La peur de l’individu ?

Individu

La collectivité doit-elle se méfier de l’individu, potentiel loup solitaire d’extrême-droite ?

Alors que les cadavres sont encore chauds, The guardian est sur la piste des disciples « d’extrême droite », en publiant un article du professeur de l’université de Nottingham, Matthew Goodwin. Celui-ci soutient que la « tragédie de la Norvège » de ce week-end peut s’avérer être un tournant sur la façon d’appréhender les adeptes de l’ « extrême droite », ses groupuscules et leur idéologie.

Jusqu’à maintenant, avance-t-il, les démocraties européennes et leurs services de sécurité étaient préoccupés presque exclusivement par la menace terroriste en provenance d’al-Qaida. Selon ses dires, les groupes d’extrême droite et leurs extensions plus violentes, vus comme des mouvements désorganisés, fragmentés et inconséquents, étaient mis de côté.

Il n’est pas nécessaire d’approfondir la lecture pour comprendre la tournure du papier. Les démons de la gauche ont maintenant un visage et un nom — et 93 martyrs (*) pour inspirer ce qui ressemble étrangement à un pogrom.

Toutefois, ce qui semble avoir le plus effrayé la gauche est que Breivik ait agi de son propre chef, sans être accompagné par des conspirateurs ou même une assistance extérieure. Il est ce que Goodwin appelle l’un des « loups solitaires » de l’aile droite.

Bien sûr, pour les « collectivistes », l’idée que quiconque puisse aujourd’hui agir seul est quasi incompréhensible. Et quand, dans leurs esprits enfiévrés, ils additionnent le nombre de présumés « droitistes » (c’est-à-dire toute personne ayant des idées différentes des leurs), tout cela devient pour eux source de nombreux cauchemars.

En opposition à la foule, les individus deviennent maintenant la menace. Le sentiment de sécurité qui provient de la sensation d’appartenir à une même majorité disparaît. Si un homme peut faire tout cela en tant qu’individu, pensez à ce que des milliers d’hommes, en tant qu’individus, peuvent faire.

Pourtant, même si Goodwin abuse sans cesse de l’épithète d’«aile droite», il concède que Breivik était « loin d’être ce qu’on pourrait appeler un extrémiste de droite traditionnelle ». Alors qu’il était profondément préoccupé par les effets de l’immigration, du multiculturalisme, de l’islam et du développement des communautés musulmanes, il faisait également preuve de dédain à l’égard des idées sur la suprématie raciale, des idées néo-nazis et les partis qui épousaient ces idées.

Avec ça, l’imagination s’envole. Même les gens qui ne sont pas réellement « droitistes » pour l’heure pourraient encore être considérés de droite. Le monde est plein d’entre eux, tous fortement déguisés en tant « qu’individus ».

Pourtant, Goodwin ne parvient pas vraiment à aller au bout de son idée. Bien qu’il reconnaisse la menace du « loup solitaire », son argumentaire revient ensuite à la démonologie basique des groupes, avec la menace de la prochaine vague de terrorisme en Europe qui ne viendrait plus d’al-Qaïda et des groupes qui s’en inspirent, mais plutôt des groupes de l’aile droite qui voudraient répondre à cette menace et réaffirmer leur position.

Il est beaucoup trop tôt pour dire si les actions de Breivik vont inspirer des attaques similaires, dit Goodwin. Mais une chose reste claire: la menace des groupes d’extrême droite et de leurs idées mérite une attention beaucoup plus grande.

Quelqu’un devrait peut-être souligner l’incohérence présente ici. Soit ce sont des groupes, soit ce sont des « loups solitaires », des individus ? Pour Goodwin, ces derniers sont beaucoup plus effrayants dans la mesure où il y a un ensemble beaucoup plus grands d’individus que de groupes.

Mais si les individus doivent être identifiés comme des menaces, on ne pourra plus stopper la collectivité. Le simple fait d’être différent sera suffisant pour susciter les soupçons et les représailles.

Nous pourrions être en effet à un tournant décisif… qui ne m’inspire pas grande confiance.

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(*) NdT : Au moment de la rédaction de l’article, le bilan officiel de 78 morts pour la fusillade sur l’île et l’attentat à la bombe n’était pas encore connu.

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