La Révolte d’Atlas (1)

Critique de l’adaptation cinématographique du livre d’Ayn Rand, « Atlas Shrugged »

Par Bradley Doucet

La révolte d’Atlas (Atlas Shrugged), l’opus magnum d’Ayn Rand, est un roman qui change nos vies. Il célèbre la raison, la liberté et la gaieté tout en racontant une histoire remplie de personnages attachants. John Steinbeck a écrit dans son journal alors qu’il composait son chef-d’œuvre, à l’Est d’Éden: « Il est du devoir de l’écrivain de soulever, d’étendre, d’encourager. » C’est justement ce que fait Ayn Rand dans son œuvre, nous montrant quelle gloire les êtres humains peuvent atteindre.

L’adaptation au cinéma de l’Atlas Shrugged est lancée depuis le 15 avril dans les salles aux États-Unis, 54 ans après la publication du livre. Il couvre le premier tiers du livre, avec deux autres films prévus pour compléter l’histoire. Il a été produit pour la somme relativement modeste de 10 millions de dollars. Son réalisateur et ses acteurs n’ont pas le genre de noms qui leur permettrait de demander des salaires énormes. Il n’a pas de distributeur établi. Il a eut toutefois des réservations aux cinémas à travers le pays lorsque la force du buzz a été capable de créer l’attrait pour ce film. Au dernier décompte, il été diffusé dans quelque 300 salles de 44 états.

J’espère que Rand, qui a souvent écrit sur les maux inhérents au travail de seconde main, serait amusé par ma décision d’écrire un avis explicite de ce travail secondaire. Je vais voir le film bientôt, soit quand il sortira au Canada ou sinon peut-être quelque part dans l’État de New York. (Pour les amateurs canadiens qui ne peuvent pas attendre, il est projeté actuellement dans ou autour de villes au Nord des États-Unis telles Seattle, Spokane, Fargo, Minneapolis, Detroit, Buffalo, Syracuse, et Albany. Regardez le site officiel du film pour plus de détails.) Dans l’intervalle, les opinions de ceux qui viennent de voir le film devrez simplement suffire.

Soit vous le haïssez…

Alors, quel est l’avis de la rue ? Eh bien, quelques personnes n’aiment clairement pas ce film. Silas Lesnick lui donne un 2 sur 10, et écrit:

« La lutte d’Atlas possède deux caractéristiques importante de « La Terre : Champ de bataille » (Battlefield Earth), en offrant une interprétation servile d’une histoire dont la principale raison d’être racontée reste, en premier lieu, une dévotion fanatique. Bien que des dévots jugeront que le film réussit à mettre littéralement les événements inhérents au livre à l’écran, il n’y a aucun esprit dans les personnages, les dialogues ou le rythme. »

Timothy Farmer lui donne un C :

« Dans cet entrelacement de drame, de mystère et de science fiction, il y a d’innombrables scènes grossières, de mornes dialogues qui ne semble jamais rester sur la piste. Cela devient rapidement le ton du film dans son intégralité : un charabia incompréhensible. »

PJ O’Rourke, qui est certainement dans le camp libéral classique et ainsi accepte beaucoup de messages de Rand, a également été impressionné, écrivant que le jeu lui a rappelé des feuilletons populaires mièvres comme « Dallas »et « Dynasty ». Il affiche son avis:

« Atlas a haussé les épaules. Et moi aussi. La version cinématographique du roman d’Ayn Rand traite sa source avec un tel formalisme, accompagné de respectueuses cérémonies que les non-initiés se sentiront comme s’ils erraient sans guide au milieu des ébullitions élaboratrices d’interminables rituels d’une tribu obscure exotique. »

Soit vous l’aimez.

Mais beaucoup de critiques sont également positives. Chris Bedford a été, par exemple, plaisamment surpris :

« Bien que le jeu des acteurs est parfois mélodramatiques (j’ai entendu un rire ou deux du public), et l’intrigue un peu bancale, le film est très bien dans l’ensemble. La mise en scène et les dialogues (scénario de Brian Patrick O’Toole) prennent un sujet difficile avec aucune action et le transforment en un film rapide, élégant et beau qui m’a poussé à écrire cette critique – sans être fan d’Ayn Rand ou de conversions épiques de livres portés à l’écran »

Tabitha Hale est franchement enthousiaste:

« Le film est moderne, les idées sont intemporelles, et les personnages incarnent les valeurs que l’Amérique a construites. Prendre le récit idéologique et le transformer en un événement cinématographique en trois volets n’est pas une mince affaire, mais j’ai quitté le cinéma en étant prêt à regarder les deux prochains épisodes. »

David Kelley, directeur exécutif de la Société Atlas (pour qui j’ai également écrit), a vu le film pour s’assurer que son message philosophique était clair et cohérent avec le roman. Pour dire la vérité, il est heureux du produit final :

« Il est tout simplement magnifique. Avec un scénario fidèle au récit et au message du roman, l’adaptation est somptueusement produite. Le jeu des acteurs, la cinématographie, créent une représentation puissante de l’histoire. […]

Depuis plus d’un demi-siècle, le roman de Rand a été un paratonnerre pour la controverse. Il a attiré des millions de fans dévoués et des légions de critiques hostiles. Une mauvaise adaptation pourrait être ignoré par les deux parties. Cette adaptation ne peut être ignorée. Elle est trop bien faite. Elle va dynamiser le débat sur la vision du capitalisme de Rand comme un idéal moral. Si vous aimez le roman ou le détestez, « La lutte d’Atlas : Première partie » est un « must » à voir. »

Barbara Branden, associé de longue date de l’auteur et elle-même auteur de La passion d’Ayn Rand, écrit qu’elle a était « très heureuse, comblée, et stupéfaite » par le film:

« Le film n’est pas tant bien que mal, il n’est pas moyen, il n’est pas plutôt bon, il est spectaculairement bon […] Le script est excellent, tout comme le jeu des acteurs. La musique est de premier ordre, et ajoute énormément à la tension que l’action et le rythme du film de créer. Visuellement, c’est très beau. Et attendez d’expérimenter l’écoute des premières lignes du discours de John Galt ! […]

À un degré remarquable, le film capture l’esprit, le sens de la vie, l’une des qualités dont seule Ayn Rand était maîtresse. A t-il des défauts ? Je suppose que oui. Je ne pouvais pas moins m’en soucier et je soupçonne que vous ne vous en soucierez pas non plus. »

J’irai le voir !

Donc, le film est il bon ou mauvais ? Est-il à la hauteur de l’ouvrage ? Toute adaptation réaliste pourrait-elle être à la hauteur de cette réalisation singulière ? En tout cas, je ne pourrai jamais porter un jugement dans un sens ou dans un autre tant que je ne l’aurai pas vu. Mais je dirai que je suis encouragé. Je pense qu’il pourrait être bon. Je pense même qu’il pourrait être très bon. Et s’il est assez bon pour mener davantage de gens à lire le livre, alors c’est une victoire.

Article paru dans Le Québécois Libre n° 288 du 15 avril 2011, reproduit avec la permission de l’auteur. Traduction : Barem.