Crise en Europe : les tout derniers développements

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Un jour on apprend que l’Euro est sauvé, et le lendemain on se rend compte qu’il n’en est rien.

Par Le Minarchiste

Les nouvelles à l’égard de la crise Européenne se succèdent à un rythme effarant, à un tel point que le commun des mortels (et certains des lecteurs de ce blogue) sombre dans la plus profonde confusion. Certains jours on apprend que l’Euro est sauvé, pour que le lendemain on se rende compte qu’il n’en est rien. Voici donc quelques éclaircissements concernant les développements des derniers jours.

Tout d’abord, le 30 novembre, les banques centrales de 6 pays (États-Unis, Canada, Royaume-Uni, Japon, Suisse et BCE) ont annoncé qu’elles allaient collaborer pour fournir de la liquidité aux banques européennes, à un taux de 0.5% (le programme précédent de la Fed coûtait 1.0%). En termes simples, cela signifie que la Federal Reserve va créer des dollars US à partir de rien pour les prêter à la BCE, qui elle les prêtera aux banques commerciales européennes.

Pourquoi? Parce que ces banques ont des prêts en devises étrangères auprès d’investisseurs étrangers qui viennent à échéance et que plus personne ne veut les renouveler. Elles doivent donc trouver des fonds pour les rembourser, ce qui engendre un problème de liquidité. Cette mesure permettra donc de mitiger ce problème de liquidité.

Cela signifie aussi que ces pays subiront une partie de la dévaluation monétaire nécessaire à ramener la zone Euro à l’ordre (i.e. les Américains, Canadiens et autres perdront du pouvoir d’achat au profit des Européens). Pourquoi ces pays acceptent-ils cela? Parce que si les banques européennes font défaut, les banques Américaines et Canadiennes subiront des pertes importantes, et comme les grandes banques commerciales contrôle les banques centrales, il n’y a pas eu de problème à les induire à fournir cette aide. En passant, on pourrait dire que la Fed a officiellement lancé son troisième programme de « quantitative easing »!

De son côté, la Banque Centrale Européenne (BCE) a fait ce qui était attendu d’elle : elle a abaissé son taux directeur de 25 points à 1.00%, elle a réduit les critères d’éligibilité des garanties qu’elle accepte, elle a augmenté la maturité de ses prêts de 12 à 36 mois et a réduit son ratio de réserve minimal de 2% à 1%. En somme, ces mesures visent à soulager les problèmes de liquidité des banques commerciales européennes, mais ne règle pas leur problème de capital et la piètre qualité de leurs actifs.

Ensuite, pendant que les politiciens européens se consultaient à savoir comment ils allaient secourir leurs banques, S&P et Moodys ont décidé de placer la cote de crédit de 15 pays européens en révision. C’est logique : si un pays s’engage à sauver ses banques, cela sera négatif pour sa situation financière! Ce qui jette vraiment du sable dans l’engrenage des politiciens est que si des pays tels que l’Allemagne et la France voyaient leur cote de crédit abaissée, la cote de crédit du Fonds Européen de Stabilité Financière ne pourrait plus être de AAA, ce qui réduirait énormément sa capacité à recueillir des fonds pour aider les PIIGS. Les politiciens se retrouvent donc avec les mains liées!

Ensuite, il y eu le fameux Sommet des 8 et 9 décembre. On a appris que les politiciens se sont entendus sur des sanctions advenant un déficit supérieur à 0.5% du PIB (une forme de Traité de Maastrich en plus sévère). Le seul hic est qu’aucun des pays concernés ne pourra atteindre cet objectif avant 2014-2015 au bas mot! Ils ont aussi convenu d’un nouveau fonds de secours (l’ESM) de 200 milliards d’Euros pour remplacer le FESF (ce qui sera nettement insuffisant) et que les obligations souveraines des pays en difficultés ne subiraient aucune radiation de leur valeur (pour ne pas couler le bilan des banques commerciales qui en détiennent plein). Cependant, Merkel a maintenu sa position : il n’y aura pas d’Eurobonds. Qu’est-ce qu’un Eurobond? En bref, c’est un titre de dette qui serait émis au nom de l’ensemble des pays Européens, ce qui permettrait au PIIGS de lever de la dette à taux nettement inférieur, bénéficiant de la cote de crédit des pays en plus saine santé financière.

Finalement, comme tout le monde a les mains liées, on commence de plus en plus à se tourner vers le Fonds Monétaire International (FMI). Le problème est que ce fonds a une capacité de prêt de $390 milliards alors qu’au cours des 6 prochains mois, l’Italie et l’Espagne à eux seuls feront face à des maturités de dette de $276 milliards et $150 milliards respectivement. Il faudrait donc que le FMI soit renfloué. Mais par qui? Apparemment, la BCE pourrait le faire avec des Euros fraîchement imprimés. Cela est foncièrement ridicule car la BCE n’est pas autorisée à acheter directement des dettes souveraines, mais elles pourrait prêter au FMI qui lui utiliserait l’argent pour acheter des dettes souveraines!

En conclusion, les pays de la zone Euro ont finalement compris que pour qu’une union monétaire fonctionne, il faut aussi une certaine coordination fiscale, mais il est néanmoins beaucoup trop tard. Cependant, l’austérité nécessaire à atteindre une meilleure situation fiscale pourrait agraver la récession à un moment plutôt inopportun. La solution du FMI semble intéressante à court terme, mais aura des conséquences néfastes à plus long terme. Ce qu’il faut réaliser est que peu importe si l’Euro survit ou s’il est abandonné, l’Europe sera témoin d’une dévaluation monétaire massive, soit par la BCE (à travers le FMI) ou par les banques centrales nationales (si l’Euro tombe).