que les libertariens, mais plusieurs commentateurs d’actualité. Le plus ironique est que la censure aura finalement aidé à illustrer l’argument qu’on voulait défendre, le scénario de l’épisode étant que des vedettes hollywoodiennes décident de kidnapper Mohamed afin de lui voler son pouvoir de ne pas être ridiculisé en public…

Les projets d’avenir sont encore nombreux. Non seulement la série sera encore en production pour plusieurs saisons, mais la comédie musicale The Book of Mormons vient de sortir à Broadway. Selon les critiques, cette dernière ridiculise le dogmatisme religieux tout en plaidant pour l’importance de la foi. On ne peut que se réjouir de la popularité des deux créateurs. En effet, ces derniers sont probablement ceux qui ont le plus popularisé des positions libertariennes dans les débats concernant la société civile et l’interventionnisme gouvernemental, et on ne peut que leur souhaiter du succès.

Et pour ceux qui en auraient l’envie et le temps, voici une liste non exhaustive des épisodes ayant des tendances libertariennes évidentes :

02-17 Gnomes, un cours d’économie 101 sur les grandes entreprises.
04-03 Car Man’s Silly Hate Crime 2000, où Cartman commet un crime haineux
05-07 Proper Condom Use, où les enfants subissent une éducation sexuelle.
06-14 Death Camp of Tolerance, de l’ingénierie sociale à son meilleur.
07-04 I’m a Little Bit Country, la guerre en Irak à son meilleur.
08-09 Something Wal-Mart This Way Comes, qui se souvient des débats sur les Wal-Mart ?
09-04 Best Friends Forever, sur la religion et le débranchement des individus dans le coma.
10-06 ManBearPig, qui a provoqué un boycott de l’émission de la part des environnementalistes.
13-03 Margaritaville, au sujet de la crise financière de 2008.
14-05 200, qui aura entraîné des menaces de mort.

La série au complet est disponible sur leur site officiel southparkstudios.com/guide. Et comme par hasard, Matt Stone et Trey Parker ne sont pas en guerre contre le piratage !

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Article originellement publié sur le Blog du QL le 15.12.2011, reproduit avec l’aimable autorisation du Québécois Libre.

(*) Jean-Philippe L. Risi habite Québec où il est étudiant à l’Université Laval.

  1. Et l’épisode 15-12, où ils démontent les 99%.

  2. Il faudrait que je regarde plus souvent $^^

  3. Dans cette liste, l’épisode « L’Engin » (The Entity, saison 5, 11ème épisode) aurait pu avoir une place de choix. Il dénonce à la fois les mesures de sécurité aberrantes dans les aeroports et les mesures que le gouvernement peut prendre pour sauver une industrie menacée par un innovateur moins bon en lobbying.

    1. +1, c’est une des rares séries où quand un petit business est fermé manu militari, c’est par les agents du gouvernement et non par une affreuse multinationale sans scrupule.

  4. Je signale aussi « Christian Rock », sur les conséquences du téléchargement illégal, le message est assez violemment ironique.

  5. Leurs positions sont quand même plus ambigues que ça. Ils n’épargnent pas non plus le Tea Party dans l’épisode 15-4.

    1. La grande majorité des membres des tea party ne sont pas des libéraux ou des libertariens, ils sont simplement contre l’impôt.
      Il y a quand même une grosse différence entre vouloir protéger son argent et lutter pour la liberté…

  6. Stop Clopes sur le tabac..

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