Diagnostic pauvreté : 2- Le Chili

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Le résultat est souvent qualifié, avec raison, de « miracle économique ».

Dans le premier billet de cette série, j’avais demandé aux lecteurs de me suggérer des pays pour la suite de la série. Un blogueur du nom de Jonathan a eu la brillante idée de suggérer le Chili. Ce pays a été un véritable laboratoire économique, puisque suite aux insuccès d’un gouvernement socialiste, une profonde libéralisation de l’économie a été implantée par diverses réformes. Le résultat est souvent qualifié, avec raison, de « miracle économique ».

Pinochet

Le gouvernement de Augusto Pinochet, une junte militaire implantée suite à un coup d’État en 1973, n’a pas grand-chose à voir avec le liberalisme. En fait, Pinochet a commis des crimes contre l’humanité fermement condamnés par les libéraux. Je ne vais pas non plus encenser les Chicago Boys, qui ont soutenu le régime de dictature et fait plusieurs erreurs coûteuses ayant parfois servi leurs propres intérêts.

Ce billet vise plutôt à décrire objectivement les réformes économiques qui ont permis au Chili de récemment accéder à l’OCDE et de supplanter l’ensemble des pays d’Amérique du Sud au niveau du développement. Ces réformes ne nécessitent ni  dictature militaire ni répression. Au contraire, le retour à la démocratie et à la liberté a certainement contribué au succès du Chili de façon significative.

Est-ce que la dictature a facilité l’implantation de réformes capitalistes dans un pays profondément socialiste ? Évidemment ! Cela ne signifie pas qu’il faille encourager les dictatures. Ne nous laissons pas aveugler par l’horreur du régime de Pinochet et concentrons-nous sur les réformes économiques. D’ailleurs, suite au retour à la démocratie au Chili, le cap vers le libre-marché a été maintenu par le parti de gauche au pouvoir, ce qui prouve que les mentalités ont véritablement changé pour de bon au Chili.

Les chiffres

Que devons-nous entendre par miracle économique ? Le graphique suivant parle de lui-même. Le PIB per capita du Chili a augmenté drastiquement au fur et à mesure que les réformes ont commencé à fonctionner. Entre 1950 et 1970, la croissance moyenne du PIB réel par habitant a été de 1,6 %, le plus bas taux de croissance de tous les pays d’Amérique du Sud. Entre 1985 (date à laquelle la crise de 1982 a été définitivement réglée) et 1996 (crise Asiatique), le PIB réel par habitant a crû en moyenne de 7 %.

Le tableau suivant compare les dix plus gros pays de l’Amérique du Sud entre eux. On constate que le Chili a la meilleure note au niveau de la liberté économique et qu’il fait mieux que les neuf autres pays dans presque l’ensemble des catégories et mieux que la moyenne dans toutes les catégories. On peut affirmer hors de tout doute que le Chili est le pays d’Amérique du Sud offrant le meilleur niveau de vie. (Cliquer sur l’image ci-dessous pour agrandir).

Le gouvernement Allende

En 1970, le parti de gauche mené par Salvador Allende a été élu avec pour objectif de converger vers le socialisme. Ce gouvernement a débuté une série de nationalisations d’entreprises et d’expropriations ; afin de stimuler la croissance économique et faire augmenter les salaires, Allende a mis en place un programme keynésien de dépenses gouvernementales visant à stimuler la demande, pensant qu’en redistribuant la richesse aux plus pauvres, ceux-ci dépenseraient davantage, ce qui stimulerait ainsi la demande. Ces programmes seraient évidemment financés par la création de monnaie. L’inflation serait retenue par des prix-plafonds imposés par le gouvernement.

En 1972, l’inflation dépassait les 200 %. Le déficit fiscal se chiffrait à 13 % du PIB en 1972 et à 23 % l’année suivante. Les salaires réels ont baissé de 25 % en 1972. Les prix plafonds ont évidemment généré de graves pénuries ; il fallait faire la queue de longues heures pour obtenir les biens de première nécessité. En somme, le pays était en crise économique.

Le coup et le début des réformes

En septembre 1973, un coup d’État mené par le Général Pinochet a mené au renversement du gouvernement et à la mort d’Allende. En 1975, les Chicago Boys, un groupe d’économistes chiliens formés à l’Université de Chicago, a pris le contrôle de la politique économique du Chili. Ils ont entamé une série de réformes visant à réduire l’intervention de l’État dans l’économie, libéraliser le commerce international et établir le libre-marché.

Les réformes ont été orientées de façon à réduire les dépenses du gouvernement pour retourner à l’équilibre budgétaire et stabiliser l’inflation. L’élément central du programme a été d’ouvrir l’économie chilienne au reste du monde en abaissant les barrières protectionnistes. Selon la Banque Mondiale, le Chili était en 1990 le pays le plus libre-échangiste au monde. Les tarifs sont passés de 105 % en moyenne en 1973 à 15 % en 1989 et 6 % aujourd’hui.

En 1973, la plupart des banques chiliennes était dirigée par le gouvernement. Dès 1974, les réformistes ont commencé à graduellement libéraliser le secteur financier par des privatisations et dérèglementations.

Le secteur financier n’a pas été le seul à être privatisé mais également la plupart des secteurs de l’économie, notamment le secteur minier, jadis sous le monopole de l’entreprise publique CODELCO, et maintenant sous le contrôle du secteur privé qui produit davantage et à moindre coût que CODELCO.

En 1973, 50 % des terres agricoles étaient détenues par l’État suite à des expropriations menées par les socialistes. Dès 1974, le gouvernement a distribué des titres de propriétés agricoles à 109 000 fermiers et 67 000 descendants des Mapuche. Le tiers des terres jadis expropriées ont été restituées à leurs propriétaires légitimes, le reste a été vendu.

Le marché du travail a aussi été réformé par de nouvelles lois le rendant plus flexible. La constitution de 1980 a renforcé la protection des droits de propriété.

Un autre élément clé du miracle chilien a été la réforme des pensions de 1981 (voir cet article de l’IEDM). Le système public de régime de retraite a été remplacé par un système de capitalisation et de comptes d’épargne-retraite individuels, où chaque travailleur dispose de son compte géré par le secteur privé. Aujourd’hui, 95 % des travailleurs sont couverts par le nouveau système. Au cours des 26 premières années suivant son entrée en vigueur, le rendement annuel des épargnants, en tenant compte de l’inflation, s’est élevé à 10,3 %. Devant ce succès, le modèle chilien a été imité, en tout ou en partie, par une trentaine de pays aux quatre coins du monde, dont la Suède. Ce nouveau système a permis de générer l’épargne nécessaire à financer le formidable essor de l’investissement privé au pays. Il a aussi permis aux Chiliens d’obtenir en tant qu’investisseurs une part du succès économique de leur pays.

Le résultat de ces réformes a été une augmentation et une diversification substantielle des exportations, une hausse de la productivité et une grande augmentation des investissements étrangers au Chili. La croissance du PIB, des revenus et de l’emploi a été fulgurante.

Les réformes sociales ont été limitées, mais étaient plutôt inutiles puisque la croissance économique a eu comme impact d’améliorer la qualité de vie des pauvres en leur donnant un emploi. Les inégalités se sont certes accrues, mais le niveau de vie a augmenté pour tout le monde. À cet égard, la critique de Naomi Klein est typique des socialistes. La gauche préfère vivre dans un pays pauvre, mais égalitaire, que dans un pays riche inégalitaire, même si les plus pauvres du pays riche ont un niveau de vie supérieur à ceux du pays pauvre.

Les erreurs

La plus grande erreur des Chicago Boys a été, durant la première portion de leur mandat, de maintenir un régime de taux de change fixe. Cela a rendu le pays vulnérable lors de la crise de 1982 et a fait du Chili le pays le plus affecté par la crise en raison de sa devise surévaluée. L’ampleur de cette crise et son impact sur l’économie du Chili auraient bien pu miner la suite des réformes.

La deuxième erreur a été la trop rapide privatisation des entreprises d’État. En les vendant plus graduellement, des meilleurs prix auraient pu être obtenus et celles-ci auraient probablement été achetées par les fonds de pension chiliens plutôt que par les riches collaborateurs de Pinochet.

La troisième erreur a été de ne pas réformer les systèmes de santé publique et d’éducation publics, tous deux inefficaces et victimes de sous-investissement. Le gouvernement de Pinochet les a nettement négligés, ce qui a grandement nui au sort des plus pauvres. Le gouvernement Ailwyn a corrigé le tir lorsqu’il a pris le pouvoir en 1990 en augmentant un peu les impôts pour financer des programmes sociaux qui ont contribué à améliorer le sort des pauvres dans les années 1990. Il faut cependant reconnaître que si le Chili a eu les moyens de faire ces dépenses sans s’endetter ou créer de la monnaie, c’est grâce à l’énorme création de richesse que les réformes libérales ont permis de générer.

Taux de mortalité infantile:

Conclusion

La gauche tente par tous les moyens de discréditer le miracle chilien : en faisant référence à l’horrible dictature de Pinochet, en pointant le coefficient de Gini, en relatant l’ampleur de la crise de 1982. Selon moi, ces points ne sont pas suffisants pour démontrer que les réformes visant à augmenter la liberté économique n’ont pas été bénéfiques au Chili.

Si vous relisez la conclusion de mon billet sur le Bangladesh, vous constaterez que plusieurs de mes recommandations ont été appliquées au Chili. Résultat : le Chili est passé de pays sous-développé à membre de l’OCDE.

Si vous cherchez des solutions aux problèmes économiques des pays du tiers-monde, l’histoire du miracle chilien comporte certainement plusieurs ingrédients importants au développement d’un pays, l’essentiel étant bien sûr la liberté économique.

Le Vénézuela est présentement en train d’adopter les mêmes politiques que le gouvernement socialiste de Allende entre 1970 et 1973, qui ont conduit à une crise économique. La seule raison pour laquelle le Vénézuela n’est pas encore en grave crise économique c’est grâce au prix du pétrole.

 

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