L´économie fait voler en éclats nos illusions

illusion

Ce que l’on croit connaître est faux: l’économie peut démontrer que ce qui semble néfaste est en fait bon pour la société

On grandit en apprenant que certaines choses sont simplement mauvaises : l’exploitation du travail des enfants, la fluctuation des prix, la vente de rein, le chantage, etc. Mais ce n’est peut-être pas le cas. Ce que j’aime avec l’économie c’est qu’elle peut démontrer que ce qui semble néfaste est en fait bon pour la société.

Par John Stossel (*), depuis les États-Unis
Un article de la revue Reason

L’économie clarifie ce que le sens commun néglige. C’était précisément le sujet de mon émission de la semaine dernière « les affaires » sur Fox. Je m’étais inspiré du livre de l’économiste Walter Block Defending the Undefendable (Défendre les indéfendables) qui fut pour moi une révélation. La plupart des gens considèrent le travail des enfants comme un mal absolu. Mais mes invités David Boaz du Cato Institute et Nick Gillespie de Reason.tv disent que c’est faux.

« Si l’on dit que les États-Unis devrait abolir le travail des enfants dans les pays les plus pauvres », comme le remarque Boaz « alors qu’arrivera-t-il à ces enfants ? Ils n’iront pas d’un seul coup à l’école de leur pays… Il se peut qu’ils vendent leur corps dans la rue. Ce qui ne constitue certainement pas une amélioration de leur condition de travail en comparaison à celle de la fabrique de t-shirt. » En fait, les études montrent que dans au moins un pays où l’on a banni le travail des enfants, la prostitution a augmenté. On apprend des bonnes études économiques que, à mesure que les pays pauvres deviennent plus riches et plus libres, le capital d’investissement augmente la productivité du travail et le travail des enfants diminue. L’interdiction gouvernementale n’offre pas de raccourci –  à moins que vous préfériez la famine et la prostitution des enfants.

Qu’en est-il de la fluctuation des prix ? Les lois gouvernementales empêchent les gens de facturer des prix « excessifs » pendant les catastrophes. « Si je me trouve dans les environs de l’ouragan Katrina » note Boaz, « ce que je veux, c’est de l’eau, de la glace et des générateurs électriques… Si vous vous trouvez au Kentucky (et) que vous possédez 10 générateurs dans votre magasin, est-ce que vous vous levez à 4 heures du matin pour rouler toute la journée pour vous rendre en Louisiane dans le but de vendre ces générateurs au même prix que ce que vous les vendriez au Kentucky ? Non, vous descendrez seulement… si vous les vendez plus cher. » Ainsi, si les prix augmentent durant une catastrophe, c’est un signal indiquant à la population de n’acheter que ce dont ils ont le plus besoin. Cela libère des surplus pour le reste de la population. Si les prix restent bas, on perd l’incitation à économiser.

On perçoit les revendeurs de billets devant les salles de spectacle comme des pourris qui vous volent en vendant des billets plus chers. Le profit va à l’intermédiaire au lieu d’aller à l’artiste. En quoi leur activité peut-elle être positive ? « Je conçois le revendeur de billets comme quelqu’un qui fait la queue à ma place de sorte que je n’ai pas à la faire » nous dit Gillespie. Le temps passé à faire la queue fait partie du prix du billet. Les revendeurs vous permettent de payer entièrement en espèces plutôt qu’en utilisant une partie de votre temps précieux.

La plupart des gens nous diront que vendre des parties de son corps est répréhensible. « Il semble aussi répréhensible que des gens meurent parce qu’ils ne peuvent pas se procurer de rein » rétorque Boaz. On compte quelque 400.000 Américains sur les listes d’attentes de demandeurs de rein, qui, de surcroît n’ont pas la permission de s’en payer un. Boaz ajoute: « On vend des cheveux, on vend du sperme. Aujourd’hui on vend des embryons. » Gillespie renchérit « La meilleure façon d’augmenter l’offre en permettant à plus de gens de vivre, c’est de permettre au marché de donner un prix à ces organes. »

Peut-être que la proposition la plus contre-intuitive de mon émission fut de ne pas considérer le chantage comme un acte répréhensible. Le chantage (contrairement à l’extorsion) consiste en une demande de rétribution en échange d’une rétention d’information. Robin Hanson, un économiste de George Mason University, défend le chantage en ces termes : « Les choses que vous dénoncez quand vous dénoncez le chantage, c’est le ragot. » Il ajoute : « s’il est bon de raconter des histoires aux gens, il devrait être également autorisé de ne rien révéler aux gens. » Néanmoins, ce que nous n’aimons pas, c’est le maître chanteur qui nous dit « paye-moi pour que je me taise. » « L’implication du chantage, c’est que ça oblige les gens à bien se comporter. » Hanson ajoute « Si nous (permettons) le chantage, les gens se comporteront encore mieux parce qu’ils se méfieront de ce qui pourrait leur advenir s’ils ne se comportaient pas correctement. » Peut-être que l’investisseur frauduleux Bernie Madoff eut été pris plus tôt ? « C’est exact… le chantage est en fait une forme privée d’application de la loi. » Bien que le ragot soit une forme de liberté d’expression, le chantage vend tout simplement le service qui consiste à ne pas s’engager dans la liberté d’expression. Pourquoi devrait-il être proscrit ?

J’ai sous-titré mon dernier livre Everything you know is wrong (Tout ce que vous savez est faux), une exagération bien sûr, mais il est vrai qu’on nous enseigne beaucoup d’illusions. Et la raison pour laquelle j’aime l’économie, c’est qu’elle détruit ces illusions.

(*) John Stossel est le présentateur de l’émission « Stossel on the Fox Business Network ». Il est l’auteur de Give me a break et Myth, lies and downright stupidity. Pour en savoir plus sur John Stossel, visitez son site www.johnstossel.com

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Article original publié le 25 Août 2011 sur Reason Online.

Traduction: JATW pour Contrepoints.