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Rêvons avec Galileo

Publié le 26 octobre 2011
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Efficacité, maîtrise, innovation, à-propos – Galileo incarne parfaitement la vision européenne.

Par Stéphane Montabert, depuis Renens, Suisse

Vendredi dernier a vu la mise en orbite de la première étape concrète du dispositif de géolocalisation européen, deux satellites d’une constellation qui doit en comporter au minimum 18 pour émettre un signal utilisable.

L’opération tout entière porte la marque d’une coopération remarquable entre les membres du projet. Le premier lancement symbolise cette unité: une fusée Soyouz tirée depuis la base de lancement d’Ariane en Guyane Française. Qui aurait imaginé cela au temps du Mur de Berlin! C’est l’Europe d’aujourd’hui, une union entre les fleurons technologiques russes et l’agence spatiale européenne, le tout exploité dans l’environnement difficile d’une colonie française en Amérique du Sud… C’est l’Europe-Monde.

La première victoire d’étape ne doit pourtant pas occulter les grandes difficultés qu’a traversé l’ambitieux programme depuis sa conception.

Si tout était allé comme prévu initialement, à ce jour nos téléphones bénéficieraient de la précision de Galileo. Le projet européen devait entrer en service en 2008. Cependant, une myriade d’obstacles commerciaux, techniques, politiques et financiers l’a ébranlé jusque dans son existence. (…)

Mis en œuvre par l’Agence spatiale européenne (ESA), Galileo devait être financé par un partenariat public-privé. En 2007, le plan s’écroule. Le projet est au bord de l’abandon. La Commission européenne décide alors de le financer entièrement de [la poche du contribuable], à l’époque. Coût: 3,4 milliards d’euros.

Mais les pays s’écharpent, notamment une Grande-Bretagne réticente et une France acharnée. Le cœur n’y est pas. Galileo est sauvé après de laborieuses tractations entre les États et le Parlement européen, qui permettent de trouver un accord en utilisant une partie des fonds agricoles non dépensés.

En 2010, c’est la douche froide: le système coûte 1,9 milliard de plus que budgété. Nouvelle crise. Après avoir pensé réduire la voilure – 18 satellites au lieu de 30 – les Européens trouvent des économies et des fonds. Les contribuables voient leur participation grimper de 1,9 milliard d’euros.

Oui, bien des obstacles se sont dressés sur le chemin de Galileo. Des obstacles politiques, logistiques, financiers, et même l’opposition absurde et partisane de certains industriels – des traîtres parvenus à s’intégrer au programme. Wikileaks a ainsi révélé le double-jeu de Berry Smutny, directeur d’un groupe allemand, OHB System, filiale du groupe allemand OHB Technology, expliquant que Galileo ne serait qu’une « idée stupide » défendue par la France à des fins militaire et qualifiant le projet visionnaire de « gaspillage de l’argent du contribuable. »

La société avait pourtant décroché auprès de la Commission européenne une commande de 566 millions d’euros pour la construction de 14 satellites. Certains ont vraiment l’art de cracher dans la soupe. Heureusement, le dissident a été débarqué de l’entreprise.

La construction du Monde de Demain, un monde Meilleur, plus Juste, plus Ouvert à l’Autre implique des sacrifices. Des sacrifices politiques et économiques. Mais la récompense sera grande, elle aussi.

Imaginez.

Projetons-nous à la fin de la mise en place initiale du programme Galileo, probablement quelque part au milieu de la décennie 2020-2030. Le dernier satellite est enfin mis en orbite, malgré quelques retards et quelques surcoûts. Notre bonne vieille Planète Terre, qui subit par ailleurs divers outrages de l’Homme, est désormais entourée dans l’espace par un élégant corset de satellites de positionnement émettant un signal, miraculeusement précis, sur leur position.

Ce signal ténu est capté par les antennes sophistiquées d’une ribambelles de produits d’avant-garde. Ces bijoux de technologie qui restent à inventer sont capables de savoir où vous vous trouvez sur la surface du globe. Exactement, avec une précision diabolique – de l’ordre du mètre d’abord, mais l’extension à trente satellite de la constellation Galileo pourrait faire tomber cette limite à trente centimètres.

Quelques cyniques ricaneront: « À quoi bon savoir où on se trouve? Je sais où je suis, devant mon ordinateur, merci. » Eh bien non, messieurs, vous manquez d’imagination! Figurez-vous que vous êtes en train de vous déplacer: plus jamais perdu! Aujourd’hui on a une carte routière, mais dans à peine dix ans on aura enfin le chaînon manquant – où on se trouve sur cette satanée carte!

L’automobiliste salive à cette idée. Mais voyez plus loin. Pensez à une possible intégration avec des cartes routières, permettant de planifier tout un itinéraire! Imaginez les possibilités d’interaction avec Internet où un utilisateur avisé pourrait demander à son logiciel favori « le restaurant le plus proche » (à supposer que le système soit prévu pour un usage aussi trivial) et le programme lui répondra en calculant tout cela à partir de sa position! Pensez au travail des géomètres, aux chantiers, aux aventuriers, aux services de secours, aux cartographes!

Et ce n’importe où sur la surface du globe! Quelle carte de visite pour l’Europe! Quel affront cinglant pour les Américains qui se croient à la pointe de la technologie!

Tout cela disponible dans dix-douze ans si tout va bien. L’ensemble de ces nouveaux services pourrait être regroupé sous le terme novateur de géolocalisation. Le monde de demain est à nos portes. Qui n’aurait pas hâte d’y être?

Malheureusement, il y aura des dérives, notamment l’utilisation de Galileo par des ennemis de la démocratie. C’est sans doute inévitable. Au moins, des islamistes afghans aux guérilleros d’Amérique du Sud en passant par les rébellions africaines, tous devront employer une technologie développée dans l’Union Européenne. C’est déjà ça de rayonnement culturel.

Est-ce de la science-fiction? Le lecteur est seul juge. Il est difficile de se projeter si loin dans l’avenir. Avec la crise financière que traverse le Vieux Continent, il n’est même plus certain que cet ambitieux programme spatial arrive à son terme. Mais il n’est pas interdit de rêver non plus. Aussi coûteux soit Galileo, ce sont des milliards judicieusement dépensés. A terme, ils permettront à l’Europe de prouver au monde son avance en technologie de positionnement. Galileo rendra disponible des services qui bouleverseront notre quotidien, au service de l’Humanité entière. Alors, une patience pleine d’espoir est sans doute la meilleure attitude à prendre, et tant pis si Galileo coûte un peu cher: il n’y a tout simplement pas d’alternative.

Efficacité, maîtrise, innovation, à-propos – Galileo incarne parfaitement la vision européenne.

Rêvons à son succès.


Sur le web

Contrepoints a consacré plusieurs articles à Galileo.

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  • Henrion Alexandre
    26 octobre 2011 at 10 h 22 min

    Pardon de vous décevoir, mais il me semble que nombre de technologies dont vous parlez sont dors et déjà disponible sur smartphone, la géolocalisation et aujourd’hui une réalité. Ce ne sont que quelques exemples, mais vous pouvez savoir ou se trouve le restaurant le plus proche en utilisant une application comme « pagesjaunes », ou trouver votre itinéraire avec « Plans », même à l’étranger !

    Je crois que vous vous emportez un peu ( voir beaucoup ) On dirait bien que Galileo va arriver trop tard sur le marché pour pouvoir s’avérer réellement rentable.

  • Galileo permet surtout de s’affranchir du monopole militaire américain, d’avoir de bien meilleures performances, et sera même rentable. C’est bien d’être vigilant sur les dépenses, mais il faut aussi se renseigner un peu. Quant à dire que ca existe déjà (en moins bien) arrêtons aussi de faire des voitures vu que « ca existe déjà » ?

    • Stéphane Montabert
      26 octobre 2011 at 14 h 30 min

      Les voitures sont en évolution constante, faites par des acteurs privés (enfin, devraient) donc le parallèle est, comment dire, raté.

      Mais vous avez le droit d’aimer Galileo, hein. De toutes façons, rien à faire, vous payez déjà pour lui 🙂

      • Raté pour vous, car le principe de Galileo est justement cette évolution constante. Et il sera aussi géré par le privé.;)

    • « …Galileo permet surtout de s’affranchir du monopole militaire américain… »

      Les USA représentent la plus grande menace pour l’Europe, c’est bien connu.

  • Pour le particulier Galiléo ne changera pas grand chose techniquement, puisqu’il utilise déjà le système américain GPS, qui est gratuit, à disposition depuis quelques années (précision 15 mètres). En revanche, il lui aura coûté bonbon et sera-t-il aussi gratuit d’utilisation ?
    Quand à s’affranchir des militaires américains pour tomber sous la coupe de l’Etat français, je me tate…

    • « …Quand à s’affranchir des militaires américains pour tomber sous la coupe de l’Etat français, je me tate…… »

      Voilà. Je préfèrerai que ma position soit connu des USA plutôt que de l’Etat Fronçais…

      • L’Etat et les militaires français n’ont rien à voir dans l’histoire, puisque le projet est européen.

        Dites, je comprends parfaitement qu’on puisse être contre Galiléo, surtout quand on a le bonheur de comprendre ce qu’est le libéralisme. Mais essayez quand même de ne pas inventer des raisons pour ce faire, les pignoufferies de presse c’est pas sur Contrepoints, habituellement.

        Donc je rappelle que:

        – Galileo est censé rapporter 18 milliards, soit beaucoup plus que ce qu’il a coûté.

        – Le projet s’inscrit dans le cadre de la lutte contre le monopole américain, d’ailleurs les Chinois et les Indiens font pareil.

        – La gratuité du GPS n’est pas une excuse, car Galileo ne sera payant que pour les hautes précisions (inaccessibles via le GPS militaire). Par ailleurs les Américains avaient proposé il y a des décennies de nous prêter gratuitement leurs fusées pour éviter que l’Europe ne se mette à en construire. Ben heureusement que les réactions n’ont pas été les mêmes à celles que je vois ici, Ariane étant maintenant le meilleur lanceur au monde.

        – Galiléo est civil, certainement pas militaire et encore moins français. Même si la France est LA puissance spatiale de l’Europe, si les choses ont trainé c’est justement parce que les partenaires voulaient éviter qu’elle ne tire toute la couverture à elle.

        – Ca a aussi trainé à cause du lobbying des USA, qui voulaient empêcher l’Europe de prendre son indépendance à ce niveau. Ils ont d’ailleurs été forcés d’améliorer la précision du GPS gratuit pour tenter de les retenir => Déjà les effets bénéfiques de la concurrence !!

        – Le privé participe au financement, puisque, une fois encore, il en paiera l’utilisation. Les fonds publics utilisés seront donc remboursés (pour une fois qu’un investissement public est remboursé, qu’en plus c’est pour casser un monopole et apporter une vraie valeur ajoutée, il y a quand même des raisons de ne pas se plaindre !)

        • « Galileo est censé rapporter 18 milliards, soit beaucoup plus que ce qu’il a coûté. »

          Oui, cela s’appelle de la théorie jusqu’à la réalisation de cet objectif. On connait l’extrême pouvoir de prédiction de nos « élites » et leur clairvoyance économique. Ceux qui ont décidé Galileo ne seront plus aux affaires quand celui-ci sera en service. Wait and see avec circonspection.

        • -« La Chine et l’Inde font pareil » . Donc d’autres états s’amusent a dépenser l’argent gratuit des contribuables dans des projets dépassé afin de faire des coup de comm et il faut faire pareil?

          -« 18 milliards de recette »
          comme tout projet publique, au départ il est censé être profitable.

          -« comme une voiture »
          oui et ça va avoir le même suces que la nano en Inde….

          +1 pour le Minitel

          -« fond public remboursé »
          ça va être indolore ? Si c’est le cas tant mieux, j’aimerais en savoir plus sur cette close du contrat

          Il est vrai que quitte a perdre de l’argent je préfère voir ça dans un projet scientifique plutôt qu’en escort et champagne

    • « Voilà. Je préfèrerai que ma position soit connu des USA plutôt que de l’Etat Fronçais… »

      Outre l’aspect discutable de cette affirmation il faut quand même rappeler que le GPS est en lui même un système de localisation passif, contrairement à la localisation via les réseaux de téléphonie mobile.

      Tout ce que peut faire le gouvernement américain c’est crypter le signal, le rendant ainsi indisponible ou moins précis pour les récepteurs de base. Mais il ne peut pas localiser les utilisateurs du système qui n’envoient aucun signaux eux-même. Il me semble que cela vaut aussi pour Galileo (au moins pour le service ouvert).

  • « Efficacité, maîtrise, innovation, à-propos – Galileo incarne parfaitement la vision européenne. »
    ——————-
    C’est normal qu’un Suisse se mette à ironiser.
    Mais les Français n’ont pas trop à se plaindre de Galileo, ils vont pouvoir vendre à toutes les dictatures du monde un paquet de bombes intelligentes et autres joyeusetés militaires radio-guidées par satellites sans avoir à prier pour que ça tombe au bon endroit au bon vouloir du GPS américain, tout ça grâce à la « solidarité » des autres couill.ns, euh Européens (imaginez un VRP français qui fait la promo à un émir pétrolifère de bombes qui tombent à 1m ou 200m près, selon les humeurs du Pentagone, c’est pas coton à refourguer comme camelotte).

    Quoi, nos politocards avaient juste dit que Galileo, c’est avant tout pour les civils quand ils sont allés quémander des rallonges ?? Ohhh, les vilains, vilains…

  • Je ne sais pas pourquoi, mais Galiléo me fait penser à cette merveilleuse avancée technologique que fut le minitel….

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