Pourquoi Koch Industries prend position dans le débat public

Charles G. Koch

Le capitalisme de copinage et un État obèse empêchent les entrepreneurs de produire les produits et les services qui rendent meilleure la vie de chacun

Les médias, tant américains que français, ont multiplié les attaques contre les frères Charles et David Koch, accusés d’être les « milliardaires derrière les Tea Parties », manipulant les foules pour défendre les intérêts de leur entreprise, Koch Industries. Charles G. Koch, libertarien convaincu et mécène de nombreux mouvements libertariens américains, a répondu à ses critiques par une tribune que nous avons traduite avec son aimable autorisation. Ses avertissements, écrits en 2010, sonnent tristement juste en ces temps de crise de la dette publique. Chapeau ci-dessous du Wall Street Journal.

Charles G. Koch


Le capitalisme de copinage (
Crony capitalism) et un État obèse empêchent les entrepreneurs de produire les produits et les services qui rendent meilleure la vie de chacun.

Des années d’excès frénétiques de dépense publique par l’État fédéral, les États et les municipalités (aux États-Unis) nous ont mis au bord d’une crise économique. La dépense publique de l’État fédéral s’est élevée à au moins 3.800 milliards de dollars en 2010, le double de ce qu’elle était dix ans plus tôt. En outre, contrairement à 2001 où le budget était en léger excédent, le déficit prévu pour 2010 est de plus de 1.600 milliards.

Plusieurs milliers de milliards de dette ont été accumulés par les États et les municipalités. Les États doivent combler un déficit total de 130 milliards de dollars cette année. En 2012, ils seront dans une situation encore pire quand les transferts de l’État fédéral au titre des plans de relance cesseront.

Depuis de nombreuses années, tant moi-même que ma famille et notre société avons soutenu financièrement un éventail de causes intellectuelles et politiques pour régler ces problèmes. À cause de notre activisme, nous avons été diabolisés par de nombreux groupes. Malgré ces critiques, nous sommes déterminés à continuer à aider et à soutenir ces hommes politiques qui, tel le gouverneur du Wisconsin, Scott Walker, prennent ces défis à bras le corps.

Démocrates et Républicains ont tous été mauvais pour gérer l’argent des contribuables. Ils ont relevé les plafonds de la dette, émis de la dette à tout va et remis à plus tard les décisions difficiles.

Malgré le spectre de la faillite qui se rapproche, le président Obama et beaucoup au Congrès minaudent sur la question de l’excès de dépense publique et proposent des coupes relativement faibles, principalement sur les dépenses discrétionnaires (NdT : dépenses qui ne pèsent pour quasiment rien dans le budget fédéral). Il n’y a eu que peu de propositions sérieuses pour les coupes nécessaires dans les budgets militaires et les dépenses sociales, alors que ces dépenses représentent environ ¾ des dépenses de l’État fédéral.

Certes certains leaders à la Chambre des Représentants ont proposé de revenir aux niveaux de dépense de 2008. Mais pour revenir à un budget équilibré, c’est au moins au niveau de 2003 qu’il faudrait revenir. Et cela nous laisserait quand même avec une dette colossale à rembourser.

Les statistiques fédérales soulignent l’urgence avec laquelle les réformes sont nécessaires : les dépenses futures non provisionnées pour le régime de retraite, le Medicare et Medicaid dépassent déjà 106.000 milliards de dollars. Cela s’élève à largement plus de 300.000 dollars par personne vivant aux États-Unis (et dépasse la valeur cumulée de tous les comptes bancaires, toutes les actions, tout l’immobilier et tous  les autres biens personnels ou publics).

La commission du budget au Congrès (NdT: Congressional Budget Office ou CBO) a averti que les intérêts sur la dette fédérale étaient « promis à s’envoler ». Même le chairman de la Fed, Ben Bernanke, sonne l’alarme. Pourtant la Maison Blanche continue à affirmer que des baisses de dépenses significatives affecteraient l’économie et augmenteraient le chômage.

De nombreux exemples tendent à montrer l’exact opposé. Quand le Canada a réduit les dépenses fédérales de 17,5 à 11,3% du PIB en 2002, l’économie a retrouvé la croissance et le chômage a baissé. À titre de comparaison, les dépenses fédérales américaines s’élèvent à 25% du PIB.

Les dépenses fédérales dans le champ économique ne font qu’aggraver le problème ; de trop nombreuses entreprises ont exercé un lobbying efficace pour obtenir des traitements spéciaux ou des faveurs, que ce soit sous forme d’autorisations pour leurs produits, de subventions, de réglementations ou de tarifs commerciaux pour se protéger de concurrents plus efficaces.

Le capitalisme de copinage (NdT: Crony capitalism, terme anglais, désigne le capitalisme dans lequel État et entreprises sont imbriqués, ces dernières faisant pression sur les politiciens pour obtenir des faveurs) est en effet un système bien plus confortable pour les entreprises que de se battre sur le marché libre.

Mais il dégrade la qualité de vie de chacun et pénalise les entrepreneurs en récompensant les amis du pouvoir plus que ceux qui répondent aux besoins des consommateurs. Le but de l’activité économique est de transformer efficacement des ressources en des produits et services qui rendent la vie des gens meilleure. On devrait laisser faire faillite les entreprises qui ne parviennent plus à survivre au lieu de les sauver.

Mais quid des emplois qui sont perdus quand une entreprise fait faillite? Il faut se rappeler que tous les véritables emplois sont ceux qui produisent avec profit les biens et les services que les consommateurs veulent. Subventionner des emplois inutiles est coûteux, est un gâchis de ressources et affaiblit in fine l’économie entière.

Puisque  les entreprises dans un secteur donné acceptent l’intervention étatique qui vient perturber le marché (market-distorting programs), Koch Industries n’a pas eu d’autre choix que de faire de même, ne serait-ce que pour rester compétitif et conserver les 50.000 emplois de l’entreprise aux États-Unis. Cependant, même quand de telles politiques pourraient nous avantager, nous ne soutenons que les politiques qui contribuent véritablement à la liberté économique. Ainsi, en raison des actions étatiques, notre activité de raffinage s’est vue obligée d’être dans l’éthanol. Nous croyons cependant que l’éthanol, comme tout autre produit sur le marché, ne devrait être jugé que sur ses propres mérites, sans permis, subvention ou tarif douanier. De telles politiques ne font qu’augmenter le prix des produits, les taxes et le coût de bien d’autres biens et services.

Les élus américains feraient bien de se rappeler que les pays les plus prospères sont ceux qui laissent les consommateurs (et non les gouvernements) choisir le meilleur usage des ressources disponibles. Laisser les pouvoirs publics choisir les gagnants et perdants fait du mal à quasiment tout le monde, et en particulier aux plus pauvres.

Des études récentes montrent ainsi que les 10% les plus pauvres de la population habitant dans les pays bénéficiant de la plus grande liberté économique ont un revenu par habitant 10 fois supérieur à celui des 10% les plus pauvres des pays les moins économiquement libres. En d’autres termes, la société toute entière profite d’une plus grande liberté économique.

Même si cela affecte notre entreprise, c’est pour des raisons de principe que Koch Industries est un défenseur affiché de la liberté économique. Ce pays serait beaucoup plus prospère si chaque entreprise faisait de même. Pourtant, nous voyons bien trop d’entreprises qui affichent une préférence pour les solutions étatiques.

Je suis convaincu que les entreprises comme la nôtre embaucheront plus de personnes et investiront davantage  dans des équipements lorsque l’avenir financier de notre pays semblera plus prometteur. Il sera difficile d’établir les bases d’un État plus restreint et plus judicieux, particulièrement au niveau fédéral. Mais cela reste essentiel pour nous remettre tous sur la voie de la prospérité à long terme.

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M. Koch est président et CEO de Koch Industries. Il est l’auteur de « The Science of Success: How Market-Based Management Built the World’s Largest Private Company » (Wiley, 2007). Reproduit du Wall Street Journal© 2011Dow Jones & Company. Tous droits réservés. Traduction: Alexis Vintray pour Contrepoints.org

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