10 choses que pensent vraiment les méchants capitalistes

All you need (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Indignés et Occupy Wall Street, voici ce que pensent ceux auxquels vous vous opposez

 

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume-Uni

J’ai papoté avec quelques manifestants du mouvement « Occupy » ce matin, à Londres, et j’ai été frappé de voir à quel point ils se plantaient dans les idées qu’ils m’attribuaient en tant que politicien de droite. Dans l’intérêt d’une compréhension approfondie, voici 10 choses que -faites moi confiance- pense la fange conservatrice que je fréquente. Évidemment, je n’espère pas convertir les lecteurs de gauche en un seul billet ; mais ils auront tout de même peut-être une idée plus claire de ce que nous croyons vraiment.

1. Les partisans du marché libre n’ont pas apprécié le sauvetage des banques. Cela pourrait sembler évident : nous sommes après tout, contre les subventions étatiques et les nationalisations. Pourtant, cela étonne souvent les commentateurs qui, par erreur, prennent nos convictions en faveur d’une concurrence ouverte et du libre échange, pour une croyance en la ploutocratie. Il y a une différence du tout au tout, entre être pro-marché, et pro-monde des affaires. Parfois, il arrive que ces deux décisions coïncident ; mais, la plupart du temps, ce n’est pas le cas.

2. Ce qui s’est passé depuis 2008 n’est pas du capitalisme. Dans un système capitaliste, on aurait laissé les mauvaises banques faire faillite, et leurs opérations rentables auraient été rachetées par des concurrents plus efficaces. Les actionnaires, les détenteurs d’obligations et quelques épargnants auraient perdu leurs fonds, mais les contribuables n’auraient pas dépensé un seul centime. (voir ici).

3. Si vous souhaitez que les riches payent davantage, créez un système fiscal avec moins de tranches et plus simple. Cela repose en partie sur la suppression des niches (les manoirs enregistrés au nom de sociétés pour éviter les droits d’enregistrement, l’exemption d’imposition sur les plus values mobilières pour les non résidents, etc.). Principalement, cependant, il s’agit de ramener le taux d’imposition à un niveau où l’évasion fiscale ne se justifie plus. Comme le répète Art Laffer à qui veut l’entendre, cela marche à chaque fois. Entre 1980 et 2007, les États-Unis ont réduit les impôts, et ce quel que soit le niveau de revenu. Le résultat ? Les 1% les plus riches, qui payaient 19,5% de toutes les taxes auparavant, en assurent désormais 40%. En Grande-Bretagne, depuis que le taux le plus élevé sur l’impôt sur le revenu a été ramené à 40% en 1988, la part des impôts sur les revenus du centile le plus riche est passée de 14 à 27%.

4. Ceux parmi nous qui croient en un gouvernement moins puissant ne sont pas motivés par le désir de rendre les riches plus riches. Nous ne le sommes vraiment pas. Pour la plupart, nous ne sommes pas nous-mêmes du tout dans les tranches qui paient le plus d’impôt. Nos figures de proue, bon an mal an, sont des universitaires aux revenus modestes. Nous croyons que la liberté économique va enrichir le pays dans son ensemble. Oui, les riches pourraient devenir encore plus riches, mais nous ne voyons pas cela comme un argument s’opposant à l’élévation de la prospérité de la majorité.

5. Nous ne sommes pas contre l’égalité. En général, nous reconnaissons les avantages d’une homogénéité à la scandinave : la criminalité tend à être plus basse, les gens moins stressés, etc. Notre objection n’est pas que l’égalitarisme est indésirable en soi, mais que les politiques nécessaires pour l’imposer impliquent une perte disproportionnée de liberté et de prospérité.

6. À ce propos, l’intervention de l’État ne semble pas non plus un moyen efficace pour promouvoir l’égalité. Selon les indicateurs les plus élémentaires – taille, apport en calories, mortalité infantile, alphabétisation et espérance de vie – la Grande Bretagne est devenue une société plus égale depuis la calamité de 1066. Il est vrai qu’il y a une cinquantaine d’années, cette égalisation a pris fin, et certaines tendances se sont inversées. Il existe plusieurs théories contraires, mais une chose est indéniable : l’augmentation récente de l’écart de richesse s’est déroulée à une époque où l’État contrôle, plus que jamais, une grande part des richesses nationales.

7. Mettons fin à l’idée reçue selon laquelle être de gauche signifierait être du côté des gens ordinaires, et être de droite signifierait défendre les élites privilégiées. Il est difficile de penser à une seule taxe, ou bien à une seule réglementation, qui ne finisse pas par privilégier certains intérêts au détriment de la population. La raison est la suivante : les gouvernements continuent à croître à cause des « gains dispersés et des coûts concentrés » : les gens sont généralement plus conscients des gains qu’ils perçoivent que des taxes qu’ils payent.

8. Le capitalisme, avec toutes les imperfections qu’il comporte, est le système le plus équitable jamais essayé. Dans un système basé sur les droits de la propriété et des contrats librement consentis, les individus réussissent en fournissant un service honnête à d’autres individus. Bill Gates est devenu riche en enrichissant des centaines de millions d’entre nous : je suis en train de taper ces quelques mots en utilisant l’un de ses programmes. Il a tiré parti de notre échange, augmentant marginalement sa fortune, et c’est également mon cas (plus d’aise). Par contraste, dans un système géré par l’État, ce sont des tiers qui se retrouvent en position de distribuer les petits cadeaux.

9. À propos d’équité, rappelons-nous que ce mot n’est la propriété d’aucune entité politique. Quelle parité entre les salaires du secteur privé et public ? Que diriez-vous d’être équitable avec nos enfants, auxquels nous avons légué un endettement sans précédent ? Pourquoi ne pas être équitable avec l’enfant qui abandonne l’école à 16 ans, commence à payer ses impôts et celui-ci qui, grâce aux subventions, va à l’Université ? Pourquoi ne pas être équitable avec les chômeurs, que les entreprises ne peuvent pas se permettre de recruter à cause de la protection sociale dont jouissent les employés en place ?

10. N’oublions pas non plus l’éthique. C’est une vertu de faire une bonne action, mais pas d’y être contraint. Choisir de faire des dons aux œuvres de charité est méritoire. Payer des impôts et taxes est moralement neutre (voir ici). Il existe des preuves que, lorsque impôts et taxes augmentent, et que l’État restreint l’espace disponible pour la société civile, les gens donnent moins pour des bonnes causes.

Et voilà camarades. Je ne m’attends pas à ce que les tentes installées devant la cathédrale Saint-Paul soient repliées cette nuit. Mais peut-être que nous nous sommes au moins engagés honnêtement sur certains débats, plutôt que de parler chacun dans le vide. ¡Hasta la victoria siempre!

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Traduction : Florian H. pour Contrepoints.