L’ampoule économique devient ruineuse

Les ampoules économiques sont tout, sauf économiques et écologiques.

L’ampoule économique devient ruineuse

Heureux citoyen français vert et éco-conscient ! Vous l’avez certainement oublié, mais depuis le 1er septembre, vous êtes enfin débarrassé de la tentation d’acheter de vilaines ampoules à incandescence de plus de 40W ! Youpi, les ampoules « économiques » sont maintenant obligatoires !

Il était temps : cela faisait plusieurs années que notre mère Nature attendait ça en trépignant.

Depuis ce jeudi, vous ne pourrez donc plus vous procurer des bêtes ampoules de 60W avec un bête filament qui fait de la bête lumière jaune et chaude.

Grâce aux avancées significatives du Grenelle de l’Environnement en faveur des fabricants d’ampoules économiques coûteuses et polluantes, vous allez, vous aussi, pouvoir participer à leur enrichissement tout en continuant de polluer un peu plus la planète grâce aux métaux lourds et aux méthodes de fabrication extrêmement complexes de ces nouvelles ampoules.

Et ça, je sais que ça fait plaisir à l’écolo qui sommeille en vous. Si si, ne me cachez pas la joie de ne plus avoir à vous casser la tête, au supermarché, devant de longs linéaires sur lesquels s’alignent des ampoules basse consommations très chères, des ampoules fluo-compactes chères, des ampoules à incandescence bon marché, des bougies parfumées et un pot de confiture oublié là par un précédent consommateur. Grâce aux efforts de Jean-Louis Borloo et son Grenelle, grâces aux vigoureuses actions des Verts, vous n’aurez plus ce choix cornélien.

Mais ce n’est rien comparé au bonheur indescriptible de bénéficier d’une lueur blafarde et mal calibrée dans des pièces où, jadis, vous lisiez tranquillement à côté de la cheminée. Grâce à la lumière blanche et crue qui donnera un côté clinique à vos espaces de détente, vous vous esquinterez les yeux à déchiffrer les pages au contraste devenu trop fort. Ou, alternativement, vous essaierez de vous rappeler de la couleur réelle, sous une lumière normale, de cette chemise et de cette cravate pour savoir si les deux vont bien ensemble (pour vous rendre compte, une fois sortis, que, zut, non).

Mais foin de petits désagréments : il faut savoir aller de l’avant !

L’ampoule basse consommation, c’est, forcément, mieux : comme elle consomme moins, elle épargne la Nature, l’environnement et, par voie de conséquence, votre portefeuille. Ah, tiens, non, pas votre portefeuille.

Mh. Voilà qui est gênant. Je résume.

L’ampoule économique, finalement, ne l’est pas tellement. Elle coûte fort cher. Et son prix va augmenter.

Certains prétendent que sa durée de vie compense la différence de prix avec l’ampoule traditionnelle à filament. Sauf lorsque cette ampoule basse consommation est utilisée dans des pièces où on l’allume et l’éteint fréquemment. Ce qui arrive, finalement, un peu partout, et réduit sa durée de vie réelle.

Ces ampoules, au contraire de l’ampoule à filament, produisent des champs électromagnétiques dont l’effet sur la santé n’a pas été évalué. Une ampoule fluo-compacte qui se brise (ça arrive, eh oui) laisse aussi échapper des produits toxiques, là où l’ampoule traditionnelle, composée de verre, de porcelaine et de tungstène, ne comportait pas de risques (à moins, bien sûr, de la grignoter à l’apéritif).

Sa fabrication n’est pas neutre sur l’environnement. Son recyclage non plus.

La lumière au bout du tunnel, c'est une vieille ampoule qui va claquer.Son allumage, bien que plus rapide qu’il y a dix ans, nécessite encore quelques dixièmes de secondes. Lorsqu’on est en passe de descendre un escalier, cela équivaut à faire deux marches dans la pénombre ou, parfois, le noir total. On appréciera le parfum irremplaçable de la prise de risque. En plus, les accidents domestiques ne font que 40.000 morts par an. Rien de grave, là non plus.

Maintenant, ces constats posés, quelques remarques viennent à l’esprit.

Au fur et à mesure que les ampoules traditionnelles disparaissent, on va pouvoir mesurer avec précision l’implication des citoyens dans l’écologie de combat … ou leur agacement, c’est selon. Et il transparaît déjà que l’agacement montre plus facilement son nez que la satisfaction de voir avancer enfin un effet concret du Grenelle de l’Environnement et ses avatars éco-conscients.

Tout comme les éoliennes, c’est super, mais à petite dose et pas dans son jardin, les citoyens peuvent maintenant goûter en temps réel et en vraie grandeur à la mise en musique d’une écologie de tous les jours. Tous les jours, à chaque fois qu’ils allumeront une lumière chez eux et que celle-ci réagira huit ou neuf dixièmes de seconde plus tard, ils se souviendront de leur soutien ou de leur passivité à ce raout médiatique boboïde.

Tous les jours, ils constateront que la couleur de la lumière n’est pas la bonne, pas tout de suite. Le citoyen moyen, éco-forcé, fera pipi dans la pénombre et pourra bénéficier d’une lumière optimale… au moment de quitter ses toilettes dont il coupera la lumière.

Régulièrement, ils devront racheter des ampoules neuves fort coûteuses parce que la précédente a claqué bien avant sa durée d’usage à partir de laquelle elle aurait pu être remboursée.

Et tous les jours, le nombre de partisans d’un écologisme plus pur, plus fort, plus coercitif diminuera, parce que les conneries, ça va bien deux minutes, mais la régression technologique (moins bien pour plus cher), c’est rapidement pénible.

Eh oui : parce qu’une poignée de bobos a été correctement coachée par de grands fabricants d’ampoules fort coûteuses aux marges juteuses, les députés ont choisi ce que vous devez mettre dans vos abat-jour. Et en plus, c’est moins bien.

Ok, pour le moment, ce sont les ampoules. Et après tout, on aura toujours les bougies.

L’étape d’après, ce sont les voitures ; électriques, forcément. Et là, on attaquera vraiment les choses sérieuses.

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