Oui aux baisses d’impôt, non aux subventions

Si vous démarrez votre entreprise d’informatique ce printemps, vous méritez de l’aide autant que Bombardier

Si vous démarrez votre entreprise d’informatique ce printemps, vous méritez de l’aide autant que Bombardier. Si vous lâchez tout pour gérer votre petit salon de massage, ce qui est bon pour GM devrait être bon pour vous.

Depuis le début de la campagne électorale, le sujet économique avec lequel on nous casse le plus les oreilles est celui des baisses d’impôts aux entreprises. Les conservateurs veulent continuer à les baisser. Les autres partis souhaitent les maintenir, voire les augmenter.

Mais dans le royaume du B.S. corporatif, il existe d’autres options.

Quand un gouvernement veut donner un cadeau à une entreprise, il a deux choix : baisser ses impôts, ou lui signer un gros chèque (une subvention ou un prêt sans intérêt, par exemple). Les partis plus à gauche comme le Bloc, le NPD ou même le Parti libéral, veulent « faire payer les multinationales ». OK. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas maintenir les baisses d’impôts promises, et diminuer à la place les subventions aux entreprises ?

L’Institut Fraser calcule qu’entre 1994 et 2006, le gouvernement fédéral a versé 61 milliards en subventions aux entreprises. C’est un peu plus de 5 milliards par année. Et c’est, grosso modo, le montant qu’Ottawa pourrait récupérer en annulant les baisses d’impôts promises, selon le calcul des libéraux. (Calcul hasardeux et hypothétique, mais acceptons-le aux fins de discussion.)

Notons que le chiffre de l’Institut Fraser n’inclut pas les nombreuses déductions et crédits d’impôt qu’Ottawa accorde aux banques et aux pétrolières, entre autres. Dans ce dernier cas, c’est plus d’un milliard de dollars, selon l’Institut international du développement durable (un organisme qui n’aime évidemment pas les pétrolières). Ni les millions en avantages de toute sorte qu’on donne aux multinationales comme IBM ou Pratt & Whitney. Des entreprises qui peuvent très bien s’en passer. On peut donc aller chercher encore plus d’argent de ce côté.

Je vois trois avantages à couper dans les subventions, tout en maintenant les impôts bas :

1 — TOUTES les entreprises profitent de baisses d’impôts. Pas seulement les « chouchous » des politiciens, ou les entreprises qui se situent dans un comté en élection. (Rappelez-vous le contrat trop cher, sans appel d’offre, donné par Jean Charest à Bombardier à La Pocatière en octobre dernier. Dans la circonscription du défunt ministre libéral Claude Béchard, en pleine élection complémentaire. Sûrement un hasard !)

2 — En privilégiant des baisses d’impôts au lieu des subventions, on économiserait sur les coûts d’administration des organismes et des centaines de programmes de subventions. Pensons seulement, ici au Québec, à Investissement Québec et à la SGF. Avec leurs quelque 500 employés syndiqués, les généreuses pensions à vie et les bonis, malgré des rendements souvent médiocres.

3 — Les PME québécoises — dont très peu reçoivent de grosses subventions — croulent sous les taxes salariales, et profiteraient de baisses d’impôts du fédéral. En incluant les taxes sur la masse salariale (cotisations d’assurance parentale, CSST, RRQ, etc.), le taux d’imposition des PME québécoises excède de beaucoup celui de leurs concurrents ailleurs au Canada.

Au lieu de dire « non » aux baisses d’impôts des entreprises, disons « oui » à moins de subventions aux entreprises. Nous économiserons, nous aurons une politique d’aide aux entreprises plus équitable, et les partis politiques pourront s’obstiner sur autre chose d’ici la fin de la campagne.