Surmonter les obstacles à l’entrepreneuriat en santé

En raison d’une emprise étatique sur les soins hospitaliers et médicaux, l’entrepreneuriat est exclu d’une bonne partie du secteur de la santé

En raison d’une emprise étatique sur les soins hospitaliers et médicaux, l’entrepreneuriat, qui apporte pourtant des bénéfices indéniables, est exclu d’une bonne partie du secteur de la santé.

Par Yanick Labrie, depuis Montréal, Québec
Article publié en collaboration avec l’Institut Économique de Montréal

Une étude publiée par l’Institut C.D. Howe réaffirmait ce que plusieurs analystes répètent depuis des années : le système de santé canadien a besoin de réformes fondamentales afin d’utiliser plus efficacement les sommes qui y sont dédiées. Depuis quinze ans, les dépenses en santé augmentent plus vite que la croissance de l’économie canadienne. Elles accaparent maintenant près de 40 % des budgets des gouvernements provinciaux et territoriaux.

Or, malgré les sommes astronomiques allouées au système de santé au fil des ans, la population canadienne est loin d’en avoir pour son argent par rapport à la majorité des pays de l’OCDE.

Au Québec, 25 % de la population n’ont toujours pas de médecin de famille. Un patient doit attendre en moyenne 17,6 heures dans une salle d’urgence avant d’obtenir son congé, soit deux heures de plus qu’il y a dix ans.

Dans la plupart des secteurs économiques, ces multiples problèmes seraient perçus comme autant d’opportunités pour des entrepreneurs. Cependant, comme les soins hospitaliers et médicaux jugés « essentiels » sont monopolisés par l’État, les entrepreneurs sont par définition exclus d’une bonne partie du secteur de la santé. Même dans les domaines où la prestation de soins par le secteur privé est permise, il existe encore au Québec des contraintes juridiques et administratives lourdes qui freinent l’élan de ceux qui ont de bonnes idées et qui veulent se lancer en affaires.

C’est ce qui est arrivé avec Myca Santé, une entreprise de Québec maintenant chef de file dans le domaine des consultations virtuelles… aux États-Unis. Après s’être heurtés à ce qu’ils nomment une « bureaucratie décourageante » en tentant de lancer leur projet de télémédecine, il n’est plus question pour ses deux actionnaires principaux de développer l’entreprise ici.

L’entrepreneuriat apporte pourtant des bénéfices indéniables à plusieurs égards. Un bon exemple est celui de la chirurgie des yeux au laser (LASIK). Un nombre grandissant de cliniques se font maintenant concurrence au pays pour offrir le service et les résultats sont concluants. Alors que la chirurgie des deux yeux coûtait environ 5000$ il y a une dizaine d’années, elle coûte maintenant de 1000 à 2000$. Contrairement à la situation qui prévaut dans le système public de santé, les prix ont diminué malgré l’adoption au fil des ans de technologies toujours plus avancées.

Il ne fait aucun doute que les entrepreneurs pourraient être mis à contribution pour relever les défis que posent le vieillissement de la population et les coûts croissants des soins de santé au pays. Toutefois, le gouvernement devra desserrer l’étreinte du monopole public sur la prestation de soins essentiels et viser à faciliter la vie aux entrepreneurs plutôt qu’à leur mettre des bâtons dans les roues.

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(*) Yanick Labrie est économiste à l’Institut économique de Montréal et l’auteur de Surmonter les obstacles à l’entrepreneuriat en santé.