L’UE doit-elle étiqueter « halal » et « kacher » ?

Est-il bien question du bien-être animal, ou s’agit-il là d’intolérance religieuse

La question qui est devant le parlement européen est délicate et, quand on s’y plonge, assez technique. Les méthodes d’abattage du bétail juive et islamique causent-elles des souffrances inutiles ? Elles semblent avoir été conçues avec l’intention exactement inverse : tout au long de la majeure partie de l’histoire humaine, la façon la moins douloureuse d’abattre un animal était de lui trancher la carotide, la veine jugulaire et la trachée artère, d’un coup, avec une lame exceptionnellement bien aiguisée. Mais les goûts et les normes changent. Maintenant, nous voulons que nos animaux soient étourdis d’abord, une innovation que la majorité des musulmans acceptent comme halal, mais que presque aucun juif n’accepte comme kacher.

Cette question est hautement sensible. Mais elle n’est pas débattue avec raison. Les questions sur le bien-être animal le sont rarement, peut-être parce que, presque par définition, elles parlent plus à nos émotions qu’à notre intellect. Pourquoi, par exemple, nous faisons-nous plus de soucis pour les bébés phoques que pour les bébés scorpions ? Pas pour une quelconque raison logique, en tout cas.

Quand il s’agit de l’abattage kacher ou halal (respectivement chechita et dhabihah), le débat prend un tour tout particulièrement irrationnel. Nous parlons là, après tout, essentiellement de poulets élevés industriellement, en batterie. La vie de ces volailles est d’une misère inimaginable depuis le moment où elles sortent de l’oeuf. La façon dont elles passent leurs dernières secondes ajoute-t-elle ou soustrait-elle beaucoup à la sommes de leurs souffrances ? J’en doute. Si vous étiez motivés par une sorte d’utilitarisme aviaire – le plus grand bonheur pour le plus grand nombre d’oiseaux – sûrement commenceriez vous par faire campagne contre l’élevage intensif de la volaille. Même si votre souci étroit était de sauver les poulets d’une mort désagréable, il serait bizarre d’être plus remonté contre les méthodes d’abattage musulmane ou juive, que contre le fait de truffer des faisans de plomb, une méthode qui, bien souvent, les laisse en train de se débattre pathétiquement par terre.

Certaines organisations juives et musulmanes, remarquant ces incohérences, soupçonnent les motifs de leurs critiques. Est-il bien question de bien-être animal, ou s’agit-il là d’intolérance religieuse ? Pour ce que ça vaut, je pense que le sujet est bien le bien-être animal. Mais bon, comme je le disais, on ne débat presque jamais logiquement du bien-être animal.

Bien sûr, exiger que la viande soit étiquetée n’est pas la même chose que d’exiger l’interdiction de la chechita et de l’abattage halal. Il y a un argument irrésistible qui dit que les consommateurs devraient être en mesure de faire un choix informé.

J’ai passé quelques jours à ressasser comment voter, à consulter des militants du bien-être animal et ainsi que des amis muslmans et juifs. A la fin, ça revient à une question de proportions. A quel problème les nouvelles règles seraient-elles une solution ? Existe-t-il un cas en faveur de l’étiquetage, et s’ensuit-il qu’on doit y donner force de loi ?

Après tout, s’il y a assez de demande en ce sens de la part des consommateurs, l’étiquetage finira certainment par être appliqué. Tout comme certains producteurs vantent leurs produits comme étant « sans OGM » , « fait entièrement avec des produits gallois » ou « sans colorants artificiels », si d’aucun pensent qu’ils peuvent augmenter leurs ventes, on peut présumer qu’ils diraient « ceci est un poulet non halal, tué au gaz » ou bien « ceci est un poulet non kacher, tué en étant plongé la tête la première dans de l’eau électrifiée ».

Je suis suffisamment conservateur pour ressentir que, quand les traditions se sont développées à travers les siècles, avec des règles élaborées d’auto-régulation, notre instinct devrait être de les respecter, et c’est une des raisons principales pour lesquelles je m’oppose à une interdiction de la chasse. Je suis suffisamment libertarien pour penser que l’étiquetage de la nourriture devrait se produire en réponse à la demande des consommateurs, et non pas être imposée par l’Etat. Et je suis suffisament souverainiste* pour croire que, si nous voulons changer les règles sur l’étiquetage de la nourriture, la décision devrait être prise par nos représentants élus nationaux, et pas par l’UE.

(Illustration René Le Honzec)

*: en Français dans le texte.

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Repris du blog de Daniel Hannan hébergé par le Telegraph.