La puissance de l’UE

Bruxelles apprécie le Premier irlandais qui a accepté d’hypothéquer son pays pour soutenir l’euro

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La puissance de l’UE

Publié le 1 mars 2011
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Pour saisir la magnitude de la Force Hideuse* de l’UE, méditez l’extirpation du grand parti Fianna Fail en Irlande. Jusqu’à la semaine dernière, il était le pivot du système politique irlandais, l’étoile autour de laquelle orbitaient les autres partis. Il avait gagné, au sens d’avoir obtenu plus de voix que tout autre parti, toutes les élections depuis 1932. Son score était typiquement entre 40 et 50% des voix. Bien des Irlandais partaient du principe que son ascendance était permanente. Ils n’avaient pas compté sur Bruxelles.

Rappelons nous comment Brian Cowen était arrivé au poste de chef du parti qu’il a détruit. Les eurocrates étaient inquiets que le référendum irlandais sur le traité de Lisbonne pourrait souffrir des allégations de malversations qui pesaient sur son prédécesseur Bertie Ahern. Et donc, pour gonfler la force de la campagne du Oui, Ahern a été mis sur la touche en faveur du plus euro-fanatique des membres de son gouvernment (voir ici). Ce qu’il advint, en fin de compte, c’est que le sacrifice de Bertie a été en vain : l’Irlande a voté « Non » au premier référendum. Face à un verdict aussi clair, Cowen n’a pas hésité un seul instant : il a rejoint le camp de Bruxelles contre celui de son propre peuple, et a insisté pour un nouveau vote.

Vous vous rappelez son slogan pour le deuxième référendum ? Eh oui : « Oui à l’Europe, oui à l’emploi ! » Il s’en est suivi que Cowen a présidé à la pire calamité économique qui soit jamais tombée sur la République : une contraction de 20% de son PIB. Et alors même que la foule descendait dans la rue, la loyauté envers l’UE du Toaiseach [Premier Ministre en Gaélique, NdT] ne s’est jamais démentie, et il a accepté d’hypothéquer tout son pays pour soutenir l’euro. Eh oui : Cowen est le genre d’Irlandais qu’on apprécie à Bruxelles. Son parti a été décimé, on a mis sur les épaules de ses contribuables le fardeau de sauver la totalité du système bancaire européen, le pays est désormais confronté à une génération de pénurie et d’émigration, mais le processus de construction européenne a été sécurisé.

Que va-t-il se passer maintenant ? J’ai prédit la séquence des évènements il y a quelques mois : une grosse victoire pour Fin Gael et les travaillistes, une coalition de ces deux partis euro-fanatiques, une renégociation bidon, pour la forme, des termes du sauvetage qui masque le maintien, pour l’essentiel, de la politique déjà menée, un effondrement du soutien pour le nouveau gouvernement dans les 18 mois qui suivent, et ensuite, une nouvelle élection. Jusqu’ici, j’ai bon.

* : expression tirée du titre d’un ouvrage de C.S. Lewis, NdT

Repris du blog de Daniel Hannan sur le site du Telegraph avec son aimable autorisation.

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  • Moui, mais quel rapport entre l’UE et l’effondrement du système bancaire irlandais ?
    Du coup, s’il croit effectivement en celle-ci, cet effondrement n’a effectivement pas à lui faire changer d’avis, c’est une question relativement indépendante. Au moins ne joue t-il pas dans le populisme comme nos chers politiques français qui, eux, auraient immédiatement sauté sur l’occasion pour accuser l’UE de tous les maux de leur pays et sauvegarder leurs pouvoirs et leur Etat.

    • Lien on ne peut plus direct : taux d’intérêts procycliques bien trop bas pour une économie en plein boom économique (grâce à sa bonne politique fiscale). Les taux d’intérêts sont fixés à Francfort pour convenir à l’Allemagne, et ont été désastreux pour l’Irlande. C’est donc bien l’euro qui a été la cause de leur misère. Quant au « populisme », à savoir respecter la volonté de son peuple : plus longtemps les politiciens irlandais iront contre les souhaits de la population, plus la colère va monter. Et la colère, c’est comme la dette publique, ça ne monte pas jusqu’au ciel. Tôt ou tard, ça pète.

      • Comme Gilles, j’ai trouvé cet article un peu facile et pas très convainquant. Ensuite, oui, les taux d’intérêt trop bas de la BCE sont, en partie, responsables de la bulle immobilière. Toutefois, le Fianna Fail a une responsabilité colossale dans ce qui arrive à l’Irlande en ce moment : dans les années 2000, ils ont rompu avec le consensus qui prévalait avant et qui consistait à aller vers toujours moins d’état et de dépenses publiques, et ils ont transformé leur pays en social-démocratie.
        Un article de Vincent Bénard l’avait bien montré : http://www.objectifeco.com/economie/economie-politique/article/vincent-benard-crise-irlandaise-etat-coupable-plan-europeen-inepte
        Voici l’extrait qui résume cela le mieux : « Entre 1998 et 2006, les recettes fiscales de l’état Irlandais ont été multipliées par près de 3. Mais l’état Irlandais, au lieu de gérer ces surcroîts de taxes en bon père de famille, a augmenté les dépenses publiques dans les mêmes proportions. Les salaires de la fonction publique ont été multipliés par plus de 2 entre 2000 et 2008, alors que l’inflation n’a été « officiellement » que de 25% dans ce laps de temps. »
        D’autre part, Cowen a aussi très mal géré la crise, en commençant par faire de la surenchère sur la garantie des comptes, en refusant de faire rapidement une politique d’austérité draconienne comme ont pu le faire les pays baltes ; quant au plan de sauvetage des banques irlandaises…

  • PS: n’oublions pas que les Irlandais ont démontré, au XXème sicèle, qu’ils sont tout à fait prêts à se battre pour leur indépendance. Et à gagner.

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