Krugman vs. Hayek

Les politiques keynésiennes appliquées par le gouvernement aggravent la dépression

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Krugman vs. Hayek

Publié le 4 avril 2011
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Ça faisait longtemps que je n’avais pas ridiculisé notre nobélisé favoris, mais je ne pouvais pas passer à côté de son billet fallacieux et insultant à l’égard de la lettre publiée par Hayek en 1932.

Voici ce que Hayek y mentionnait :

We are of the opinion that many of the troubles of the world at the present are due to imprudent borrowing and spending on the part of the public authorities. We do not desire to see a renewal of such practices. At best they mortgage the Budgets of the future, and they tend to drive up the rate of interest–a process which is surely particularly undesirable at this juncture, when the revival of the supply of capital to private industry is an admittedly urgent necessity. The depression has abundantly shown that the existence of public debt on a large scale imposes frictions and obstacles to readjustment very much greater than the frictions an dobstacles imposed by the existence of private debt.

Ainsi, Hayek craignait que le financement des déficits gouvernementaux crée un effet d’éviction ; c’est-à-dire que le capital utilisé par le gouvernement laisserait moins de capital aux entreprises privées, ce qui ferait monter les taux d’intérêt pour celles-ci, mettant un frein à l’investissement privé et à une reprise économique éventuelle.

Krugman ridiculise cette affirmation en présentant le graphique suivant, montrant que les taux à long terme sur les bons du Trésor américain baissaient en même tant que le déficit fiscal augmentait :

Une baisse des taux sur les bons du Trésor permet de s’endetter à rabais… à condition d’être le gouvernement fédéral américain ! D’ailleurs, il ne faut pas oublier que la Fed s’est mise à acheter des bons du Trésor à partir de 1932, ce qui a mis la pression à la baisse sur le taux d’intérêt de l’État.

Or, dans sa lettre, Hayek fait clairement référence aux entreprises privées. Qu’en est-il des taux d’intérêt sur les emprunts privés ? Le seul taux que j’ai pu trouver est celui sur les obligations corporatives, un excellent indicateur à cet égard. Voici ce que ça donne.

Ainsi, on peut voir que suite à ce que le gouvernement soit passé en mode déficit, les taux ont augmenté drastiquement et sont demeurés élevés pendant plusieurs années. En 1933, soit un an après la lettre de Hayek, le taux connut une pointe à 9%. En 1934, il atteignait 8%. Lorsque le déficit a commencé à se résorber par la suite, les taux ont diminué plus sérieusement.

Ceci étant dit, cette argumentation est plutôt inutile. Ce qu’il faut garder en tête est que cette lettre de Hayek était fondée. Les politiques keynésiennes appliquées par le gouvernement ont aggravé la dépression et l’ont fait durer jusqu’à la guerre. C’est bien Hayek qui avait raison. Les programmes de dépenses du New Deal n’ont pas aidé l’économie ; ils ont plutôt nui.

Il ajoutait d’ailleurs :

Hence we cannot agree with the signatories of the letter that this is a time for new municipal swimming baths, etc., merely because « people feel they want » such amenities. If the Government wish to help revival, the right way for them to proceed is, not to revert to their old habits of lavish expenditure, but to abolish those restrictions on trade and the free movement of capital (including restrictions on new issues) which are at present impeding even the beginning of recovery.

Traiter Hayek de « zombie economist » sur cette base est tout à fait idiot. Il a très bien prédit l’échec des politiques gouvernementales keynésiennes de l’époque.

Pour plus de détails sur ce qui s’est réellement passé durant la Grande Dépression, voir ceci.

Finalement, même si Krugman avait raison en affirmant que durant la Grande Dépression, les déficits de l’État n’ont pas eu d’effet d’éviction, cela ne prouve rien. Ce n’est qu’une observation insuffisante pour en tirer une conclusion générale. Pour nier l’existence de l’effet d’éviction, il faudrait une étude plus approfondie… et de telles études existent ! J’en traitais d’ailleurs dans les deux articles suivants : « L’effet d’éviction » et « Impact des déficits sur les taux d’intérêt : l’effet « crowding out » revisité. »

Encore une fois, je ne suis pas étonné de l’étroitesse des arguments de Krugman, qui tente désespéremment de défendre le keynésiannisme malgré ses nombreux échecs au cours de l’histoire ; c’est pathétique…

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  • En effet, c’est pathétique!

  • • Calvin Coolidge, républicain, réélu en 1928
    • Krach boursier : sept-nov 1929
    • crise et dépression : 1929-1933
    • élection de Roosevelt et New Deal dès 1933 (mort de Coolidge en 1933)
    • nouvelle récession aux Etats-Unis , en 1937-1938, en raison du frein porté aux dépenses de l’Etat (suite à l’excédent des dépenses créé durant toute la période du New Deal)

    Au vu du dernier point, Hayek a donc raison!

    • La suite : implication des Etats-Unis, dès Pearl Harbour en 1941, dans la 2e Guerre Mondiale – qui va permettre, en raison de la mobilisation de toutes les ressources dans un but de guerre, un retour au plein emploi (ce qui prouve que le New Deal n’avait pas complètement résorbé le chômage jusque là).

    ****

    Ceci étant, prière de ne pas confondre les grands auteurs de l’économie (Smith, Ricardo, Mill, Say, Marx, Say, Marshall, Walras, Menger, Böhm-Bawerk, Schumpeter, Hayek, Von Mises, Keynes, Wicksell, Friedman, Arrow, Debreu, etc, etc) avec des résumés caricaturaux sur ce que furent leur œuvre respective.

    Pour prendre un exemple, on ne comprend rien à la théorie Keynes si on ne l’intègre pas à l’intérieur d’une économie capitaliste qui est non seulement cyclique, mais qui vécut une très grosse rupture à l’époque de la Grande Dépression des années Trente.

    Car traiter cet événement comme un aléa est une grossière erreur. De même d’ailleurs que celle consistant à ne pas intégrer la monnaie de crédit, puisque celle-ci est précisément à l’origine des cycles de 8-10 ans, à laquelle s’ajoutent des innovations technologiques qui sont à l’origine des cycles de 20-30 ans (cycles dits de Kondratiev, puisque c’est lui qui les a découverts).

    Or Hayek, qui était un économiste de l’Ecole Autrichienne (comme Menger, Schumpeter, Böhm-Bawerk ou von Mises) n’a jamais pu trouver la panacée au fait que ce n’est point tant la monnaie nationale en soi qui crée le cycle du crédit, que celle de banques privées dont le propre est d’alimenter ici la spéculation boursière.

    Certes, on peut toujours dire, à partir de là – comme Mises, ou Hayek, ou Wicksell n’ont point manqué de le faire – que le taux d’intérêt monétaire est trop bas par rapport au taux d’intérêt réel (qui correspond lui-même au taux de profit des entreprises) ; ce qui conduit à une hausse de la production, de l’emploi et finalement des prix, qui, à terme, vont déboucher, tour à tour, sur la surchauffe, le krach boursier, la crise du système bancaire, et finalement la crise généralisée (elle-même affectant tous les secteurs de l’économie).

    Mais quand à dire que l’Etat doit résorber ses dépenses en période de crise, c’est là un aspect qui ne tient nullement compte du fait suivant : en période de récession économique, le déficit de l’Etat est conjoncturel plutôt que structurel, le premier se manifestant par une baisse des recettes de l’Etat en raison, principalement : a) d’une baisse de la consommation (puisque la TVA repose sur elle), b) d’une baisse des revenus (et notamment de la part d’une classe moyenne qui est essentiellement salariée).

    Or quoi que vous pensiez, Mesdames et Messieurs, le New Deal de Roosevelt, améliora, au début, les finances publiques en résorbant le chômage.

    Ce qui ne vaut pas dire qu’il ne faille pas lutter contre le chômage structurel et contre tous les abus que doit subit le ménage de l’Etat en raison, qui d’une administration plétorique, qui de la corruption (etnotamment sur les marchés publics).

    Mais c’est là une affaire qui doit être traitée en période de haute conjoncture plutôt qu’en période de crise.

    Quant à l’allocation optimale des ressources censée reposer sur la concurrence pure et parfaite des ressources, produits et capitaux, elle appartient au monde de l’utopie pour la simple et bonne raison que la concurrence n’a jamais cessé d’être oligopolistique.

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