Moralité du capitalisme

La survie de l’entreprise exige de ses dirigeants et de ses employés des comportements moraux

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Moralité du capitalisme

Publié le 20 juin 2011
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À l’occasion du concours d’essai sur le thème de la libre entreprise et du caractère moral, UnMondeLibre a publié une contribution de Jacques de Guenin, à qui a été décerné un prix honorifique. Cette contribution libérale au débat nous semble importante, et est disponible ci-dessous. Jacques de Guenin est un militant des libertés, et est l’auteur, entre autres, de Logique du Libéralisme.

La Fondation Atlas et la Fondation Templeton lancent un concours d’essais sur le thème « la libre entreprise affecte-t-elle le caractère moral ? » Elles mentionnent que l’on pourra s’inspirer des débats organisés par la Fondation Templeton sur le thème « Le libre marché corrode-t-il le caractère moral ? ». Ayant examiné les papiers des treize contributeurs à ce débat, je me suis aperçu qu’un seul sur les treize avait une expérience quelconque de l’entreprise. Encore ce dernier avait-il surtout l’expérience d’entreprises spécialisées dans la finance. Cela ne signifie pas qu’ils ne pouvaient avoir des idées intelligentes sur le marché lui-même, dont ils sont des acteurs comme chacun de nous. Mais cela signifie que ce n’est guère auprès d’eux que l’on peut trouver des éclairages sur la question posée par le concours. Ayant passé l’essentiel de ma carrière professionnelle dans deux très grandes entreprises multinationales, ayant par ailleurs beaucoup fréquenté les petites entreprises pendant les quelques années où je me suis égaré dans la politique, j’ai pensé que j’avais peut-être une contribution concrète à faire sur le sujet du concours.

L’entrepreneur est celui qui observe la société autour de lui, décèle de nouveaux besoins à satisfaire et met en œuvre les moyens nécessaires pour y parvenir. C’est un créateur qui répand la richesse et fait vivre nombre de personnes moins douées ou moins audacieuses. C’est de loin le personnage le plus utile de la société et les peuples devraient lui vouer de l’admiration, ce qu’ils feraient sans doute s’il n’était dénigré par des théories fumeuses et envié par des hommes politiques moins créatifs.

L’entreprise repose sur des contrats. Au départ, quelqu’un (l’entrepreneur) pense qu’il existe dans la société un besoin latent à satisfaire, mais il n’a pas les moyens de le satisfaire seul. Il crée donc une entreprise et convainc différentes personnes de lui apporter des ressources, en leur expliquant que la vente des biens ou des services créés par l’entreprise permettra une certaine rémunération de ces ressources. Cette rémunération pourra être liée aux résultats (on l’appelle alors dividendes et ceux qui acceptent ce genre de risque s’appellent les actionnaires), ou elle pourra être définie d’avance (elle s’appelle alors intérêt, et les bénéficiaires sont les prêteurs). Ces participants sont liés les uns aux autres par des contrats. L’entreprise est alors en mesure de passer d’autres contrats, au premier rang desquels ceux qui vont lui apporter leur travail. Violer un contrat présente tellement d’inconvénients que les dirigeants efficaces trouvent beaucoup plus confortable de pratiquer systématiquement l’honnêteté.

Une entreprise ne peut être efficace que si les travailleurs s’y sentent bien. La préoccupation majeure de tout bon entrepreneur, est de faire en sorte que ce soit le cas. C’est très difficile, car chacun de nous croit volontiers que ses mérites ne sont jamais suffisamment reconnus, et les syndicats nous incitent à le penser. Dans l’entreprise privée, on y parvient pourtant, puisqu’il n’y a que 5% de syndiqués, et il n’est pas rare de voir les syndicalistes eux-mêmes demander discrètement une place dans l’entreprise pour leurs enfants. Dans la fonction publique, les patrons ont une carrière assurée, et ils s’intéressent moins à leurs subordonnés. D’où un mécontentement larvé, un taux de syndicalisation plus fort, et des grèves à répétition, dont les usagers et le pays pâtissent.

Sur un marché libre, une entreprise ne peut survivre que si elle satisfait sa clientèle et ses employés et si elle engendre plus de richesses qu’elle n’en consomme. Si un concurrent survient qui satisfait mieux sa clientèle parce que ses produits sont meilleurs ou moins chers, l’entreprise devra s’adapter ou mourir. Si les goûts ou les besoins de la clientèle changent, et ils changent souvent, l’entreprise devra également s’adapter ou mourir. Le maître mot est le mot adaptation. Malheureusement, en France, l’enseignement, les syndicats, les pouvoirs publics, tous, se crispent sur le maintien des situations existantes au lieu de favoriser les adaptations aux situations nouvelles.

L’adaptation serait considérablement facilitée par la disparition du code du travail et l’établissement de contrats spécifiques, librement négociés, entre l’employeur et l’employé, fut-ce avec les conseils de syndicats de l’entreprise. Le rôle de l’État pourrait se borner à fournir des contrats types pour aider les nombreux illettrés qu’il forme au sein de l’Éducation Nationale. Toutes sortes de contrats pourraient ainsi voir le jour, beaucoup plus adaptés aux besoins réciproques des individus et des entreprises qu’aucune législation ne pourrait les imaginer.

Cette adaptation serait aussi considérablement facilitée par la libération complète des salaires, car l’existence d’un salaire minimum empêche des centaines de milliers de gens d’accéder à l’emploi. Mais un salaire d’embauche prudent ne signifie pas un salaire figé, car il contribuerait au plein emploi, et en régime de plein emploi, la négociation entre un employeur et un salarié est favorable au salarié. Dans le système d’emploi complètement rigide que nous connaissons, où le travailleur est piégé dans l’entreprise et le patron piégé avec les gens qu’il a embauchés, le patron n’est pas incité à se donner beaucoup de mal pour garder ses employés. Au contraire, sur un marché libre du travail, et dans une situation de plein emploi, c’est le cercle vertueux : le patron est obligé de faire un effort beaucoup plus grand pour retenir les meilleurs :
– en les traitant avec considération
– en leur faisant comprendre le pourquoi de ce qu’ils font,

– en leur donnant des initiatives et des responsabilités à la mesure de leurs capacités.

Et les moins bons ont tout intérêt à faire un effort pour devenir meilleurs.

On dit que les multinationales corrompent les hommes politiques. En fait, ce sont les hommes politiques qui les pressurent. Au début, une multinationale qui s’installe investit et perd de l’argent. Dans l’exploration pétrolière, elle peut ne jamais en gagner, mais si elle vient à découvrir un gisement, il est fréquent que l’Etat modifie unilatéralement les termes du contrat initial pour augmenter sa part des bénéfices. Et comme cette extorsion sert surtout à grossir une administration inefficace, à acheter des armes, ou à alimenter la cassette personnelle de dirigeants corrompus, les vrais pauvres n’en voient pas la couleur.

La plupart des multinationales ont un code d’éthique qui permet aux responsables locaux de savoir ce que le groupe attend d’eux. Voici quelques extraits du code d’EXXON, la plus grande société pétrolière du monde :

« La politique de notre groupe est bien entendu d’appliquer strictement toutes les lois qui lui sont applicables.
Mais il ne s’en tient pas là. Même lorsque la loi est souple, EXXON choisit la voie de la plus haute intégrité. Les coutumes, les traditions, et les mœurs, varient d’un endroit à l’autre, et il doit en être tenu compte. Mais l’honnêteté n’est sujette à critique dans aucune culture…
Une réputation fondée de conduite scrupuleuse dans les affaires est pour la société un actif qui n’a pas de prix…
Nous sommes sensibles à la façon dont nous obtenons nos résultats. Nous comptons sur le respect de nos standards d’intégrité d’un bout à l’autre de l’organisation. Nous ne tolérons pas qu’un membre de l’organisation obtienne ses résultats au mépris de la loi ou par des actions non scrupuleuses….
Nous ne voulons pas de menteurs parmi nos managers, qu’ils mentent dans le but erroné de protéger la compagnie, ou pour se mettre en valeur. L’un des dommages les plus graves commis par un manager lorsqu’il dissimule de l’information, est qu’il envoie ainsi un signal à ses collaborateurs : le signal que les politiques et les règles de la société peuvent être ignorées lorsqu’elles sont gênantes. Ceci est de nature à corrompre et à démoraliser une organisation. Notre système de management ne peut se passer de l’honnêteté… »

Ce code est distribué à tous les membres du groupe, et les cadres sont tenus de le signer. Certains pensent que c’est un paravent. Ils se trompent lourdement. Des directeurs ont été licenciés parce qu’ils avaient donné des pots de vin pour avoir des contrats. J’ai été moi-même pendant quelques années responsable de son application en tant que contrôleur d’une filiale du groupe. Si j’avais laissé passer des manquements à l’éthique du groupe, les auditeurs de la maison mère n’auraient pas manqué de le découvrir, et c’est moi qui aurait été licencié.

Il y a la même proportion de gens honnêtes et de gens malhonnêtes dans l’entreprise que partout ailleurs. Mais dans la libre entreprise, soumise à la concurrence, la survie de l’entreprise exige de ses dirigeants et de ses employés des comportements moraux. S’ils ne sont pas honnêtes en entrant dans l’entreprise, ils apprennent à le devenir.

—-
Article repris du site d’UnMondeLibre, avec l’aimable autorisation d’Emmanuel Martin.

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  • « Violer un contrat présente tellement d’inconvénients que les dirigeants efficaces trouvent beaucoup plus confortable de pratiquer systématiquement l’honnêteté. »

    Violer un contrat ne présente d’inconvénient que si la personne lésée peut se défendre efficacement. Donc dans de nombreux cas violer un contrat ne présente que des avantages.

    J’ai bien ri en lisant ce que l’auteur présente comme « le code d’EXXOn » qui n’est que de la com’ pour amateurs des bisounours.
    Les diatribes contre l’Etat sont aussi particulièrement comiques, quand on sait que c’est ce dernier qui a pris en charge le nettoyage des côtes de l’Alaska quand l’Exxon Valdez a tout salopé.

  • « Les diatribes contre l’Etat sont aussi particulièrement comiques, quand on sait que c’est ce dernier qui a pris en charge le nettoyage des côtes de l’Alaska quand l’Exxon Valdez a tout salopé. »

    Trop bon, trop con.

  • Exxon a dépensé environ 2 milliards de $ de l’époque en nettoyage et payé 1 milliard de transaction pour échapper au pénal. Dire qu’il a laissé la charge du nettoyage à autrui n’est pas exact.

  • Peut-être que face à une puissante entreprise il est difficile pour un particulier de se défendre, mais il a au moins cette possibilité.

    Face à un État, c’est à dire une agence qui a le monopole de la force sur un territoire donné, il n’y a aucune relation contractuelle qui vous unit à lui, les « services » qu’ils vous proposent sont modifiés à loisir de façon unilatérale et sans votre consentement, mieux encore vous êtes obligés de cotiser à ses services sans aucun contrat préalable qui définit les termes de l’accord à l’exception d’un soit-disant contrat social qui ne veut rien dire et qui n’est qu’une coquille vide où l’on peut mettre ce que l’on veut.

    Les recours possibles se font soient par des organes d’État (cours de justice, etcc) qui auront une tendance intrinsèque à toujours favorisé l’Etat, l’autre moyen possible est par le biais de la politique, c’est-à-dire soit de de s’emparer du contrôle d’une partie ou de tous les organes d’Etat, ou de faire du lobbying (en soutenant un candidat par exemple), qui n’est rien d’autres qu’une façon détournée de voler les autres.

    Très souvent les « mauvaises » entreprises sont celles qui ont tissé des liens étroits avec les États et qui profitent de ses largesses.

  • Ah ! Mais que ça fait du bien de lire ça !!!
    Moi qui me suis toujours imaginé que cette caricature de patronat, genre « moyen-âge, tout-juste-sorti-du-servage », était un fantasme de gauchiste, je constate qu’il existe bel et bien.
    Je l’ai vu, je l’ai lu, … pour la suite, ça vient !

  • @ templar
    « Moi qui me suis toujours imaginé que cette caricature de patronat, genre « moyen-âge, tout-juste-sorti-du-servage », était un fantasme de gauchiste, je constate qu’il existe bel et bien.
    Je l’ai vu, je l’ai lu, »

    Pourrais-tu citer quelques phrases de l’article qui coïncide avec ton analyse ?

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