Quelle expérience avons-nous d’une monnaie internationale ?

Le commerce international est le père de la monnaie réelle

Qu’est-ce que l’homme ?Qu’est-ce que le Droit naturel ?La vie en société fonde-t-elle des droits innés ?Comment passe-t-on de la prédation à l’échange ?Quels sont les principes d’un droit humain ?Qu’est-ce qu’une économie de services mutuels ?L’économie n’est-elle pas le champ de bataille des intérêts ?L’homme est-il captif des phénomènes économiques ?L’économie au service de qui ?Peut-on déterminer un juste prix ?Comment des valeurs subjectives peuvent-elles se traduire en prix objectifs ?Peut-on donner un prix au travail comme à de simples marchandises ?Qui a le droit de battre la monnaie ?L’or n’est-il pas trop rare pour servir de monnaie universelle ?Le bimétallisme n’a t-il pas échoué historiquement ?Qui est souverain en matière de monnaie ?

Par Raoul Audouin

Parce que nous ne connaissons guère l’Humanité que par des écrits datant de la phase récente où elle a pris sa structure politique, nous y voyons la monnaie sous la forme déjà élaborée de monnaies de compte nationales, à la fois abstraites pour les valeurs élevées (le talent des Grecs) et métalliques (leur drachme).

Engendrées par la géographie et l’Histoire, ces conventions indispensables à l’ordre intérieur des empires, puis des États-nations, marquent légitimement leur individualité permanente.

Elles restent aujourd’hui de Droit naturel. Mais c’est, très certainement, bien avant la constitution de ces collectivités politiques vastes et structurées, qu’ont dû apparaître des monnaies-marchandises ou des objets monétaires (notamment parures !) pour répondre aux besoins d’échange entre les groupes clairsemés vivant, les uns d’activités pastorales, les autres d’activités agricoles.

L’archéologie a établi qu’il existait des routes commerciales à travers toute l’Asie et toute l’Europe. La présence de pointes de flèches en silex taillé dans les tombes de l’époque franque, suggère que la tradition les considérait alors comme des objets d’une très grande valeur — en dépit du fait que ces objets n’avaient plus aucune utilité — depuis au moins un millénaire. Il est donc très plausible qu’elles aient longtemps joué le rôle d’instruments monétaires avant l’âge de bronze.

Il est symptomatique que l’or ait reçu d’abord son rôle monétaire dans ce carrefour des civilisations anciennes que furent les pays riverains de la Méditerranée orientale : le commerce international est le père de la monnaie réelle. Il l’est encore aujourd’hui comme à l’aube de l’histoire. À noter aussi que le fer — plus difficile à fondre — a été d’abord beaucoup plus précieux que l’or : Toutankhamon en avait un petit lingot dans son trésor funéraire. Mais une fois maîtrisé l’art de l’extraire du minerai, le fer devint trop abondant pour servir de monnaie. Pourtant l’Afrique centrale où il était rare au moment de l’exploration coloniale, s’en servait pour le trafic sous forme d’objets décoratifs, sans utilité autre que l’épargne.

La poudre d’or fut certainement une monnaie internationale pour les Phéniciens. La première monnaie frappée (il en existe des exemplaires au Cabinet des Médailles) est un lingot informe fondu à partir des paillettes du fleuve Pactole, et portant le sceau du roi Crésus. La richesse légendaire de ce petit monarque d’Asie Mineure s’explique par le service considérable qu’il rendit aux trafiquants, en leur épargnant le souci de peser le métal et d’en vérifier le titre.

C’est toujours le même service qu’ont rendu les États d’avant l’ère contemporaine en « battant monnaie » ; mais comme cela leur procurait l’occasion de lever un impôt (légitime aux yeux du Christ, cf. St Mathieu 22-15 à 21), ils s’en sont généralement réservé le monopole. Les monnaies nationales naquirent ainsi d’une restriction à la liberté des individus.

Restriction mineure dès lors que la valeur « faciale » ne disparaissait à la fonte que pour céder la place à la valeur marchande du poids du métal fin.

(À suivre : Comment en est-on venu à l’idée d’étalon monétaire ?)