Astérix et le Domaine des Dieux, analyse économique

Une lecture économique d’Astérix

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Astérix et le Domaine des Dieux, analyse économique

Publié le 29 octobre 2011
- A +

Alors que tout le monde parle de Tintin, c’est aussi aujourd’hui l’anniversaire d’Astérix, dont Contrepoints vous propose une analyse économique.

Un article de Vox Thunae

Nous fêtons cette semaine (29 octobre) l’anniversaire d’Astérix, et donc d’Obélix, même s’il jouissait dans l’album de 1959 d’un rôle tout à fait secondaire.

Le point fort des Aventures d’Astérix le Gaulois est connu : la multitude des niveaux de lecture, permettant à chaque âge d’y trouver son bonheur. Mais l’âge ne fait pas tout et l’agrégé de latin comprend certainement des références qui m’échappent.

La pertinence d’œuvres abordant maints sujets est toujours sujette à caution, et l’estimation la plus précise qu’on a de l’ensemble dérive souvent du traitement accordé au thème qu’on maîtrise le plus. Aussi, je vous propose une revue des questions politiques, économiques et sociales abordées dans les albums originaux (dont le scénario est de Goscinny) : d’Astérix le Gaulois à Astérix chez les Belges. En espérant vous faire lire ou relire les albums cités.

L’économie dans Astérix (ou plus équitablement, dans Les Aventures d’Obélix)

Remarque préliminaire, cette revue nous portera davantage sur Obélix qu’Astérix. Le petit guerrier n’est en effet que raison et courage sans grands sentiments, tandis qu’Obélix déborde de passions : les sangliers toujours, les filles parfois, ou encore en d’autres occasions… l’argent. L’entrepreneur Obélix – exploitant d’une fabrique de menhirs – fait part à plusieurs reprises de ses ambitions. Coquelus, fabricant  de roues de Clermont-Ferrand lui inspire le songe d’un sommeil profond de capitaine d’industrie « en réunion ». Le néarque Saugrenus réveille plus tard cette âme d’homme d’affaires sérieux aspirant à la reconnaissance dans Obélix et Compagnie. J’y reviendrai dans un billet dédié.

Astérix dans la préfecture de Condate

Sur les 24 albums, les fonctionnaires sont sans doute les plus visés, Goscinny préparant ainsi nos petites têtes blondes à la bureaucratie étatique. Critique réelle ou flatterie d’un préjugé populaire, impossible de conclure tant Goscinny aime jouer de ces derniers. Qu’Obélix doive envoyer ses menhirs en recommandé afin qu’ils ne se perdent dans le tri de la poste semble par exemple un petit clin d’œil innocent (Astérix et les Normands) ; en revanche le scénariste insiste bien plus longuement sur les errements administratifs d’Astérix dans la préfecture de Condate et l’exaspération qui s’en suit (Astérix Légionnaire). Un passage qui inspire le dessin animé les Douze travaux d’Astérix dans lequel la recherche d’un bordereau administratif se révèle la plus redoutable des missions herculéennes proposées.

 

À l’opposé de la critique facile (d’autres diront évidente) sur les fonctionnaires, ou la fainéantise des Corses – dont le Druide fait la sieste en attendant que tombe le gui (Astérix en Corse) – Goscinny fait des clins d’œil beaucoup plus subtiles et cultivés. Pour un exemple économique, Le Cadeau de César, album dans lequel un vétéran de la légion se voit offrir par César un titre de propriété du village irréductible, rappelle un thème central des Bucoliques de Virgile, évoquant la distribution aux vétérans de la guerre civile de terres ayant déjà des propriétaires.

Je passe rapidement sur les coffres forts de banques suisses (Astérix chez lez Helvètes) et les affres de la fiscalité et de l’exclusion (Astérix et le Chaudron) pour m’intéresser plus spécifiquement au Domaine des dieux…

Le Domaine des dieux (1971)

Le projet de César, Parly II aux portes du village gaulois

Une des inquiétudes qu’on peut avoir vis-à-vis de la compréhension de certains albums dérive de leur ancrage dans une actualité qui cesse d’être contemporaine. Le Domaine des dieux, par exemple, suit de deux ans l’ouverture de Parly II près de Versailles. Cet ensemble adosse un des plus grand centre commercial de France à la plus grande (et surement une des plus aisée) copropriété résidentielle d’Europe.

On peut mettre en parallèle Le Domaine des dieux avec La Société de Consommation de Jean Baudrillard, parue en 1970. Se référant parfois à Parly II, Baudrillard explique comment la « consommation » ne cherche pas à répondre aux besoins physiologiques, ni même à l’appétit excessif de plaisir, mais est un langage issue d’une combinaison de biens et de services choisis moins pour leur utilité pratique que leur signification sociale et leur aspect différenciant. Parly II est à l’époque le paradigme de cette société : ses résidents possèdent à la fois toutes les marques de la réussite sociale – piscine et court de tennis pour chaque groupe de résidences ; bibliothèques et centres culturels sur place – mais ont aussi tout loisir de se différencier entre eux via les grandes marques de mode et leurs élégantes boutiques d’un centre commercial de grande taille intégré au complexe.

Le Domaine des dieux symbolise parfaitement l’opposition entre cette société nouvelle et l’ancienne (celle du village). A contrario de la nouvelle, où les « consommateurs » vivent dans un environnement artificiel composé d’objets « signifiants », les villageois sont cernés d’un environnement naturel, la forêt. Le projet romain vise d’ailleurs explicitement l’abatage des arbres. Autre opposition forte, l’économie du village est entièrement tournée vers l’utile et non le signifiant, sans d’ailleurs que cela induise la frugalité. Les mensurations d’Obélix sont en soit un signe d’abondance, mais Obélix mange par passion, et non pour signaler son talent à la chasse.

Seule Bonemine manifeste de temps à autres des regrets vis-à-vis de son prestige social et, avec la femme d’Agecanonix, des pulsions de consommation, évoquant souvent Lutèce à ce titre. Le moment de tension de l’album est l’adaptation progressive des autres gaulois au modèle consumériste, symbolisée par l’évolution des boutiques du village.

Avoir placé Parly II aux portes du village gaulois, symbole de la résistance aux évolutions du monde d’une vieille France amicale mais fière, illustre à merveille à la fois le clivage et l’attirance réciproque qu’entretiennent cette France rurale et traditionnelle et la société de consommation urbaine.


Sur le web

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
Astérix lire
0
Sauvegarder cet article

Par Alexandre Massaux.

Le nouvel album des aventures d'Astérix, de Jean-Yves Ferri et de Didier Conrad, Astérix et le Griffon vient de paraître aujourd’hui. Nous y retrouvons le petit guerrier gaulois accompagné de son fidèle ami Obélix et son chien Idéfix et du druide Panoramix.

Cette nouvelle aventure se passe en terre sarmate, qui correspond aux actuelles Ukraine et Russie ; un territoire réputé pour y abriter des femmes guerrières ayant alimenté la légende des Amazones.

Cette sortie est une bonne occasion de nous rep... Poursuivre la lecture

Par Fredrik Segerfeldt.

Chers Français,

L’écrivain suédois Vilhelm Moberg a écrit une tétralogie sur l’émigration suédoise vers l’Amérique. Environ un quart de la population a abandonné le petit pays arriéré du nord entre 1870 et 1920. Vous ne feriez jamais une épopée nationale d’une série de romans sur le départ de la France. Votre attachement à sa grandeur est trop importante. Mais nous sommes comme ça. Comme on le verra dans cette lettre, notre arrogance se situe à un autre niveau.

Le quatrième livre de la série de Mob... Poursuivre la lecture

Par Séverine Le Loarne. Un article de The Conversation

« Quand j’étais petit garçon, je repassais mes leçons, en chantant… » La fin de la chanson ne précise pas si le petit garçon a finalement bien retenu ses leçons, mais l’hypothèse que le chant permettait de mieux retenir les conjugaisons et les règles de multiplications semble être validée…

Répétition, intonation… Les recherches sur l’apprentissage, en particulier d’une langue, mais pas que – souvenez-vous de l’apprentissage de vos règles de multiplication – sont quasi-unanim... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles