Clueless in power

Aubry a la pêche (Crédits : H16, licence Creative Commons)

Les gens au pouvoir ou ceux qui y aspirent sont, finalement, complètement à l’ouest.

Clueless in power

Actuellement, on parle beaucoup de déficits économiques en France. Bon, vu l’ampleur de ce dernier, ça se comprend. Un déficit dont on parle moins est celui de gens compétents aux postes importants. Et ce déficit est d’autant plus visible que la situation est critique et que les politiciens s’expriment beaucoup.

Dans un précédent billet, j’évoquais fort rapidement le sort du stagiaire qui a dû remplacer Christine Lagarde lorsque cette dernière est partie au FMI.

Il faut bien comprendre qu’en politique, ça ne se passe pas exactement comme dans le monde normal, d’une entreprise privée ou même d’une administration bien huilée. Dans ce monde normal, lorsqu’une personne importante laisse son poste, on recherche la personne qui a des compétences équivalentes, qui connaît la boutique et le business, et on la place rapidement en poste.

Dans le monde politique, on cherche celui qui a accumulé le plus de points ascenseurs, qui frétille le plus en criant « Moi, moi, moi ! » lorsqu’on agite le maroquin, et qui ne risque pas de trop vous emmerder dans vos propres projets. La compétence et le parcours précédent intéressent peu.

Alors lorsque Christine est partie, le stagiaire a pris du galon ; et comme il laissait son poste libre, l’intérimaire qui s’occupait d’arroser les jolis plants de culture locale a elle-même monté en grainegrade. Le jeu de chaises musicales est particulièrement intéressant, puisqu’il a finalement permis de placer à trois postes clés, en ces périodes troubles, des gens auxquels personne d’avisé ne confierait simplement son portefeuille pour la journée.

Je ne dis même pas ça méchamment, mais j’en reste aux faits.

Pécresse aime un ou deux sandwiches de temps en temps

Lagarde a été ministre de l’économie et du budget de juin 2007 à juin 2011, soit quatre années pleines. Et malgré un parcours prestigieux dans le privé, elle aura donc permis à la France de passer d’une dette de 1200 milliards d’euros à une dette de 1700 milliards d’euros. Un demi trillion d’euros, c’est pas rien, M’ame Lagarde. Surtout lorsqu’on sait que, selon les estimations de la Cour des Comptes, seul un pourcentage modeste de cette nouvelle dette toute enflée est directement lié à la crise.

Si l’on s’en tient à ce qu’elle fait maintenant, du reste, ce n’est pas beaucoup plus glorieux : là encore, elle remplace DSK à son poste dont il a dû partir précipitamment suite à une tragique histoire de saucisse farceuse. Et en tant que directrice du FMI, on voit déjà qu’elle sera à la hauteur profondeur de son précédent poste qu’elle a quitté alors que tous les clignotants étaient au vert.

Quant aux compères Baroin et Pécresse, là encore on ne peut pas dire qu’ils brillent de pertinence.

Alors que les élections se profilent et la campagne bat déjà son plein à certains endroits, l’hypothèse même d’un budget équilibré n’est pas discuté. Pécresse est inaudible sur la question dont on se demande si elle sait qu’elle existe.

Baroin, lui, divulgue des opérations que la BCE voulaient secrètes. Et pendant qu’en coulisse les cambistes s’agitent pour éteindre l’incendie qu’il a déclenché, le petit François fait absolument tout pour camoufler sa totale inexpérience et tente de regonfler les finances exsangues du pays avec des mouvements désespérés de ses petits bras secs et noueux, à coup de 200 millions par-ci, niches fiscales rabotées par-là, alors que le bateau France coule de 92 milliards par an (soit… nettement plus de 200 millions par jour).

Autrement dit, ça chipote vaguement.

Non, il faut se résoudre à l’évidence : tous ne comprennent absolument rien à ce qui se passe. Même Papy Trichet, un chouilla plus malin dans son joli jeans délavé et une chemise un peu trop petite pour contenir une bedaine proéminente, se demande comment faire taire ces clowns.

Et le plus triste, c’est que dans le camp que beaucoup s’imaginent toujours « en face », ce n’est pas mieux.

Ainsi, Aubry ou Hollande qui nous parlent sécurité, c’est un peu comme imaginer les Télétubbies héros d’un film de Tobe Hooper : délice du décalage et odeur âcre du sang qu’on sait déjà gicler avant la fin du film.

Surtout qu’en plus, la Martine a du cran : elle va narguer Guéant (autre pignouf de dimension cosmique en matière de sécurité) dans la ville de Marseille. Amusante situation où, d’un côté, Martine va pouvoir balancer quelques énormités en ouvrant en grand le robinet virtuel des phynances, en se moquant facilement du bilan désastreux de Guéant à ce sujet… Et où de l’autre, Guérini, un membre du Parti Socialiste s’est fait pincer la main dans le sac, à Marseille aussi, pour un ensemble de malversation à faire frémir un parrain sicilien.

On ne peut éviter de penser que la manœuvre de Martine doit beaucoup plus au camouflage ou au damage control qu’à un quelconque argument de campagne ; le thème de la sécurité a été largement oublié par les socialistes depuis des années, et il ne semble refaire surface qu’à la faveur des élections.

Boozecats

Et pendant que ces clowns s’agitent et montrent l’incroyable étendue de leurs prouesses saltatoires à diluer du caca dans de grandes marmites de communication frémissante, la situation économique ne les attend pas.

Comme le résume assez bien Loïc Abadie dans son dernier billet, on va heurter Septembre bien plus fort que l’Ouragan Irène ne se sera jeté sur New-York : les banques européennes — et notamment françaises — manquent cruellement de liquidités (en dollar, apparemment) et tiennent comme elles le peuvent. De son côté, la Grèce fanfaronne avec sa nouvelle banque obtenue par fusion, fusion qui ne lui permettra pas de transformer en or le plomb des boulets qui lui sont attachés aux pieds. La France quant à elle affiche une insolente croissance… du nombre de pauvres et de son chômage qu’on croirait presque dorloté par toute une classe politique avide d’électeurs captifs.

Et pour gérer ce mois de septembre qui s’annonce déjà épique, qu’avons-nous ?

Quelques blagues faciles sur des riches qui aiment tendrement l’impôt ; c’est facile et ça évite de développer les sujets qui fâchent : comment trouver 90 milliards de plus au budget 2012 ?

Un François Hollande en pleine forme qui nous fait le gentil One Man Show du Communisme décomplexé, qui gagne probablement plus de 6000€ net par mois, mais qui n’aime pas tout cet argent, toute cette richesse, et qui veut diriger la France et sa dette…

Ça promet.
—-
Sur le web