La puissance de l’UE

Bruxelles apprécie le Premier irlandais qui a accepté d’hypothéquer son pays pour soutenir l’euro

Pour saisir la magnitude de la Force Hideuse* de l’UE, méditez l’extirpation du grand parti Fianna Fail en Irlande. Jusqu’à la semaine dernière, il était le pivot du système politique irlandais, l’étoile autour de laquelle orbitaient les autres partis. Il avait gagné, au sens d’avoir obtenu plus de voix que tout autre parti, toutes les élections depuis 1932. Son score était typiquement entre 40 et 50% des voix. Bien des Irlandais partaient du principe que son ascendance était permanente. Ils n’avaient pas compté sur Bruxelles.

Rappelons nous comment Brian Cowen était arrivé au poste de chef du parti qu’il a détruit. Les eurocrates étaient inquiets que le référendum irlandais sur le traité de Lisbonne pourrait souffrir des allégations de malversations qui pesaient sur son prédécesseur Bertie Ahern. Et donc, pour gonfler la force de la campagne du Oui, Ahern a été mis sur la touche en faveur du plus euro-fanatique des membres de son gouvernment (voir ici). Ce qu’il advint, en fin de compte, c’est que le sacrifice de Bertie a été en vain : l’Irlande a voté « Non » au premier référendum. Face à un verdict aussi clair, Cowen n’a pas hésité un seul instant : il a rejoint le camp de Bruxelles contre celui de son propre peuple, et a insisté pour un nouveau vote.

Vous vous rappelez son slogan pour le deuxième référendum ? Eh oui : « Oui à l’Europe, oui à l’emploi ! » Il s’en est suivi que Cowen a présidé à la pire calamité économique qui soit jamais tombée sur la République : une contraction de 20% de son PIB. Et alors même que la foule descendait dans la rue, la loyauté envers l’UE du Toaiseach [Premier Ministre en Gaélique, NdT] ne s’est jamais démentie, et il a accepté d’hypothéquer tout son pays pour soutenir l’euro. Eh oui : Cowen est le genre d’Irlandais qu’on apprécie à Bruxelles. Son parti a été décimé, on a mis sur les épaules de ses contribuables le fardeau de sauver la totalité du système bancaire européen, le pays est désormais confronté à une génération de pénurie et d’émigration, mais le processus de construction européenne a été sécurisé.

Que va-t-il se passer maintenant ? J’ai prédit la séquence des évènements il y a quelques mois : une grosse victoire pour Fin Gael et les travaillistes, une coalition de ces deux partis euro-fanatiques, une renégociation bidon, pour la forme, des termes du sauvetage qui masque le maintien, pour l’essentiel, de la politique déjà menée, un effondrement du soutien pour le nouveau gouvernement dans les 18 mois qui suivent, et ensuite, une nouvelle élection. Jusqu’ici, j’ai bon.

* : expression tirée du titre d’un ouvrage de C.S. Lewis, NdT

Repris du blog de Daniel Hannan sur le site du Telegraph avec son aimable autorisation.