Rigueur en Europe : les discours n’entraînent pas l’adhésion populaire

Réactions syndicales violentes en Italie, manifestations en Espagne, paralysie de la Grèce : les plans de rigueur passent mal dans l’opinion publique.

Des réactions syndicales violentes en Italie, un peuple de gauche qui défile contre la gauche au pouvoir en Espagne, une Grèce totalement paralysée : le moins qu’on puisse dire est que les plans de rigueur passent mal dans l’opinion publique de la zone Euro.

Une brève publiée en collaboration avec l’ALEPS(*)

Par rapport aux 12 milliards ciblés par le plan Fillon, les 55 milliards d’euros d’économies de Berlusconi sont impressionnants. Mais est-ce réellement sérieux ?

Le plan italien a été annoncé au moment où Jean Claude Trichet venait rappeler au Premier Ministre italien ses engagements et ses devoirs vis-à-vis de la Banque Centrale européenne. Le Cavaliere a-t-il jeté de la poudre aux yeux ? Il y a quelques mesures qui participent d’un vrai courage politique, comme la diminution drastique du nombre de fonctionnaires, et surtout la réforme des conditions de licenciement, de nature à rendre sa fluidité au marché du travail.

Les réactions syndicales sont évidemment violentes, et les manifestations se sont multipliées – ce qui n’impressionne pas le Premier Ministre.

La situation est moins classique en Espagne, où une manifestation nationale avait  été programmée jeudi. La bizarrerie vient de ce qu’ici c’est bien les socialistes qui annoncent la rigueur, car les Espagnols sont dans la catégorie très menacée par les marchés financiers. La gauche défilant contre la gauche, voilà de quoi ravir la droite espagnole, qui a eu l’intelligence d’accepter le plan de rigueur des socialistes : c’est autant qu’elle s’épargne si elle revient au pouvoir.

Le comble est évidemment en Grèce, car ici ni le gouvernement ni le peuple ne veut de la rigueur. Le gouvernement multiplie les moratoires et ne convainc pas les créanciers, et le peuple rejette toute idée de rigueur, persuadé que les Européens lâcheront prise.

C’est dire que la rigueur demeure un vœu pieux, et que les seuls pays qui ont choisi la rigueur, comme l’Allemagne, sont aussi ceux qui en parlent le moins, et qui ont redoublé d’ardeur au travail. Il est vrai qu’au niveau mondial il y a eu quelques couacs ces derniers jours : Madame Lagarde qui est toujours hésitante entre rigueur et relance (la fameuse « rilance »), et surtout la CNUCED, émanation de l’ONU, qui a carrément recommandé plus de dépenses publiques pour stimuler la croissance. Air connu, et entendu à Paris.

—-
(*) L’ALEPSprésidée par le Professeur Jacques Garello, est l’Association pour la Liberté Économique et le progrès social, fondée il y a quarante ans, sous l’autorité de Jacques Rueff, dans la tradition intellectuelle française de Jean Baptiste Say et Frédéric Bastiat.