Qui est souverain en matière de monnaie ?

Publié Par Institut Coppet, le dans Politique

Qu’est-ce que l’homme ?Qu’est-ce que le Droit naturel ?La vie en société fonde-t-elle des droits innés ?Comment passe-t-on de la prédation à l’échange ?Quels sont les principes d’un droit humain ?Qu’est-ce qu’une économie de services mutuels ?L’économie n’est-elle pas le champ de bataille des intérêts ?L’homme est-il captif des phénomènes économiques ?L’économie au service de qui ?Peut-on déterminer un juste prix ?Comment des valeurs subjectives peuvent-elles se traduire en prix objectifs ?Peut-on donner un prix au travail comme à de simples marchandises ?Qui a le droit de battre la monnaie ?L’or n’est-il pas trop rare pour servir de monnaie universelle ?Le bimétallisme n’a t-il pas échoué historiquement ?

Par Raoul Audouin

C’est la question concrète fondamentale que doivent résoudre ceux qui veulent une société où les hommes soient plus libres. On ne l’est pas, quand on doit quotidiennement se servir d’instruments de paiement qui comportent une proportion de fraude indéterminée et, aujourd’hui, fort élevée.

Or, il y a dans notre système politico-économique deux sources d’instruments frauduleux : le papier d’État à cours forcé, et le crédit monétisé. La première source accroît la domination des détenteurs du pouvoir politique, et de ces « pouvoirs parallèles » que constituent les groupes d’intérêts dits représentatifs ; les uns et les autres confèrent ainsi à leurs clientèles ce que Jacques Rueff a appelé des « faux droits ». La seconde donne une influence prépondérante dans l’économie aux financiers, alors qu’ils sont normalement des auxiliaires de l’activité d’entreprise.

Il serait parfaitement utopique de vouloir supprimer le métier de banquier, ou les monnaies-papier nationales. Les moyens de paiement supplétifs sont nécessaires, et l’activité économique en crée irrésistiblement. L’émission de papier-monnaie par les États n’est historiquement qu’un prolongement des procédés privés de création d’instruments de paiement. Le problème véritable est de soumettre ces procédés à une discipline qui permette d’éliminer, aussi continûment que possible, l’inévitable proportion de faux droits monétisés qui circulent concurremment avec les vrais.

Les moyens classiques sont d’une part la procédure de faillite, en ce qui concerne la source privée des créances illusoires ; d’autre part la procédure de libre convertibilité en monnaie-marchandise réelle, en ce qui concerne leur source publique. Payer en matière est le cran d’arrêt qui permet seul de « fermer le robinet » des fausses créances de l’une et l’autre espèce, lorsque leur proportion dans la circulation arrive au point de déclencher ce que nous avons appris à nommer — fort confusément — l’inflation.

Dans l’activité économique privée, les mauvais débiteurs ne peuvent indéfiniment prélever sans payer : ils ne trouvent plus crédit. Les États ont tourné l’obstacle par le cours forcé ; mais ce pouvoir ne peut s’exercer qu’à l’intérieur de leurs frontières. La souveraineté que ces États usurpent sur leurs citoyens est sans effet, lorsque les individus étrangers refusent d’acheter ou de vendre sur ces bases truquées : force est alors d’en revenir à l’antique formule du troc. Autrement dit : payer en matière ou en droits réels (propriétés foncières ou industrielles, œuvres d’art etc.)

Même sur le plan des réalités contemporaines, la question de la souveraineté est ainsi tranchée : elle appartient aux individus, l’usurpation étatique ne fait qu’en entraver, distordre ou, à la limite, bloquer l’exercice. Elle est sans pouvoir pour imposer un ordre factice à la vie économique internationale. Nous débouchons ainsi sur une constatation grosse de conséquences : les monnaies-papier nationales sont des instruments de paiement simplement supplétifs et subordonnés. La véritable monnaie est à trouver — ou retrouver — sur le plan mondial. C’est là qu’il faut situer la discipline hors de laquelle la liberté ne peut être que boiteuse.

(À suivre : Quelle expérience avons-nous d’une monnaie internationale ?)

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    1. Douglas était un utopiste malgré ses belles formules : le dividende universel entre parfaitement dans la catégorie des « faux droits ». On ne peut lutter contre la pauvreté qu’avec des « vrais droits », rémunération de la combinaison du travail et du capital, certainement pas avec des allocations, qu’elles soient universelles ou de vie.