Comment les Romains standardisèrent les fusées

Comment la taille des fusée peut-elle dépendre d’un paramètre aussi trivial que la largeur d’un cul de cheval.

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Comment les Romains standardisèrent les fusées

Publié le 14 juin 2011
- A +
Navette spatiale Discovery pourvue de ses deux réservoirs sur les côtés

De grands libéraux, dont Hayek, furent d’ardents défenseurs de l’absence de standardisation par les fonctionnaires, en arguant qu’elle pouvait être néfaste pour l’évolution technologique, alors que les myopes court-termistes qui peuplent les instances bureaucratiques n’y voient bien souvent qu’un aspect pratique par habitude de ne pas poser les yeux plus loin qu’un formulaire standard ou des élections imminentes.

C’est sans prendre en compte les développements technologiques et sans se soucier de la bride posée aux industries innovantes que l’Europe standardise à tout-va, ce qui peut paraître anodin comme les ampoules, les chargeurs de GSM, les méthodes d’agricultures…

On pouvait entendre Günter Verheugen, ancien commissaire européen à l’industrie, s’indigner en son temps de toute sa suffisance à propos du manque d’interopérabilité des chargeurs de téléphones mobiles. Il se plaignait que ses pauvres collaborateurs doivent parfois farfouiller pour trouver un chargeur qui leur convient sur leur lieu de travail. Autant vous dire que ça mérite amplement de forcer ces professionnels de l’industrie à engager des sommes colossales pour faire gagner deux précieuses minutes à une poignée de fonctionnaires désordonnés.

Le pire dans tout ça n’est pas la dépense et le formatisme que ça engendre mais bien la bride technologique qui peut se poser comme une balafre sur l’avancement technologique de l’Humanité.

C’est ainsi que les deux réservoirs additionnels de la navette spatiale américaine, ceux qui sont éjectés après le décollage, sont malheureusement trop petits selon leurs concepteurs.

Pourquoi ne pas les faire plus grands alors ? Eh bien la société Thiokol les fabrique en Utah et doit donc les expédier par voie ferrée jusqu’à Cap Canaveral. Or le réseau passe par un tunnel sous les montagnes Rocheuses. Ils sont donc standardisés par l’espacement des rails de train.

Cet espacement est constant de 143,5cm. Cette valeur étrange n’est pas là par hasard, elle provient d’ingénieurs anglais expatriés qui pensaient que c’était une bonne idée de construire les voies ferrées de la même façon qu’en Angleterre pour pouvoir utiliser des locomotives anglaises.

Mais pourquoi les Anglais ont-ils choisi cette mesure ? Parce que les premières lignes furent construites par les mêmes ingénieurs qui construisirent les lignes de trams, et que cet espacement était déjà utilisé.

Les trams doivent l’espacement de leurs roues au fait qu’ils étaient construits par les constructeurs de chariots qui utilisaient les mêmes outils et les mêmes méthodes.

La taille de l’axe n’est pas due au hasard ; partout en Europe, à cette époque, se trouvaient des ornières et une taille différente aurait cassé l’essieu des chariots.

Or, les premières routes furent construites par les romains pour accélérer le déplacement de leurs légions qui utilisaient des chars tirés par deux chevaux, qui ne devaient pas se gêner en galopant de concert.

Évidemment, pour ne pas causer d’accident et garder le chariot le plus stable possible, les roues ne devaient pas passer par la continuité des empreintes de chevaux afin d’éviter les cahots et les accidents lors du croisement de deux chars romains.

La navette spatiale américaine, moyen de déplacement le plus moderne à l’heure d’aujourd’hui, a des fusées dont la taille fut standardisée par des fonctionnaires venant d’un autre continent, 2000 ans plus tôt, qui se basaient sur la taille moyenne d’un cul de cheval.

Voila qui était totalement imprévisible pour des bureaucrates romains qui pensaient faire au mieux. Que dira-t-on dans 2000 ans quand on sera bridé dans un nouveau domaine parce que monsieur Günter Verheugen trouvait que six ou sept chargeurs de téléphones différents faisaient désordre au bureau ?

Voir les commentaires (15)

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  • Cet article expose des exemples intéressants et amusants. Mais à mon avis, il introduit une confusion entre les notions de centralisation (décisions planifiées top-down) et standardisation. Les standards ne sont pas nécessairement le fruit de fonctionnaires, ils peuvent aussi émerger spontanément. Ce qui bride l’innovation n’est pas la standardisation (qui a également ses vertus) mais la planification centralisée des décisions.

  • +1
    Les romains n’ont rien standardisé du tout, ils ont juste adopté une solution pratique, dont aucun fonctionnaire ne surveillait l’application sous peine de sanctions.

  • Mais quelle est la valeur ajoutée dans la multiplication des modèles de chargeur ou de tournevis ? aucune. Cette multiplication est un vice issu du droit de la propriété intellectuelle, qui permet à Tartempion d’interdire aux autres d’utiliser son modèle pourtant basique, et les obligent à inventer le même truc avec la subtile différence qui rend le machin incompatible mais assez différent pour devenir légal

  • Les romains ont bel et bien standardisé leurs routes forçant les chars au même standard (de toute façon, s’ils ne le respectaient pas, l’essieu cassait).
    Mais je suis tout à fait d’accord avec votre point de vue sur les chargeurs, P

    • Je ne sais pas s’ils standardisaient leurs routes et leurs chars (peu probable), mais je sais en tout cas qu’il n’y a pas de continuité entre le tracé de la plupart des voies romaines et celui des routes médiévales et contemporaines.
      De toute façon le raisonnement de l’article est stupide puisqu’il explique que des standards contemporains sont basés sur la largeur du cul des chevaux. Or s’il y a bien un truc qu’il est difficile de standardiser, ce sont, justement, les chevaux.

      • Il est vrai qu’on rencontre fort souvent des chevaux de toutes tailles, avec un nombre de pattes variables de 2 à 6, des coloris multiples, des largeurs ou des hauteurs très différentes les unes des autres. De surcroît, les Romains étaient, c’est bien connus, assez cons pour choisir un poney et un cheval de labour pour un même attelage.

  • Sympa ce petit article

  • Intéressant. Je me demande pourquoi ces histoires d’écartement de voies alimentent autant de hoaxes (comme le choix d’écartement du réseau espagnol due à la peur des invasions napoléoniennes). Je me demande aussi quel est l’intérêt, après un passage sur Hayek plutôt pertinent, de reprendre mot pour mot cette histoire bidon, si ce n’est dans le but de perdre toute crédibilité auprès d’un public qui a déjà vu circuler 10 fois cette légende urbaine. Bon d’accord les rédacteurs de l’article sont des Belges, mais enfin ça n’excuse pas tout.

  • C’est assez n’importe quoi cet article.

    Romains ou pas l’homme ayant une certaine taille et les contraintes des matériaux et de la construction étant ce qu’ils sont il n’y a aucun intérêt à construire des tunnels de la taille de cathédrales et devoir acheter 6-7 chargeurs est effectivement une plaie couteuse qui emmerde tout le monde.

    La bureaucratie a assez de casseroles à son actif pour n’avoir que ce genre d’arguments stupide à mettre en avant: « Votez libéral pour le bonheur d’avoir sept chargeurs sur le bureau !?? » Oh yeah !

    Pour finir les « réservoirs » sont des boosters a combustible solide (SRB), ils ne sont certainement pas « trop petit » et ce n’est certainement pas les tunnels qui « limitent leur taille ». Ils font 3.7m de diamètre alors que le (vrai) réservoir central lui fait 8.40m.

    • Il me semble que le réservoir central n’est pas acheminé par train.

      • Le diamètre des boosters n’a pas été choisi en fonction d’un moyen de transport mais d’après des contrainte physiques, aérodynamique et technique. Le bon diamètre pour loger 500 tonnes de perchlorate d’ammonium & co façonné en cylindre creux pour une combustion donnée. Un booster ne « fourni » pas de carburant la combustion ce fait à l’intérieur, le diamètre est donc autrement plus critique que le choix du train (sans grèves) ou du convoi exceptionnel.

        En plus la navette n’est pas le « moyen de transport le plus moderne » c’est un échec couteux retrofité de la technologie des années 80 et « l’incroyable avantage d’avoir 7 chargeurs » ne convaincra personne.

        La démonstration est indigente et contre-productive, ça pique les yeux.

        « Votez libéral: 57 types de voltages, chargeurs, essences, réseaux vont révolutionner votre vie et votre porte-monnaie. Garanti sans cul de cheval romain! » Yeah ! 🙂

        • Le diamètre des boosters n’a pas été choisi en fonction d’un moyen de transport
          Ce n’est pas ce que j’ai dit. Je me suis contenté de faire la remarque que les boosters étaient transportés par le train, pas le réservoir central.
          Vous avez consciencieusement détruit un homme de paille.

  • @ Pat352 : Note bien que cet article avait été classé par Contrepoints dans la catégorie « Humour » !….

  • Il y a en fait un maillon manquant entre l’époque romaine et aujourd’hui.
    Les ornières laissées par les chars romains, et encore visibles un peu partout (par exemple Pompéi, ou dans la région de Senlis), sont distantes de 1,30 à 1,35m.
    L’écartement des rails d’une voie dite « normale » est de 1435mm entre flancs actifs et 1500mm entre le sommet des rails (Il existe aussi bien d’autres écartements !!).
    Il est vrai que cet écartement (1435) a été repris des « diligences » tirées par des chevaux qu’étaient les premiers tramways. Lesquelles diligences furent construites sur un écartement venant des chariots « d’une époque moyenne-âgeuse »… Quelle fut l’évolution de l’époque romaine à la sortie du Moyen Âge …? A ma connaissance nous n’en avons pas de traces et quelques recherches sur le sujet seraient sans doute intéressantes … A moins de conclure que les chevaux romains (étant de petite taille) avaient des petits culs, et que les chevaux du Nord de l’Europe avaient (et ont encore) de plus gros culs ayant permis un élargissement de l’entraxe des roues …???

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