DSK a abusé du FMI

Dominique Strauss-Kahn, toujours dans la tourmente, quel bilan peut-on tirer de son action à la tête du Fonds Monétaire International ?

Dominique Strauss-Kahn, toujours dans la tourmente, quel bilan peut-on tirer de son action à la tête du Fonds Monétaire International ? Pour Guy Sorman, DSK n’a fait qu’appliquer de vieilles recettes tout en développant une bureaucratie pléthorique qui pourrait fonctionner avec 300 économistes quand elle compte 10 000 fonctionnaires.

Oublions la situation personnelle de DSK et intéressons-nous plutôt à ce qu’il a fait du FMI. Il est généralement loué pour avoir redynamisé cette institution et l’avoir placée au coeur de la crise financière mondiale depuis 2008. Cet activisme qui servait sa notoriété personnelle, contrastait avec la discrétion de ses prédécesseurs français comme Michel Camdessus et Jacques de Larosière. Ceux-ci avaient réorienté le FMI de sa fonction ancienne de prêteur aux Etats menaçant ruiné vers un nouveau métier de conseil aux gouvernements. Avant DSK, le FMI avait donc cessé d’être le pompier chargé d’éteindre les incendies et de prêter à fonds généralement perdus : s’inspirant des théories monétaristes, les économistes du FMI convertissaient peu à peu les dirigeants des pays pauvres à mieux gérer leurs finances en amont, en particulier grâce à la création de banques centrales indépendantes. Le décollage des pays pauvres, Afrique incluse, dans les années 1990, dut beaucoup à ces bons conseils qui firent quasiment disparaître l’hyperinflation de notre planète. Naguère contesté dans son rôle de prêteur de dernier recours à des chefs d’Etat peu fiables (Boris Eltsine, Moubarak), le FMI avait gagné l’estime générale dans cette nouvelle fonction de conseiller. Au désespoir tout de même d’un grand nombre des fonctionnaires du FMI, environ dix mille, privés d’utilité réelle. Kenneth Rogoff, qui fut l’économiste en chef du FMI, avant l’ère DSK, estime quel’organisation a, en réalité, besoin de trois cents économistes qualifiés, guère plus.

DSK, au contraire, a choisi d’en revenir au passé : il s’est attaché l’affection du personnel en restaurant le FMI comme vaste bureaucratie internationale. Crise ou pas crise, et politicien avant tout, DSK voyait grand. La crise fut une aubaine : DSK essaya de positionner le FMI en gouvernement économique mondial. Bloqué par les Américains, les Chinois et les Allemands, il n’y parvint pas mais, grâce à un lobbying actif, il obtint le renforcement de ses ressources. Sous DSK, le FMI prospéra. Au bénéfice de qui ? De lui-même et de son Directeur général. Mais contribua-t-il à résoudre, voire à limiter, la crise financière mondiale ? DSK aurait voulu prêter tous azimuts aux pays en difficulté : à l’exception de petits pays comme la Hongrie, cela lui fut justement refusé par le G8 et le G20. Les gouvernements se sont opportunément souvenus que les prêts du FMI sont rarement remboursés et qu’ils perpétuent donc les causes foncières de la faillite.

Faute de prêter directement, DSK aura beaucoup encouragé les gouvernements et les banques centrales à secourir les pays les plus mal gérés, la Grèce en particulier. Or, on savait au FMI depuis des années que les comptes grecs étaient truqués : sauver les Etats voyous par des prêts de faveur, ce fut la politique du FMI dans les années 1980, avec laquelle DSK voulait bizarrement renouer. Certes, le FMI posait des conditions à ses prêts mais ces conditions n’étaient jamais respectées (sauf par des gouvernements très sérieux comme la Corée du Sud) et le FMI n’avait aucun moyen de les imposer.

Au total, on comprend comment le management du FMI par DSK servait DSK et sa bureaucratie : on ne voit pas en quoi il conduisait vers un régime financier mondial plus rationnel ? Et DSK, politique oblige, n’osa jamais s’attaquer aux manipulations du Yuan par le gouvernement chinois, bien qu’il s’agisse là d’un facteur essentiel des déséquilibres mondiaux.

Si Milton Friedman était encore des nôtres, il rappellerait comme il le faisait déjà dans les années 1970, que le FMI fut créé en 1945 pour empêcher les dévaluations compétitives des années 1930 : près d’un siècle plus tard, ce problème n’existe plus et le FMI est avant tout une bureaucratie en quête désespérée d’une mission. Après DSK, doutons que le FMI soit réduit aux trois cents économistes souhaités par Rogoff : mais espérons que cette grenouille cesse d’enfler.

Article paru le 17 mai 2011 sur le blog de l’auteur. Republication avec son aimable autorisation.