L’inflation est-elle la solution ?

De nombreux éminents économistes estiment que la Fed devrait stimuler l’économie en s’engageant sur une cible d’inflation de 5%, plutôt que les 2% actuels.

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L’inflation est-elle la solution ?

Publié le 24 novembre 2011
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Pour de nombreux économistes, la Fed devrait stimuler l’économie en s’engageant sur une cible d’inflation plus élevée. Mais une telle politique comporte des risques.

Par Jeffrey Miron, depuis Washington D.C., États-Unis
Article publié en collaboration avec UnMondeLibre

Aux USA de nombreux éminents économistes estiment que la Fed devrait stimuler l’économie en s’engageant sur une cible d’inflation de 5%, plutôt que les 2% actuels. Ces économistes estiment que l’inflation attendue signifie un taux d’intérêt réel plus faible qui peut stimuler l’investissement et l’embauche, ce qui accélère la reprise économique. Cette recommandation de politique semble logique, mais peut ne pas fonctionner, et comporte des risques.

Une inflation plus élevée ne stimulera pas nécessairement l’économie parce que les taux d’intérêt ne sont pas le seul facteur, et sans doute pas le plus important facteur, qui limite l’investissement et l’embauche. Au lieu de cela, les anticipations pessimistes de la part des entreprises quant à la demande des consommateurs, les préoccupations vis-à-vis de tendances anti-business dans la politique publique, et la peur de fortes hausses d’impôt pour payer les droits sociaux, jouent vraisemblablement un rôle plus important. Ainsi, relever la cible de l’inflation à la Fed pourrait générer une inflation plus élevée, avec aucun autre avantage pour l’économie.

La difficulté essentielle avec un objectif plus élevé est de gérer les anticipations de l’économie quant à l’inflation. D’une part, la résistance politique à une inflation plus élevée peut générer une réaction une fois que l’inflation commence à accélérer, ce qui rendrait difficile pour la Fed de respecter sa nouvelle cible. D’autre part, une cible d’inflation plus élevée pourrait générer des inquiétudes que l’inflation n’atteigne pas seulement 5%, mais monte bien au-delà de ce point. Ce dernier effet semble plus probable, puisque la situation de la dette américaine suscite naturellement des craintes quant au fait que l’inflation est simplement une manière de dévaluer la dette. Cela est précisément ce que de nombreux économistes exhortent la Banque centrale européenne à faire au sujet de crise de la dette de l’Europe.

Ainsi une cible d’inflation plus élevée a une justification cohérente dans le monde hypothétique où la Fed peut s’engager de façon crédible sur cette politique et gérer les anticipations de l’économie sur l’inflation. Dans le monde réel, la tâche est plus difficile.

Un autre problème : l’inflation, quel que soit son mérite dans la stimulation de l’investissement, redistribuerait les richesses des créanciers vers les débiteurs. Cela frappera de nombreux citoyens comme étant une stratégie arbitraire et injuste, ce qui implique un tollé politique auquel il peut être difficile de répondre. Occuper Wall Street et le Tea Party se trouveraient une cause commune. Sans doute le plus grand mal d’une cible d’inflation plus élevée, est-il qu’elle suppose que les problèmes de l’économie découlent de l’insuffisance de la « demande globale ». Si cela est correct, il est potentiellement logique de stimuler cette demande.

Mais une interprétation différente de nos récents déboires économiques, et de la lente reprise en particulier, est que les États-Unis ont connu un choc de richesse énorme quand la bulle de l’immobilier a éclaté. Dans le même temps, la flambée des déficits a attiré l’attention sur notre politique budgétaire insoutenable. Les deux événements ont révélé que les États-Unis se sont surendettés, ont surconsommé, et ont sous-épargné en raison d’hypothèses irréalistes quant à la croissance économique, aux prix des logements et des actions, et quant à la capacité de la politique à gérer l’économie.

Selon cette interprétation, des investissements plus élevés n’ont pas de sens tant que les consommateurs n’ont pas reconstruit leur pouvoir d’achat, et cela ne se fera que progressivement alors que les consommateurs se remettent de la grande claque sur leur patrimoine. La politique monétaire expansionniste pourrait transférer une partie des investissements de l’avenir au présent, mais ce ne serait pas productif, car l’investissement sera « sous-utilisé » étant donné l’absence de demande des consommateurs.

Plus largement, la défense d’une cible d’inflation plus élevée, et des politiques de relance en général, prend pour acquis le fait que l’économie américaine peut rapidement revenir à une croissance normale. L’interprétation en termes de « choc de patrimoine » suggère qu’une reprise lente est inévitable, ce qui signifie que les tentatives de la combattre seront contre-productives.

—-
Traduction : UnMondeLibre

(*) Jeffrey Miron est analyste au Cato Institute à Washington DC.

Voir les commentaires (4)

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Créer un compte Tous les commentaires (4)
  • “Ces économistes estiment que l’inflation attendue signifie un taux d’intérêt réel plus faible”

    Quel est le rapport ? ^^

    • Le taux d’intérêt est le prix du crédit. Il détermine le montant de l’intérêt : la différence de valeur du bien que l’on veut acheter entre le présent et le futur.

      Le taux d’intérêt réel est défalqué de l’inflation : si elle augmente, le taux d’intérêt réel diminue. Donc l’intérêt que perçoivent les prêteurs est moindre : ils préfèrent garder leur argent.

  • L’inflation, c’est la perte de valeur de la monnaie. Si la monnaie vaut moins, le taux d’intérêt, qui est le prix de la monnaie, est donc plus faible également. Voilà le raisonnement, qui semble logique à première vue, de ces économistes (et qui peut être parfois vérifié à court terme).

  • Ne pas confondre taux d’intérêt et taux d’intérêt réel. cf supra.

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