Faut-il supprimer l’Éducation nationale pour sauver l’enseignement ?

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Faut-il supprimer l’Éducation nationale pour sauver l’enseignement ?

Publié le 18 août 2011
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Quelle peut être aujourd’hui une réponse libérale aux questions de l’enseignement? Aurélien Véron propose une réponse dans un article paru dans Les Échos.

EducationFaut-il supprimer l’Éducation nationale pour sauver l’enseignement ? En nous ressortant le vieux serpent de mer des rythmes scolaires, le gouvernement occulte un débat plus glissant mais autrement essentiel : l’autonomie des établissements scolaires. L’autonomie partielle va discrètement être expérimentée dans les ZEP avec l’opération Éclair : écoles, collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite. Malgré cette avancée, la route est encore longue avant d’inverser le déclin de notre enseignement constaté par les enquêtes successives Pisa. On peut se demander combien cette réforme pèserait sur les finances publiques.

L’enseignement n’a pas de prix, mais il a un coût. L’école publique coûte 55 % plus cher que l’école privée : 5470 euros par élève par an contre 3500 euros selon une étude de l’Ifrap. L’enseignement libre offre donc non seulement une vraie liberté éducative aux parents, mais aussi un rapport qualité/prix imbattable. Avec les 400 à 750 euros versés directement par les parents, le coût final d’une scolarité dans le privé reste de 35 à 40 % inférieur à celui du public. Un enseignement objectivement plus performant n’est donc pas nécessairement plus cher, bien au contraire. La suppression de l’administration pléthorique de l’Éducation nationale constituerait une source importante d’économies pour le pays. Mais la ligne opposant les défenseurs de l’école publique aux promoteurs de l’école libre est d’abord idéologique.

Les premiers voient dans l’école un outil « de formation uniforme à la citoyenneté ». Les seconds revendiquent au contraire la liberté, pour les parents, de choisir l’environnement et le contenu éducatif des enfants. Ils refusent ce qu’ils perçoivent à tort ou à raison comme un formatage imposé des esprits. Face à eux, les ayatollahs du « tout public » préconisent toujours la fin du financement public des écoles libres (alors qu’ils n’hésitent pas à contourner adroitement la carte scolaire pour leur propre progéniture).

Cette décision serait profondément injuste et pénalisante pour notre pays. Les parents paient des impôts pour financer des services essentiels dont l’enseignement fait partie. Est-il légitime d’exiger qu’ils paient deux fois l’école des enfants, une fois par les prélèvements obligatoires, une seconde fois en payant l’intégralité des frais de scolarité ? Le coût supplémentaire d’une école privée constitue un investissement déjà important pour beaucoup de familles modestes qui veulent assurer un meilleur avenir à leurs enfants. De tout temps et partout dans le monde, la société civile a démontré sa capacité à créer elle-même des structures d’enseignement privées ou associatives performantes. La Suède, qui a mis en place le système de chèque éducation, ne s’y est pas trompée.

En allouant le même budget éducatif pour tous les enfants, sans distinction entre public et privé, et en consacrant l’autonomie totale de tous les établissements scolaires, les acteurs de l’enseignement pourraient adapter leur organisation en fonction de contraintes locales, dans un souci de performance mais aussi de respect des familles. Encore une fois, l’éducation de nos enfants relève d’abord des parents. Cette liberté de choix s’accompagne d’une véritable autonomie des établissements scolaires.

Ce changement radical de gouvernance entraînerait la suppression de la bureaucratie qui a bloqué tout espoir de changement jusqu’à présent : l’Éducation nationale.


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  • Interressant comme théorie.
    Mais elle oublie un point qui va être très difficile à contourner:
    Les familles veulent la meilleure éducation possible, certes, mais les recruteurs veulent une formation homogène (au moins au niveau régional).
    Hors rien ne dis qu’une école totalement libre puisse donner une formation équivalente entre tous les établissements.

    Un recruteur sait que s’il prend un ingénieur, au chaudronnier, un informaticien d’une école de bretonne ou d’une école de auvergnate, ils auront reçu la même formation et auront (grosso modo) les mêmes connaissances.

    • Non.
      Les écoles ont une réputation, qui se construit ou s’entretient.
      Déjà aujourd’hui, les recruteurs savent pertinemment que les universités et les diplômes ne se valent pas tous, qu’un ingénieur ou un chaudronnier de tel ou tel école n’auront PAS reçu la même formation, justement. C’est le boulot d’un recruteur de connaître l’évolution de la qualité des formations.

    • les recruteurs veulent une formation homogène

      Non. Ils veulent des gens qui répondent à leurs besoins. Sortez de France, vous verrez que cette diplomosclérose est assez typiquement franchouillarde.

    • Croyez-vous qu’HEC ou ESSEC ont eu besoin que l’état leur dicte leurs programmes, pour en faire les réussites que l’on connaît en terme de taux d’emploi de leurs élèves !

      H16 a raison, dans bien des pays, le culte du diplome n’existe pas.
      Allez lire les avis sur les forum des expatriés Français, vous serez surpris de constater la façon dont sont gérées les vies professionnelles.

  • Je pense que pour raisonner, il faut aller chercher TOUS les chiffres, pas quelques uns seulement. En vous interrogeant davantage sur les coûts, vous auriez pu constater que le « public » comme vous dites, prend en charge toute une partie de scolarité où on ne voit quasi pas une école « privée » …. : la plus chère, la professionnelle, celle où il faut, en plus de professeurs et de places, des machines, des outils, des intervenants extérieurs etc. Tout ceci disparaît, c’est vrai, le PDG d’Armor Lux s’en est rendu compte – et c’est une catastrophe. Mais il y a encore largement plus d’enseignements professionnels dans le public que dans le privé.

    Pour le reste, si votre projet est de permettre à tous les établissements de choisir leurs élèves, vous verrez comme tous les résultats augmenteront. C’est découvrir l’eau chaude que de se rendre compte que le « public » prend aussi en charge tous les élèves qui ne veulent pas aller à l’école, soutenus par leurs parents. Non ?

    Je trouve, pour finir, dommage que vous vous en teniez à une vieille guerre qui n’a pas lieu d’être – Il n’est pas si difficile de remonter le niveau : laissez les enseignants travailler – Supprimer les interdictions de : donner des devoirs, des punitions, des exclusions de cours. Permettez que les enseignants – et pas les parents – et pas l’administration qui gère à flux tendu ( selon ses termes ) – soient seuls et toujours responsables des passages… Et pensez à re-dépenser de l’argent pour former des couturières, des coiffeuses, des électriciens, et et et…. toutes voies en voix d’extinction, par des gens pour qui l’avenir se résume à deux années et jamais plus loin.

    J’ai enseigné dans le privé et dans le public, en France et à l’étranger et en ce moment en Zep-éclair, où pour info, le projet est de ‘maîtriser le français’ et la solution est de supprimer deux postes et demi de professeurs de français – et où pour ma part, 10 heures par semaine, je reprends les bases de CE1 avec des élèves totalement déscolarisés en primaire…… qui sont 80% de nos effectifs ( alors certes, eux, les tests Pisa…. )

  • je crois que l’éducation nationale doit progressivement disparaître mais il faut commencer par ne pas payer l’absentéisme et sanctionner l’incompétence
    manifeste de certains

  • « Le monde d’aujourd’hui souffre d’ignorance et le seul moyen de la combattre reste la réflexion » (Asghar Farhadi).

    Monsieur,

    Votre question n’en est pas une : voilà plus de dix ans que des acteurs critiques de l’éducation la voient venir* ; quant à vos mentors et amis politiques, ils n’ont pas attendu vos arguments pour y répondre. En fait, ils n’attendaient que leur heure pour vous faire intervenir dans le débat. Votre article – et son titre pour le moins racoleur – traduit simplement l’impatience des think-tanks néo-libéraux et des fonds d’investissement ou de pension qui les soutiennent financièrement, pour qui le fruit est mûr : il est temps, pensent-ils, de secouer la branche…

    Toutes les « solutions » simples, radicales, finales (« supprimer l’Éducation nationale ») méritent soit qu’on les ignore, soit qu’on y réponde de manière à faire apparaître la complexité que leur énoncé à l’emporte-pièce s’efforce de dissimuler. Tout en ayant conscience que dans le débat qui s’engage devant l’opinion, l’avantage compétitif ira toujours au discours de type poujadiste qui s’est fait une spécialité d’adresser des réponses simples (supprimer, éradiquer, en finir avec, etc.) à un public qui ignore tout ou presque du problème, sinon ses conséquences vécues. Les réponses simples rassurent : manque d’argent ? C’est la faute à X… Pas de boulot ? C’est à cause de Y… Problèmes d’intégration ? Dehors les Z… Échec scolaire ? Supprimons l’Éducation nationale…

    Que l’administration Éducation nationale ait des problèmes de fonctionnement, c’est l’évidence. Que le réseau des établissements publics dans son ensemble soit le problème, voilà qui peut être asséné mais reste indémontrable. Je ne reviens pas sur les arguments détaillés de Barbara ci-dessus, la complexité du sujet mérite qu’on se partage la tâche : ) On notera juste en passant que c’est une première victoire des lobbies néo-libéraux d’avoir réussi, dans les années 80, à faire assumer par les deniers publics, via l’Éducation nationale, une responsabilité grandissante dans la tâche qui incombait jusque-là au monde de l’entreprise : la formation professionnelle. Une partie du malaise des enseignants est à rechercher dans cette injonction contradictoire : éduquez les enfants à la citoyenneté, au libre-arbitre, à l’esprit critique, et (mais !) formez-les en vue de leur entrée sur le « marché du travail ».

    Et maintenant, c’est le « marché éducatif » que ces mêmes lobbies entreprennent d’ouvrir. Marché juteux s’il en est… Pour un néo-libéral, l’argument est décisif à lui seul, au point que les argumentaires libéraux, dont le vôtre, monsieur, ne prennent pas la peine de le mentionner. Il y a pourtant des affaires à faire, des emplois à la clé, des startups qui ne demandent qu’à se développer dans ce secteur d’activité. Même moi qui ne suis pas néo-libéral je le comprends et l’admets. Pas vous ?

    Simplement je ne suis pas prêt à en payer le prix. Et je ne suis pas néo-libéral notamment parce que cette perspective de croissance n’est pas pour moi un argument décisif. Sinon, il faudrait aussi se battre pour la libéralisation du marché des OGM, des armes chimiques, des gaz de schiste et des forêts primaires… Pour ne rien dire du travail des enfants et de l’esclavage.

    Qu’on se comprenne bien : je ne prétends pas que le libéralisme dont vous vous réclamez prône de telles mesures, je suis même certain que, pour les dernières du moins, elles vous révulsent autant que moi. Ce que je veux dire, c’est qu’en omettant de mentionner les perspectives de développement du marché éducatif qui sous-tendent votre plaidoyer, vous vous interdisez de penser les conséquences logiques – et historiquement attestées** – de la théorie libérale. Mais je vous donne acte de ceci, qu’en ouvrant votre article aux commentaires, vous me donnez la possibilité de le faire à votre place ; )

    Un autre effet pervers de cette occultation, c’est qu’elle vous contraint à remplacer les véritables arguments par des faux dont vous ne pouvez pas ignorer qu’ils le sont – ce serait faire injure à votre intelligence que de le supposer. Barbara l’a déjà signalé, ça fait des lustres que privé et public, sur le terrain, vivent en bonne intelligence. Et que plus aucun idéologue n’envisage sérieusement de remettre en cause la liberté de choix des parents, et le financement public qui s’ensuit des écoles privées sous contrat. Encore un point que vous omettez de préciser dans votre calcul du « coût final d’une scolarité dans le privé ». Mais peut-être escompte-t-on, dans les cercles de réflexion néo-libéraux, que le service public de l’éducation lorsqu’il n’existera plus continuera à payer les professeurs du privé ?…

    Alors oui, l’Éducation nationale est malade, mais le travail accompli génération après génération par le service public de l’éducation mérite mieux que du prêt-à-penser : une réflexion menée non plus depuis les ministères et les instances dirigeantes, mais par les acteurs eux-mêmes, par ceux des personnels et des parents d’élèves, public et privé sous contrat confondus, qui souhaitent s’y engager. Or cette réflexion et cet engagement nécessaires des personnes de bonne volonté, je n’en vois pas l’amorce dans votre article. Il me fait plutôt l’effet d’un pavé jeté dans la mare des stéréotypes.

    PS : enseignant comme Barbara, j’ai travaillé moi aussi dans le public et dans le privé.
    _____
    * Voir ou revoir à ce sujet la série Inculture(s) sur Youtube (n°1 ici : https://www.youtube.com/watch?v=9MCU7ALAq0Q).
    ** Cf. Krupp, Nobel, Union Carbide, British Petroleum, Monsanto…

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