Finance islamique et finance classique : une distinction superficielle ?

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Finance islamique et finance classique : une distinction superficielle ?

Publié le 28 juin 2011
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La finance islamique fait beaucoup parler, et semble être un sujet qui attire beaucoup de recherches et d’intérêt académique en ce moment. Certaines personnes la craignent et y voient une atteinte à la laïcité et l’égalité face au droit. Il n’est pas déplacé de dire que cette crainte s’inscrit dans un contexte plus large de peur de l’Islam. Sans être un spécialiste de la banque islamique ou avoir une expérience particulière avec ce genre d’établissement, le problème que j’ai avec le discours de ces auteurs c’est que la différence entre finance islamique et finance classique me semble surtout superficielle.

Dans les grandes lignes, le principe de la finance islamique est d’établir une liste restreinte de contrats types, qui énumèrent les types de transactions autorisées. Sont surtout interdites les transactions spéculatives, les transactions où « l’argent génère de l’argent », et les transactions où une des deux parties est jugée comme dominante. A l’intérieur de la banque, une commission examine les activités de la banque pour certifier que ses relations contractuelles sont assimilables aux contrats autorisés. Ces commissions s’appellent des Sharia board.

Avant d’y voir un véritable chamboulement de la façon dont la banque fait affaires, il faut se rappeler un certain nombre de points. Tout d’abord, même dans la finance classique, les membres de conseils d’orientation ou d’administration peuvent s’opposer à ce que la banque s’engage dans certaines activités à cause de considérations éthiques. Il serait illusoire de penser que dans la banque classique l’exécutif est un homo œconomicus maximisateur sans foi ni éthique. Les directeurs des banques prennent des décisions, et dans ces décisions certaines prétentions morales s’infiltrent inévitablement. Et ceci sans même s’étendre sur l’existence de la finance socialement et écologiquement responsable, et autres produits déjà éthiquement et moralement chargés. Prendre en compte certains critères moraux, religieux et éthiques n’est donc pas quelque chose de nouveau pour la banque.

Une des caractéristiques majeures de la finance islamique est de ne pas recourir au taux d’intérêt. On peut être sceptique sur cette prétention pour plusieurs raisons. D’abord, le refinancement des banques islamiques pose problème ; comment s’approvisionner en liquidités sans taux d’intérêt ni titrisation, ni aucun autre outil moderne ? On peut se poser la question à savoir si, face à des crises de liquidité, le Sharia board n’autorisera pas le recours aux marchés monétaires, à taux d’intérêt, pour trouver des liquidités. Et même si ce n’est pas le cas, la finance islamique intervient dans un monde où ses clients et paires se fournissent, se financent et fonctionnent à taux d’intérêt. Imagine-t-on une banque islamique refuser de s’approvisionner en fournitures de bureau parce que la transaction suppose un crédit commercial implicite ? Lorsqu’on s’intéresse au phénomène de plus près, il n’est pas clair de ce qu’il reste de la différence entre finance islamique et finance classique.

Une autre raison pour laquelle la distinction est galvaudée est que les banques islamiques sont en concurrence avec les banques classiques, et que les conditions de leurs opérations prennent forcément comme référence le coût des crédits traditionnels. Ce qui fait qu’au final, la différence se trouve dans les manipulations comptables invisibles pour le client, et pas réellement dans les conditions de financement ou dans leur coût. Mais encore, l’une des opérations typiques de la banque islamique est l’achat-rachat, où la banque achète un bien à votre nom et vous le revend petit à petit pour éviter de recourir au taux d’intérêt, existe déjà depuis longtemps en finance classique sous la forme du leasing ou des contrats de « repo ».

Pour toutes ces raisons, il me semble que la différence entre finance classique et finance islamique est plutôt superficielle et un artifice marketing qu’une véritable révolution financière. Les craintes de communautarisme sont absurdes ; la banque islamique ne s’inscrit pas en marge du système, mais a des maintes relations contractuelles avec des organisations qui ne respectent pas la charia. Au final, les outils qui caractérisent la finance islamique sont des outils que la finance classique utilise tous les jours. Comme l’écrivait Jean-Yves Naudet, le drame c’est qu’en France tout doive passer par un contrat-type formel approuvé par l’État. Sans cette absence de liberté contractuelle en finance il n’y aurait jamais eu de lois qui font directement référence au caractère religieux de ces contrats. C’est l’absence de liberté contractuelle qui est un obstacle à l’égalité face au droit et la laïcité, et pas la finance islamique.

Article paru originellement sur le site de l’auteur.

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  • Cyber-Résistant
    28 juin 2011 at 18 h 47 min

    Entre parenthèse, Aurélien Véron ce confond avec la finance islamique, Monsieur « BNP Paribas » espère financer son Libéralisme New Age avec des gens qui vont le bouffer et transformer « Droit Naturel » en « Droit coranique » dans le dictionnaire.

    http://webresistant.over-blog.com/article-la-finance-islamique-une-solution-au-liberalisme-51312777.html

  • Il faut rappeler aux occidentaux que la finance occidentale, qui est surtout une finance juive, est acceptée dans les pays musulmans, alors que l’interet est interdit dans l’Islam. et puis il y a quand même une différence majeure, c’est la spéculation et la vente à découvert. Allez expliquer aux consommateurs, pourquoi il y a des fonds spéculatif qui achètent pour vider le marché juste pour pouvoir augmenter les prix. C’est comme si j’allais devant un supermarché, j’achetais tous le lait qu’ils ont et tout de suite le revendre avec une marge de 20%, 30% voir plus, vous allez me dire que l’État ne me laisserez pas faire cela. mais dans la finance mondiale, on a tout a fait le droit de faire ça sans gêne.

    • Ces pratiques s’appellent un « corner ». Si c’était si facile, ça serait fréquent. Ça ne l’est pas. pourquoi ? parce que, oui, tu as une chance de gagner 20 ou 30 % … mais tu as aussi le risque de te boire un super-bouillon et perdre jusqu’à la totalité de ta mise initiale.

      Essaye pour voir : vider un supermarché de son lait c’est assez facile et pas cher, une mise de fond de quelque centaine d’euros suffit. Si tu récupère la moitié de ta mise, tu aura de la chance.

  • En France, le crédit gratuit n’est-il pas strictement encadré par la loi, car en réalité, un crédit n’est jamais gratuit ?

  • Mathieu Bédard
    28 juin 2011 at 23 h 15 min

    Faudrait quand même faire passer le message à l’auteur qu’il devrait se relire… Pour les phôtes quoi…

  • Tout est dit :
    « Sans être un spécialiste de la banque islamique ou avoir une expérience particulière avec ce genre d’établissement »

  • Le problème c’est surtout de prendre JYN comme référence. Enfin, si vous ne comprenez pas la différence entre ce que JYN et ses copains enseignent sous couvert de la bonne morale catholique.

    Ah non, ces gens là sont des libéraux, ils vous citeront les premiers pères de l’Eglise, ceux qui refusaient aussi l’intérêt. Mais juste après on peu enchainer avec d’autres admirateurs de Miltron et Hayek, en fait leur apôtres, car vous êtes maintenant aptes à recevoir l’enseignement suprême : la multiplication des petits pains. Ou comment diluer le risque, ou comment prêter 6,7,8 fois ce que l’on a déjà prêté.

    Retournez vous immoler immédiatement sur le cours Mirabeau.

    • Sympa!

      • Un Article qui reflète une ignorance de ce que la finance islamique, vous exposez votre point – qui est d’ailleurs très subjectif-et non pas un travail émanant d’une démarche scientifique et c’est très décevant surtout si ça provient d’un doctorant.

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