Faut-il supprimer l’Éducation nationale pour sauver l’enseignement ?

Eleve en salle de classe (Crédits BiblioArchives - LibraryArchives, licence Creative Commons)

Quelle peut être aujourd’hui une réponse libérale aux questions de l’enseignement?

Quelle peut être aujourd’hui une réponse libérale aux questions de l’enseignement? Aurélien Véron propose une réponse dans un article paru dans Les Échos.

EducationFaut-il supprimer l’Éducation nationale pour sauver l’enseignement ? En nous ressortant le vieux serpent de mer des rythmes scolaires, le gouvernement occulte un débat plus glissant mais autrement essentiel : l’autonomie des établissements scolaires. L’autonomie partielle va discrètement être expérimentée dans les ZEP avec l’opération Éclair : écoles, collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite. Malgré cette avancée, la route est encore longue avant d’inverser le déclin de notre enseignement constaté par les enquêtes successives Pisa. On peut se demander combien cette réforme pèserait sur les finances publiques.

L’enseignement n’a pas de prix, mais il a un coût. L’école publique coûte 55 % plus cher que l’école privée : 5.470 euros par élève par an contre 3.500 euros selon une étude de l’Ifrap. L’enseignement libre offre donc non seulement une vraie liberté éducative aux parents, mais aussi un rapport qualité/prix imbattable. Avec les 400 à 750 euros versés directement par les parents, le coût final d’une scolarité dans le privé reste de 35 à 40 % inférieur à celui du public. Un enseignement objectivement plus performant n’est donc pas nécessairement plus cher, bien au contraire. La suppression de l’administration pléthorique de l’Éducation nationale constituerait une source importante d’économies pour le pays. Mais la ligne opposant les défenseurs de l’école publique aux promoteurs de l’école libre est d’abord idéologique.

Les premiers voient dans l’école un outil « de formation uniforme à la citoyenneté ». Les seconds revendiquent au contraire la liberté, pour les parents, de choisir l’environnement et le contenu éducatif des enfants. Ils refusent ce qu’ils perçoivent à tort ou à raison comme un formatage imposé des esprits. Face à eux, les ayatollahs du « tout public » préconisent toujours la fin du financement public des écoles libres (alors qu’ils n’hésitent pas à contourner adroitement la carte scolaire pour leur propre progéniture).

Cette décision serait profondément injuste et pénalisante pour notre pays. Les parents paient des impôts pour financer des services essentiels dont l’enseignement fait partie. Est-il légitime d’exiger qu’ils paient deux fois l’école des enfants, une fois par les prélèvements obligatoires, une seconde fois en payant l’intégralité des frais de scolarité ? Le coût supplémentaire d’une école privée constitue un investissement déjà important pour beaucoup de familles modestes qui veulent assurer un meilleur avenir à leurs enfants. De tout temps et partout dans le monde, la société civile a démontré sa capacité à créer elle-même des structures d’enseignement privées ou associatives performantes. La Suède, qui a mis en place le système de « chèque éducation », ne s’y est pas trompée.

En allouant le même budget éducatif pour tous les enfants, sans distinction entre public et privé, et en consacrant l’autonomie totale de tous les établissements scolaires, les acteurs de l’enseignement pourraient adapter leur organisation en fonction de contraintes locales, dans un souci de performance mais aussi de respect des familles. Encore une fois, l’éducation de nos enfants relève d’abord des parents. Cette liberté de choix s’accompagne d’une véritable autonomie des établissements scolaires.

Ce changement radical de gouvernance entraînerait la suppression de la bureaucratie qui a bloqué tout espoir de changement jusqu’à présent : l’Éducation nationale.


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