Inflation, spoliation, illusion

L’État augmente malhonnêtement ses capacités de paiement en spoliant tous les détenteurs de liquidités

Par Christian Dion (*)

Trichet & Bernanke

Pour équilibrer ses budgets sans cesse déficitaires, l’État français a eu recours depuis 1914 à l’inflation, c’est-à-dire à la dépréciation de la monnaie par un accroissement plus rapide de la masse monétaire que celui des richesses qu’elle représente. Par ce biais, l’État augmente malhonnêtement ses capacités de paiement en spoliant tous les détenteurs de liquidités, en particulier les épargnants.

Évaluons l’incidence d’une inflation de 5% sur les 1400 milliards € d’épargne actuelle des Français (assurances-vie et livrets d’épargne). A l’issue d’un an d’inflation, il leur faudrait disposer de 1470 milliards € pour conserver le pouvoir d’achat de leurs économies. L’État les a donc spoliés de 70 milliards.

Cependant, personne ne se plaint car numériquement le montant des avoirs est inchangé. C’est la spoliation douce ou l’impôt masqué. C’est bien plus indolore qu’un rappel ou une hausse d’impôts qui pourrait coûter la réélection à de nombreux élus.

Au passage, l’inflation est à l’origine d’autres rentrées. Elle permet de taxer des plus-values tout à fait surfaites, voire inexistantes, car calculées sur la simple différence entre le prix de vente et le prix d’achat sans corriger ce dernier de la dépréciation de la monnaie.

Enfin, grâce à ce processus, l’État reprend rapidement d’une main ce qu’il a accordé de l’autre. C’est ainsi que les hausses de salaires sont « mangées » rapidement par la hausse des prix due à l’inflation au point que l’indexation automatique des salaires sur l’inflation avait fini par être réclamée.

En résumé, l’inflation ruine les riches et maintient les pauvres dans la misère. C’est le vol, la « tricherie » permanente, le vivre dans l’illusion. Avec la monnaie unique, les États ne peuvent plus user aussi librement de cette facilité pour réduire les déficits qui désormais apparaissent davantage au grand jour et doivent être comblés par des emprunts auprès de créanciers le plus souvent étrangers.

Nos « illusionnistes » doivent désormais apprendre à vivre dans la vérité, la transparence et la rigueur budgétaire qui est la condition sine qua non d’un progrès pour tous au lieu de se contenter comme trop souvent de jeter de la poudre aux yeux.

Il est intéressant d’évaluer sur une période assez longue la dépréciation de la monnaie. Considérons un taux d’inflation constant de 7% l’an, tout à fait raisonnable sachant qu’il y a trente ans le taux était encore à deux chiffres.

Après un an, pour conserver le pouvoir d’achat d’une unité monétaire, il en faut 1,07 ; après deux ans 1,07^2 et après dix ans 1,07^10, soit le double. La monnaie ne vaut plus que la moitié de sa valeur initiale. Après vingt ans, elle ne vaut plus que le quart si bien qu’au bout d’un siècle, elle vaut moins d’un millième. Ce résultat a de quoi surprendre et pourtant il est bien vrai.

Dans les faits c’est encore pire. Pour l’apprécier, observons qu’une pièce de 20 F or de 1914 vaut aujourd’hui de l’ordre de 200 € , soit environ 1.300 francs (nouveaux francs) ou 130 000 anciens francs qui sont les héritiers directs des francs de 1914. L’ancien franc vaut 6500 fois moins que le franc de 1914 !

S’il suffisait d’imprimer des billets pour créer des richesses, cela se saurait. A force d’en émettre de façon débridée, leur valeur finit par tendre vers celle de leur poids de papier tandis qu’une pièce d’or vaut en toutes circonstances au moins son poids d’or.

L’expérience des assignats de la Révolution l’avait déjà montré. Mais la vertu des dirigeants succombe toujours à la tentation de la facilité qui conduit tôt ou tard au désastre et à la faillite.

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(*) Article paru initialement sur le Cri du Contribuable