La vitre cassée japonaise

Les citoyens du Japon ne devraient pas être trompés par les tentatives de l’État d’exploiter leurs problèmes actuels

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La vitre cassée japonaise

Publié le 5 juin 2011
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Par David d’Amato (*)

Le vendredi 22 avril dernier, Bloomberg signale que le Premier ministre japonais Naoto Kan a annoncé des plans de budgets supplémentaires destinés à la reconstruction au lendemain du tremblement de terre et du tsunami.

Si les arguments économiques des étatistes sont vrais, les crises coûteuses comme celle qui a ravagé le Japon sont une aubaine, une opportunité pour le processus de reconstruction, pour susciter une activité économique qui autrement n’aurait pas eu lieu. Plus qu’une simple dépense liée à la catastrophe, les 50 milliards de dollars mis sur la table par l’État du Japon pour la reconstruction doivent être accueillis, nous dit-on, comme une vigoureuse piquouse économique dans le bras.

De grandes illusions

Les économistes — du moins ceux qui n’acceptent pas cette ligne de raisonnement — l’appellent le « sophisme de la vitre cassée », en allusion à la célèbre parabole du XIXe siècle rédigée par l’économiste politique Frédéric Bastiat sur ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas.

Le petit récit de Bastiat décrit un propriétaire de magasin dont une vitre de l’établissement est brisée par un fils fripon, le résultat étant une bonne affaire inattendue pour le vitrier.

Alors que cette affaire, le contrat commercial pour changer la vitre, est « ce qu’on voit », Bastiat attire notre attention sur « ce qu’on ne voit pas », toute activité productive dans laquelle le propriétaire du magasin aurait pu s’engager, s’il n’y avait pas eu le coût de remplacement de sa fenêtre.

Sous l’argument de la « dévastation perçue comme une relance », selon lequel la destruction de précieuses ressources et infrastructures est (ou peut être) utile, il n’y a aucun moyen fiable de déterminer où tracer la ligne entre ce qui est économiquement « bon » et « mauvais » dans l’infortune.

Si une vitre cassée doit être considérée comme un aiguillon pour l’activité productive, pouvons-nous penser de la même façon en ce qui concerne les dégâts du tremblement de terre au Japon ? Ou y a t-il un moment où les dommages sont trop vastes pour être considérés comme avantageux pour l’économie ?

Bien interprétée, l’efficacité économique est le produit de la capacité d’un acteur du marché à utiliser les ressources d’une manière qui évite le gaspillage et maximise le rendement de sa production sur ses coûts. Étant donné que chaque individu est en fait une petite « économie » en lui même, puisqu’il alloue du temps et des ressources limitées pour atteindre des objectifs particuliers, avec un préjudice, même relativement faible, comme une vitre brisée, ce désavantage ne peut jamais entraîner un gain net pour la collectivité.

Pour recourir à une tautologie, les coûts sont des coûts, et alors qu’ils peuvent être déplacés d’un endroit à l’autre, leur création par des catastrophes naturelles et autres occasions produisent des dépenses qui n’auraient pas été créées autrement.

Quelque chose pour rien

S’il était possible d’extraire quelque chose de positif de l’air ambiant, ou à partir, par exemple, des destructions des bâtiments, les questions économiques — principalement celles qui résultent de la pénurie — disparaîtraient complètement. Chaque fois que l’économie aurait besoin d’un nouveau souffle, nous pourrions aller de l’avant et faire appel à l’équipe de démolition, car après tout, les constructeurs seront prêts à intervenir pour rebâtir.

La vérité est que certaines personnes pourraient tirer profits des suites des catastrophes qui engendrent d’énormes projets de dépenses du gouvernement, mais ces profits ne viennent pas de nulle part. Lorsque le système économique est défini par les interventions coercitives de l’État, les travaux publics qui suivent les catastrophes naturelles induisent la création de contrats pour les « favoris » de l’État, au détriment des masses laborieuses.

L’État et ses courtisans, des groupes qui ne peuvent pas réellement être distingués en pratique, sont heureux d’exploiter la tragédie pour rediriger la richesse ; ils apprécieront certainement un coup de pouce, mais ce dernier n’est en rien gratuit.

Les travailleurs paient le prix, et le prix est sensiblement plus élevé qu’il ne le serait dans une société où les détails du processus de reconstruction seraient déterminés par les décisions volontaires d’individus libres.

Dans une telle société, les nouveaux coûts induits par une catastrophe donnée apparaîtraient en proportion des investissements individuels effectués à l’avance, et non poussés par les travailleurs qui n’avaient pas d’intérêt dans l’infrastructure au départ.

Escamotages étatiques

Les libertariens refusent de voir l’État comme une entité surnaturelle capable d’agir en dehors et contre les lois économiques. Lorsque l’État déploie de la richesse, il n’efface pas les coûts qui accompagnent les catastrophes. En fait, la nature inefficace et cupide des relations vénales créées par le pouvoir impose des coûts supplémentaires pour la société capitaliste.

Il a été assez facile pour le propriétaire de la boutique de repérer l’illogisme du sophisme de la vitre cassée. Les citoyens du Japon ne devraient pas être trompés par les tentatives de l’État d’exploiter leurs problèmes actuels. Plutôt que d’accorder à l’État la possibilité de s’arroger plus de pouvoir au bénéfice de son cercle de ploutocrates, le peuple japonais doit conserver l’instinct de scepticisme qu’il ressent quand l’État commence à parler d’ « opportunités de croissance ».

—-

(*) David D’Amato est un avocat libertarien qui termine actuellement des études en droit commercial à la Suffolk University Law School.

—-
Traduction de l’article Japan’s Broken Windows, Le Québécois Libre, n°289, Montreal, May 15, 2011, avec l’aimable autorisation du site.
Traduction : Barem

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  • Si la destruction permet de relancer l’activité économique alors il faut détruire tout ce que nous produisons. Mieux : ne rien produire du tout ou bien de l’inutile!

    • et encore mieux que le mieux : du nuisible auquel il faudra remédier. A défaut de tsunami, on peut déjà, par exemple, dynamiter nous-même des logements parfaitement fonctionnels que les habitants regretteront, de préférence dans des régions où il n’y en a déjà pas assez. Ça donnera l’occasion d’en reconstruire des neufs (mais en moins grand nombre : ça provoquera une pénurie, et la pénurie c’est de la demande, et la demande c’est bon pour la croissance à ce qu’il parait).

      quoi ? comment ? on me souffle dans l’oreillette que c’est déjà fait ? flute, alors, je suis en retard…

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