Obama a 50 ans

Barack Obama obtient un taux d’approbation de 50% le jour de ses 50 ans. Ce score est le plus bas depuis son accession au pouvoir

Par Guy Sorman

Par coïncidence, Barack Obama obtient un taux d’approbation de 50% le jour de ses cinquante ans. Ce score par sondage est le plus bas depuis son accession au pouvoir, pas assez bas cependant pour menacer sa réélection dans un an et demi. 50%? Nicolas Sarkozy en rêverait. Obama, il est vrai, n’a pas encore d’adversaire crédible. Sa très relative impopularité sanctionne l’accord passé avec son opposition Républicaine pour éviter une faillite théorique de l’État américain. Au terme d’un mélodrame de quelques semaines qui laissa les marchés financiers indifférents (les Bons du Trésor américains sont restés immuables et sans concurrent crédible), Obama s’engage à réduire les dépenses, à ne pas augmenter les impôts et obtient en échange un relèvement du plafond de la dette. Qu’il aurait obtenu en tout état de cause. La Gauche Démocrate est déçue par cet accord qui ne relève pas les impôts sur les riches ; la Droite Républicaine intoxiquée au thé aurait souhaité une faillite de l’État, fut-elle symbolique.

Passée cette anicroche électorale, le front politique s’est déjà déplacé vers un conflit plus sérieux qui oppose les Gouverneurs Républicains à leurs fonctionnaires. Le pionnier en cette affaire est Scott Walker du Wisconsin qui a licencié en masse, surtout des enseignants, en refusant toute négociation avec les syndicats et en proclamant qu’il n’y avait rien à négocier. Walker fait école dans tous les États Républicains qui  ne parviennent plus à équilibrer leurs budgets en raison des dépenses sociales (considérables, contrairement à ce que l’on imagine en Europe) et de leurs effectifs publics. Ces Gouverneurs se réclament tous du précédent illustre de Ronald Reagan : le 3 août 1981, autre anniversaire, le Président Reagan menaça les contrôleurs aériens en grève de les licencier s’ils ne reprenaient pas le travail sous 48 heures. Cette grève dura, les contrôleurs furent licenciés et remplacés. Mais à la différence d’un Scott Walker, Ronald Reagan (ancien leader syndical lui-même) avait négocié avec les syndicats de contrôleurs, avait proposé une augmentation des salaires que ceux-ci trouvèrent insuffisante. Leur grève était illégale car la loi américaine interdit aux fonctionnaires d’interrompre le service public.

Dans son allocution du 3 août, Ronald Reagan menaçait les grévistes de licenciement parce qu’ils ne respectaient pas la loi. Ce qui, par la suite, fut présenté comme un coup de force – Reagan brisant les syndicats – fut en réalité une défense de l’état de droit. La nouvelle Droite Républicaine s’avère donc plus radicale que ne fut jamais Reagan, en refusant par avance toute discussion avec les syndicats. La rhétorique est plus brutale aussi puisque cette Droite Républicaine prétend arracher les États-Unis aux griffes du Socialisme, incarné par Obama.

Valéry Giscard d’Estaing avait naguère déclaré qu’un pays où les prélèvements publics dépassaient un tiers, devenait automatiquement socialiste : lui-même dépassa ce tiers au cours de son mandat et nous en sommes à 52%, dans le même club que la Suède. Les États-Unis  à leur tour approchent de ce tiers fatidique : franchiront-ils le seuil ? Les Démocrates ne s’en offusqueraient pas, les Républicains se battront sur cette ligne comme les Texans à Fort Alamo. À Fort Alamo, tous sont morts.

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