Coûteux aciers versaillais

Venet expose à Versailles. Des bouts d’acier rouillé. Joie coûteuse de l’art comptant pour rien.

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Si Versailles m'était compté (Crédits René Le Honzec/Contrepoint.org, licence Creative Commons)

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Coûteux aciers versaillais

Publié le 25 mai 2011
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Coûteux aciers versaillais

Magie de gros bouts d’acier rouillé au milieu de parcs centenaires : Bernar (sans « d », ça ferait trop peuple, sinon) Venet expose ses bidules au milieu de Versailles depuis le 17 mai dernier. Émoi. Palpitance. Beautitude.

Il m’arrive parfois d’évoquer (comme ici ou ), une légère sueur froide glissant dans le dos, les péripéties de la République du Bisounoursland en matière de Sexes Gigantesques Roses en plastique thermodurci ou autres happenings époustouflants dont les caractéristiques sont finalement toujours les mêmes :
– cela doit occuper beaucoup d’espace et/ou de temps,
– coûter un pognon considérable sorti de la poche d’une multitude bêlante de moutontribuables pas au courant,
-et choquer tant que ça peut le bourgeois forcément réactionnaire et coincé.

Moyennant quoi, on peut présenter des 3×4 d’adolescents s’enfilant lascivement sous le regard complice (mais zartistique, attôssion) d’un photographe pas du tout pédophile qui exprime le mal-être trouble d’une génération en pleine exploration sensuelle de son propre corps pour l’aider à s’approprier sa propre humanité d’adulte en devenir. Moui. Et mettez un peu de marron louche ici, et faites pipi là, et n’oubliez pas d’asperger ceci de copeaux de concombre qu’on va gélifier dans des polyacrylates quelconques. Voilà, c’est superbe.

Cette fois-ci, on nous propose donc de gros morceaux d’arc de cercle d’une vingtaine de mètre de haut, ou de long, selon qu’on les positionne en hauteur ou qu’on les flanque par terre, dans le passage, en acier massif donc légers à manipuler et à sécuriser, dans le cadre idyllique pour ce genre de performance artistique du Château de Versailles qui a déjà vu passer, rappelons-le, les teckels gonflables de Koons et les bouddhas dorés de Murakami.

J’ai dit « on nous propose » alors que le verbe est bien sûr « impose », dans tous les sens : d’un côté, on aura eu la présence d’esprit de ponctionner nos poches du montant correspondant pour ces bouts d’acier rouillés, et de l’autre, on les aura placés au milieu de Versailles sans nous demander notre avis.

Et l’effet est saisissant puisque, de loin, on a l’impression qu’une baleine gigantesque s’est échouée là et y a définitivement pourri, laissant derrière elle ses côtes décharnées d’un marron évocateur.

Venet à Versailles

Un peu plus loin, on pourra admirer ce que notre aimable artiste a sobrement intitulé « Effondrement », qui est probablement l’état général dans lequel le contribuable se trouve quand la facture de ces pitreries lui parvient.

Venet : Effondrement (des finances publiques)

Oh, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : Bernar Venet n’est pas nul.

Déjà, lui, il ne fait pas dans le plastique bas de gamme et les jouets gonflables, puisque c’est de l’acier bien dur, bien lourd, bien rouillé qu’il utilise.

Je n’ai pas dit non plus qu’il est dépourvu de talent. Pour ce que j’en vois, il en faut, du talent et de l’énergie pour fabriquer des trucs-machins qui pèsent des tonnes et ne servent consciencieusement à rien du tout, dans un matériau résistant un peu à l’épreuve du temps et de la réflexion, le tout dans une bonne humeur bien plus inoxydable que l’acier dont il est fait…

Et puis, ces bidules un peu bizarres ne sont pas aussi moches que certaines réalisations beaucoup plus douteuses d’autres zartistes tous aussi subventionnés que notre bricoleur de l’espace-temps interstitiel des cosmogonies fumoïdes en mouvements branchouilles (ami lecteur, ne cherche pas à comprendre toutes les phrases de ce billet, certains pièges à zartistes se sont glissés dans la trame du texte).

Mais j’aimerai bien savoir, indépendamment de la pertinence de ces … mhm disons œuvres et de l’extraôôôôôôrdinaire génie du maître, ce qui justifie qu’on dépense régulièrement l’argent du contribuable pour des expositions parfaitement arbitraires (et d’un goût discutable), à la seule discrétion du type en charge du lieu.

Pourquoi et comment Aillagon (l’actuel responsable de Versailles) a-t-il choisi Venet ? Pourquoi n’a-t-il pas, par exemple, choisi de faire imprimer sur de grandes bâches roses fluo, sur 10m de long et 3 de haut, les aphorismes les plus rigolos et les mieux sentis de h16, un blogueur sémillant qui, justement, ne facture qu’un million pour ce genre de performances zartistiques ? Ou, si ses aphorismes ne plaisent pas, le même blogueur propose des photos de jolies paires de seins peints en bleu, en 3×4. Il peut faire ça aussi (pour 250.000€ l’exemplaire ; chères lectrices, envoyez-moi vos meilleurs clichés, et je reverse 10% de mes émoluments citoyens, festifs et libidineux).

En ces temps de crise où, désolé de le rappeler, des gens manquent de travail, des familles voient leur pouvoir d’achat diminuer, je trouve plus que scandaleux de dépenser l’argent qui leur est pris, de force, pour organiser ce genre de happening fumeux qu’ils ne verront d’ailleurs jamais, plutôt que, tout simplement, restituer le montant correspondant. Ou alors, puisqu’il semble acquis que l’État doive absolument dépenser, quoi qu’il advienne, qu’au moins on le fasse dans des dépenses collectives d’intérêt immédiat (tiens, par exemple, un IRM, la réfection d’une école, le bouchage de trous dans une section de route départementale, que sais-je…)

Si Versailles m'était compté

Bien sûr, on trouvera toujours un comique pour nous dire que l’argent dépensé pour les coûteuses clowneries des uns et des autres permet de générer de l’emploi, oubliant dans un réflexe fulgurant le sophisme de la vitre cassée ; et de toute façon, en quoi la France, ou Versailles, ont-ils besoin d’une nouvelle œuvre d’art, d’un nouveau bidule ésotérique rigolo ou pas, actuellement ?

Oh, oui, rêver et faire de l’art, c’est très intéressant, c’est utile pour oublier la grisaille du monde moderne qui nous enchaîne dans le caca patati patata, mais on peut se demander si justement nous remettre une couche ripolinée « Zartiste » d’un même caca dispendieux est une vraie solution pragmatique aux problèmes que le pays traverse…

N’est-il pas plus que temps de redescendre sur terre ?

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  • ce qui est incroyable, c’est que les gens ne prennent pas d’assaut le bureau d’Aillagon ! on crache au visage du contribuable, mais il continue à bêler en appelant l’Etat au secours ! La passivité des gens me sidère toujours !

  • Ce qui est sidérant, c’est qu’un tel ramassis d’intégrisme et d’intolérance se prétende pertinent face à la complexité d’un tel travail.
    Culturellement absent, politiquement inutile, votre article est un véritable trou noir de connaissances. En bref: du néant, du néant, et encore du néant. J’ai le plaisir de vous annoncer que votre œuvre journalistique appartient désormais à ma collection personnelle des articles dit: de plomb. Félicitations! Vous faîtes donc désormais partie du fleuron des journalistes de bas étage.

    Autant revenir à l’époque de la pierre taillée.. L’ouverture d’esprit n’est hélas pas donnée à tout le monde.

    Le nivellement par le haut?

    j’en doute fort. Retournez donc à Versailles, étudiez l’architecture et l’histoire de l’art, et, en fin sociologue, achetez vous des escaliers.
    Nous pourrons dès lors espérer que dans un millénaire, vous aurez franchi la première marche!

    Enfin: passez le bonsoir à vos collègues obscurantistes, nettoyez bien la fraise autour de votre cou.. et rendez vous au prochain autodaffé.

    Vous y brûlerez la culture, et pour ma part.. j’y brûlerais vos articles.

    à bon entendeur salut

    • Mon dieu, je suis choqué : quelqu’une qui n’accepte pas qu’on ne pense pas comme elle !

      Bah, si ça peut vous rassurer, des comme vous, la « culture » franchouille en produit treize à la douzaine actuellement. Et on n’en conserve aucun.

    • « Ce qui est sidérant, c’est qu’un tel ramassis d’intégrisme et d’intolérance se prétende pertinent face à la complexité d’un tel travail. »

      « complexité » ? Quel ironie ! Le moindre des soudeurs de chantier fait pareil par contre vous trouverez peu de gens capable de tailler une statue comme celle que ce vague échafaudage rouillé aux formes simpliste étouffe. Vous confondez talent et culot de vendeur visiblement.

      Chacun voit midi à sa porte, vos œuvres artistique façon casse de voiture ne nous dérangent absolument pas pourvu qu’elles soient financées avec votre argent plutôt que le notre. (Et que vous les gardiez éventuellement sur des terrains privé)

  • Qu’il est jouissif d’entendre le premier venu étaler goulûment, sans retenue et sans compter une légère tendance au narcissisme, sa logorrhée inepte et insipide. Néanmoins je m’insurge contre autant de bêtise humaine dans un seul et même article ; je devine un auteur qui se croit emmerdeur et humoristique en ponctuant de z ses articles. Pour faire rire, si j’ai bien compris.

    Je suis navré de vous l’apprendre, mais vous avez l’ouverture d’esprit aussi développée qu’un caillou. Mais je vous comprends, il est bien plus facile et ô combien moins saboulant de rester sur des a prioris dignes d’habitués de bistrots de campagne.
    J’espère deux choses pour vous, au choix :
    – restez dans vos acquis infondés sans « enquiquiner le reste du monde en faisant des articles »
    – levez-vous du siège de l’inconnaissance et ouvrez-vous à ce que vous ne semblez pas connaître : la culture.

    Je ne vous salue pas, et je finirai sur cette citation d’une personne dont j’ai oublié le patronyme mais qui a au moins le mérite de ne dire un ramassis de conneries, contrairement à vous :
    « Un homme sans culture, c’est comme un zèbre sans rayure. »

  • @ h16 : « N’est-il pas plus que temps de redescendre sur terre ? » Et pour vous, n’est-il pas plus que temps de redescendre de votre piédestal de suffisance ?

    @ Pat352 : J’admire la blague que je trouve très bien trouvée. Si je suis votre raisonnement qui tend à prouver que Bernar a un simple talent de vendeur, dois-je en penser de même pour des artistes comme Klein ou Fontana, qui ont produit des œuvres aussi « simplistes » que ces sculptures ? Il serait enfin temps de cesser de croire que l’art ne réside seulement dans les peintures de Caravage ou les statues de Michel-Ange et que le minimalisme est forcément simpliste. Mais comment vous semblez vous-même être un « zartiste » émérite, je vous en prie, faites-nous part de votre talent et produisez quelque chose de mieux que Bernar.

    • Ce n’est pas un piédestal, je suis simplement sur la terre ferme là où vous vous enfoncez lentement dans la médiocrité. Ce n’est pas moi qui monte, c’est vous qui descendez.

      • « Oh, oui, rêver et faire de l’art, c’est très intéressant, c’est utile pour oublier la grisaille du monde moderne qui nous enchaîne dans le caca patati patata, mais on peut se demander si justement nous remettre une couche ripolinée « Zartiste » d’un même caca dispendieux est une vraie solution pragmatique aux problèmes que le pays traverse… »

        L’art ne sert pas à faire oublier la grisaille du monde moderne mais à une portée supérieure que changer du quotidien. L’art constitue un apport personnel pour l’épanouissement de l’individu et peut par conséquent être utile à la vie ou au bonheur de tout un chacun. Alors certes, ce n’est pas « Effondrement » de Bernar qui mènera au bonheur mais c’est un des jalons qui y amène. La culture en général, permet le développement personnel, tout autant que d’autres domaines divers et variés comme la science, le travail, la politique ou la vie sociale. Après, chacun aura une définition de l’art et de la beauté différente. Si des personnes comme vous n’apprécient pas le travail de Bernar, je le conçois, mais alors au moins, respectons-le car je doute fort qu’il soit dénué de sens et d’utilité. Je suis un amateur de cet art minimaliste et cette sculpture est pour moi aussi belle qu’un tableau de Raphaël. Aussi, libre à chacun de trouver l’art important ou non, mais il n’est pas nécessaire de faire un article acide glorifiant sa soit-disante inutilité.

        Par ailleurs, l’art n’est pas une solution pragmatique aux problème que notre pays traverse, à moins de vendre toute la collection du Louvre à la limite. L’art ne sera jamais une solution économique à la crise que nous traversons mais le dénigrer serait d’autant plus grave. L’art a une portée plus philosophique qu’économique et il est vain de vouloir mélanger deux domaines qui n’ont pas à voir ensemble.

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