Exclusif : l’impôt Total, c’est totalement con (et scandaleux)

Total devrait avoir la décence de faire des efforts pour payer des impôts. Pourriture d’entreprise qui fonctionne !

L’impôt Total, c’est totalement con (et scandaleux)

Tiens, un pisse-copie de Marianne s’est réveillé d’une léthargie de quelques mois, et le résultat n’est pas beau à lire.

Comme tous les gros mammifères mous qui n’ont pas mangé pendant un moment, le pisse-copie va chercher – trop vite – un truc à se mettre sous la dent. Même si c’est un peu rance et que c’est une vieille actualité — Libération en avait en effet déjà parlé en décembre 2010 — moyennant un titre aguicheur, le voilà qui grignote sur les terres de la facilité en nous resservant la vieille rengaine des salauds de riches capitalistes qui ne paient pas d’impôt.

La complainte de Total, de ses bénéfices joufflus et de ses impôts rachitiques, est en effet fort usée tant elle a déjà servi ; mais il faut croire qu’en France, cela marche suffisamment bien pour la ressortir, un peu comme les marronniers sur l’immobilier, les classements des hôpitaux ou les francs-maçons, avec la régularité du coucou suisse … Sauf cette fois, donc, puisque la presse avait déjà relaté l’affreuse nouvelle il y a plus de deux mois.

Total Recall

Bah. On va mettre « Exclusif » au début du titre, et « scandaleux » aussi, histoire d’appâter le troll de droite et le gogo de gauche. Et si ça marche pour les neuneus de Marianne, ça doit marcher pour moi aussi, hein.

Mais avant de viser le buzz pour mon petit blog, regardons un peu ce que notre vaillant folliculaire a écrit. Notez qu’il a été payé pour son exploit. Et dès l’accroche, il nous asperge de gloubiboulga :

Des milliards de bénéfices distribués aux actionnaires, mais pas un sou de profits réalisés en France, et probablement pas un euro d’impôt.

On a du mal, exactement, à voir ce qui est Exclusif, ici, et encore moins ce qui est Scandaleux. Que Total merdouille en France, c’est connu. C’est d’ailleurs pour cela qu’il ferme des sites. Et le bombardement constant de taxes sur les produits pétroliers par l’état français, ainsi que la conjoncture plutôt morose du pays n’y est absolument pour rien. Si Total fait des bénéfices ailleurs, il DOIT en faire en France. C’est comme ça. C’est tout. Le non-sequitur est livré avec la carte de presse, il n’allait pas rester dans son emballage, hein. Ce serait gâcher.

Le pilonnage de porridge citoyen content de payer des impôts continue ensuite sur le même mode.

Le prix du précieux liquide renoue avec son niveau record de 2008 pour le plus grand malheur des automobilistes français.

Ce qui en réalité veut dire que les bénéfices pour l’Etat augmentent en flèche. Sur 1€ d’essence, 19 centimes vont à Total, et le reste à l’état. Pour rappel, la répartition est la suivante, avec (p) pour ce qui va au producteur, et (e) pour ce qui va aux entités étatiques diverses qui pleurent amèrement sur le sort de leurs contribuables en leur prenant au passage … 81% de ce qu’ils dépensent dans leur carburant.

(p) Coût d’extraction : 2.00
(p) Transport et acheminement : 1.00
(p) Raffinage et distribution : 16.00
(e) Redevance au pays producteur : 22.00
(e) TVA : 18.00
(e) TIPP : 41.00

Si notre frétillant journaliste — dont l’article montre qu’on doit plus parler d’un groupie socialiste du Trésor Public que d’un type qui ferait un honnête travail d’information — avait pris la peine d’étudier un tantinet le pourquoi des problèmes de Total en France, il n’aurait pas stupidement conclu que l’absence de bénéfices du groupe en France était exclusivement dû à une solide optimisation fiscale.

Oh, n’allez pas me faire écrire des choses qu’on ne peut écrire : il est évident qu’un groupe pareil, dont les tentacules statocapitalistes et les nombreuses ramifications s’insinuent partout dans la vie politique française, n’est pas en reste de petits arrangements avec Bercy. Il est certains que des optimisations ont eu lieu. Il est absolument évident que de pesants ascenseurs furent envoyés et attendront l’une ou l’autre prochaine élection pour redescendre gentiment.

Mais en l’occurrence, se contenter, comme notre pénible plumitif, de cette explication pour l’absence de bénéfices en France, ce serait oublier qu’il y a tout de mêmes quelques explications structurelles parfaitement logiques. Et vous allez rire, on trouve des articles, datant d’un mois, qui détaillent justement ces explications structurelles : les raffineries, en France, coûtent plus qu’elles ne rapportent, et ça finit par coûter un pont, cette histoire. Ce qui est cohérent avec ce qui est observé, du reste.

Mais le plus fort est que notre petit militant de l’impôt joyeux nous explique pourquoi il serait tout de même super-choupinet, voire nécessaire, équitable et tout le toutim que Total largue un gros paquet de thunes à l’état. Un énorme paquet, en plus de ce qui a été ponctionné sur son essence (plus de 80%), sur l’ensemble des cotisations des salariés du groupe en France, et en plus de l’argent qu’il a tout de même réussi à distribuer à gros bouillons aux actionnaires (selon l’aveux même de notre frétillant imbécile journalistique).

Si l’entreprise doit encore (pour la quatrième fois) cracher au bassinet, c’est pour cela :

Sans doute, les Français digèrent-ils mal la faible participation de leur champion national à « l’entretien de la force publique », comme le définit la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen. Ladite force publique protège les stations service, aménage le sol sur lequel roulent les poids lourds Total, entre autres services rendus par la collectivité à la prospérité de ce grand groupe.

Elle est belle, la Déclaration, lue comme ça.

Je résume donc : Total perd de l’argent en France mais devrait payer pour les belles routes sur lesquelles sont embouteillés ses camions avec tous les autres automobilistes parce qu’il neige en hiver, parce que tout le monde s’y précipite lorqu’il y a des grèves ou des pannes de trains (un jour sur deux). Il devrait payer pour avoir des stations services si bien protégées que, régulièrement, dans la presse, on apprend qu’elles se font dévaliser. Il devrait payer pour tous les autres services rendus par la collectivité alors qu’en majeure partie, Total est hors de France précisément parce que s’il était resté, il n’existerait plus tant la collectivité en question ne peut s’empêcher de compulsivement piocher dans ses poches.

C’est d’une logique implacable. Imparable. En béton armé précontraint. De ce béton dont sont fait les réacteurs nucléaires soviétiques, je suppose.

Notre ami encarté de Bercyland a semble-t-il oublié deux petits aspects essentiels pour comprendre pourquoi Total ne paye pas d’impôts en France :

a/ il est décidément ardu de faire des bénéfices en France lorsqu’on est dans l’industriel et qu’on essaie, finalement, de faire tourner une boutique sans systématiquement bénéficier d’un monopole et de passe-droits.

b/ Mais surtout, quand on y réfléchit, mieux vaut faire des pertes ! En effet, lorsqu’on fait des bénéfices, on est taxé à mort, impôt citoyen de participation à la collectivité qui vous aime et vous fait les poche obligent, ET on a l’opprobre du public, qui vous conchie ouvertement dans d’amusants articles d’une presse dans laquelle le bénéfice est immédiatement associé à la souillure capitaliste et l’enfer de la mine zolaesque. Alors que lorsqu’on enregistre des pertes, on a toujours l’opprobre du public qui semble aller définitivement de paire avec la notion de grand groupe multinational ; mais au moins, on ne s’est pas fait entuber.

Non, décidément, il n’y a pas à tortiller : l’impôt total, c’est totalement con(*).
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