Aux sources de la corruption au Venezuela

Treize ans et un billion de dollars plus tard, le régime de Hugo Chávez s’est avéré être le pire cauchemar du Venezuela

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Aux sources de la corruption au Venezuela

Publié le 28 mars 2011
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Par Gustavo Coronel (*)

En 1998 Hugo Chávez devenait président du Venezuela avec la promesse d’éradiquer la corruption. Le Venezuela avait été une vitrine démocratique du Sud de 1958 au début des années ’70. Mais après l’afflux de revenus énormes du pétrole vers le milieu des années ’70, la qualité du gouvernement s’est détériorée, entraînant gaspillages et corruption. En 1998, la plupart des Vénézuéliens étaient profondément déçus et souhaitaient un changement radical. Ils l’ont eu avec Hugo Chávez, mais n’avaient pas imaginé que le changement allait être pire.

Au cours des 13 années de règne de plus en plus autoritaire d’Hugo Chávez, la gestion de notre richesse nationale est passée d’insatisfaisante à chaotique. Environ un milliard de dollars de revenu national ont disparu en coûteux projets improvisés, souvent distribués en aumônes aux Vénézuéliens ou pour acheter l’influence politique de Chávez à l’étranger.

Pendant le règne de Chávez deux des principales mesures de la corruption, l’incidence (le nombre de cas de corruption) et l’intensité (les montants en jeu), ont été les pires de l’histoire vénézuélienne. L’indice de perception de la corruption établi chaque année par Transparency International classe le Venezuela parmi les douze pays les plus corrompus dans le monde en 2010.

L’intensité de la corruption dans le Venezuela de Chávez a une forte composante politique et sociale, en plus de l’aspect purement financier. La conversion du Venezuela démocratique en un «État voyou» s’est basée sur des violations systématiques de la constitution et des lois et sur l’élimination progressive des contrôles et contre-pouvoirs administratifs et institutionnels. Transparence et reddition de comptes ont disparu. Les procédures démocratiques ont cédé la place à un système dans lequel un homme prend toutes les décisions et en informe la nation par la suite.

La corruption est, sans doute, la seule composante du système politique de Chávez qui soit devenue plus « démocratique ». En contraste avec les dictatures du passé, lorsque l’exercice de la corruption était l’apanage d’une élite, Chávez a permis à une masse importante de partisans de participer à des degrés divers à la piñata de l’argent, des terres et des ressources de la nation.

Des quantités importantes d’argent ont été distribuées à de vastes segments de la population. Bien que cela explique la popularité durable de Chávez, une telle stratégie n’a servi qu’à accroître le nombre de Vénézuéliens dépendant d’un gouvernement paternaliste, incapable de se débrouiller par eux-mêmes. Des solutions structurelles à la pauvreté et à l’ignorance ne sont pas au programme.

Une nouvelle classe sociale corrompue est apparue en remplacement de la classe moyenne vénézuélienne traditionnelle, composée d’entrepreneurs ayant des contrats avec le gouvernement, des parents et amis de personnes ayant une position de pouvoir, d’agents de la force armée et des membres de la bureaucratie gouvernementale.

(Illustration René Le Honzec)

Aujourd’hui, la plupart de la corruption est générée dans quatre foyers principaux :

1. Le palais présidentiel de Miraflores, centre d’opérations du président Chávez

Ici, la nature de la corruption est essentiellement politique même si beaucoup d’argent est conservé dans les locaux, à utiliser selon les nécessités. La légèreté avec laquelle est traité l’argent est illustrée par le journaliste Nelson Bocaranda comme suit : « En Octobre 2010, des gardes du corps cubains ont été envoyés à la banque centrale pour récupérer cinq millions de dollars en numéraire pour un voyage de Chávez à l’étranger. Cet argent n’est jamais arrivé à Miraflores, situé seulement à deux pâtés de maisons ». Il n’a jamais été retrouvé.

Miraflores est l’endroit où les violations de la constitution sont décidées et où le président exerce ses abus de pouvoir. Les règlements électoraux sont modifiés pour favoriser le gouvernement. C’est l’endroit où les Cubains contrôlent les questions sensibles de renseignement. C’est là où est alloué le financement illégal des dirigeants amis dans l’hémisphère et que les alignements sont établis avec les dictatures fraternelles en Biélorussie, Syrie, Iran, Libye ou Zimbabwe.

2. La Campiña, le siège de Petroleos de Venezuela, PDVSA

Les bureaux centraux de Petroleos de Venezuela, dans la partie orientale de Caracas abrite le conseil, la planification et les agents financiers principaux de la société.

PDVSA n’est plus une compagnie pétrolière, mais un agglomérat incohérent de différentes activités qui vont de l’importation et la distribution de nourriture à l’entraînement des athlètes. La corruption est principalement générée sous la forme de contrats sans appel d’offres qui sont octroyés à des amis du régime. Les pots-de-vin sont habituels. Le gouvernement ignore sans vergogne les scandales majeurs et mineurs de PDVSA, tels que la contractualisation de la machine de forage offshore Aban Pearl à une société fantôme ou l’utilisation illégale de la Caisse de retraite des employés à des fins spéculatives. Le président de la société est un menteur pathologique qui a systématiquement détourné des fonds de PDVSA vers la direction, pour des activités sans reddition de comptes.

3. Le ministère de la Défense et la Garde nationale

Un rapport du US Government Accountability Office devant le Congrès américain a informé de la corruption croissante au sein de l’armée vénézuélienne, en particulier la garde nationale. La corruption, selon le rapport, a atteint le niveau ministériel. En particulier, les liens de l’armée vénézuélienne et les FARC ont été clairement établis, comme le prouve le contenu de l’ordinateur portable appartenant au défunt chef des FARC, Raul Reyes.

La corruption de l’armée vénézuélienne a conduit le gouvernement US à considérer trois membres du gouvernement comme barons de la drogue « fournissant un soutien matériel aux FARC ». Ces trois personnes, les généraux Henry Rangel Silva et Hugo Carvajal et l’ancien ministre de l’Intérieur Ramon Rodriguez Chacin sont encore membres du cercle proche de Chávez. En fait, Rangel Silva a récemment été promu au grade le plus élevé. Le Venezuela est non seulement un petro-État mais devient un narco-État.

4. Le Ministère des Finances

La gestion des finances vénézuéliennes pendant le régime de Chávez a été très irrégulière, et c’est un euphémisme. Jouant avec des taux de change doubles, les agents du ministre des Finances associés aux banquiers et courtiers sont devenus instantanément millionnaires. Des fonds parallèles manipulés sans transparence, en dehors des lois et réglementations de la nation ont favorisé une hyper-corruption. En éliminant l’autonomie de la Banque Centrale du Venezuela, les réserves internationales ont été détournées vers les mains de l’exécutif, pour être utilisées à des fins politiques.

Treize ans et un billion de dollars plus tard, le régime de Hugo Chávez s’est avéré être le pire cauchemar du Venezuela. Nous poussons aujourd’hui à nouveau pour le changement. Si nous avons appris notre leçon, nous devrions être beaucoup plus prudent cette fois-ci.

Article paru originellement sur UnMondeLibre.org.

(*) Gustavo Coronel a été représentant vénézuélien de Transparency International de 1996 à 2000 et auteur d’une étude du Cato Institute sur la corruption au Venezuela.

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  • La pseudo-perspicacité démagogique de cet article n’illustre en aucun cas l’impertinence des transactions vénézuéliennes sinon le râle sempiternel du français en mal d’amour propre.

    Soyons sûrs que l’évolution « chavisante » du Venezuela n’est pas en soi la meilleure allégorie financière qui arriva à ce pays.
    Mais ce que le français moyen ne perçoit pas (il ne le peut pas) en ces terres caribes, c’est qu’il existe (et perdure) un tel niveau de misère, que d’un point A, où « fulanito » (machin) n’avait rien, passera au point B, avec un kit de survie « rojo rojito ».

    De telle sorte que nos gorges profondes tergiversent sur « l’Egalité » telle que nous la connaissons et que nous appelons aussi pouvoir d’achat, au lieu de nous rendre compte que les détournements de fond des années 70 étaient légaux puisque partagés avec une certaine compagnie fruitière (oui en 70 le pétrole était un fruit), alors qu’aujourd’hui ces détournements sont moins légaux, et plus scandaleux car plus nombreux mais surtout plus importants en chiffre (dû au nombre de fonds mis à disposition contrairement aux temps des prédécesseurs de Chavez)…

    Qui blâmons-nous? un gouvernement profitant plus que satiété, ou un gouvernement, victimes des profiteurs hégémoniques et délaissant le peuple? Erreur dans les 2 cas je dirais.

    Ne blâmons pas ce gouvernement, mais les chances que saisissent des personnes lambdas et néanmoins opportunistes. S’il est une chose que nous autres, de la vieille Europe, ne comprenons guère, c’est que plus on explique ce que nous avons comme « Egalité » chez nous au Vénézuélien, plus la fréquence des tentantes opportunités d’être égal à un Européen au Venezuela sera forte, puisque l’Etat multiplie encore et encore les subventions pour les plus démunis, vu que ces derniers continuent à n’avoir rien d’autre qu’un kit de survie.
    En terme de séquelle, on appellerait les détournants des tarés (victimes de la domestication, d’une tare…)
    Soit dit en passant, notre niveau de vie, il n’est que décadent face à l’imperturbable inflation, et donc augmentation des prix des « biens » (prix allant crescendo selon la marge entre pauvres et classe moyenne de chaque pays). Donc les produits coutent plus cher, donc il faut détourner plus.

    En gros, protester sur les inégalités, c’est bien. Expliquer ce qu’on peut avoir chez soi à des gens qui ne pourront pas se le payer sans s’endetter, c’est une mauvaise habitude qu’il faut perdre, d’abord lorsqu’un pays est en procédure de développement, et ensuite (et surtout) lorsqu’il y a une tentative d’alternative économique.
    Ce pays d’à peine 3 siècles nous saurait gré de le laisser autonome, c’est un pays jeune mais pas un enfant. J’en retourne de part le fait l’adjectif « paternaliste » utilisé à mauvais escient dans cet article…

    LAISSONS LA NATION SEULE JUGE DE SA DECADENCE. VIVE LE VENEZUELA; OUI, QU’IL VIVE ET FASSE SON EXPERIENCE, LIBRE! Libre des vieux exécrables qui persistent dans l’échec et ses conséquences, car telle est notre voie.

    • « Mais ce que le français moyen ne perçoit pas (il ne le peut pas) en ces terres caribes, c’est qu’il existe (et perdure) un tel niveau de misère, que d’un point A, où « fulanito » (machin) n’avait rien, passera au point B, avec un kit de survie « rojo rojito ». »

      Et il ne vous est jamais venu à l’esprit qu’il pouvait y avoir un lien de cause à effet entre le niveau de pauvreté de ce pays et la politique socialiste qui y est menée depuis 14 ans ?

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