Une Cour des Comptes au taquet

Cette année, la Cour des Comptes tance vertement l’Etat pour ses gaspillages et sa gestion pourrie. En pure perte.

Comme chaque année à pareille date, le rapport annuel de la Cour des Comptes vient de sortir. L’année dernière on s’en souvient, elle avait conclu que la crise n’était qu’en partie responsable des trous et dettes constatées et expliquait calmement que la France faisait partie des mauvais élèves de la classe européenne en terme de gestion budgétaire. Ce rapport fut, on le comprend, bien vite enterré. Alors cette année, la Cour grommelle un peu plus fort et va jusqu’à — gasp ! — demander « d’amples réformes » !

Là, ils ont carrément pété les élastiques, les sages de la rue Cambon ! A lire les chiffres qu’ils publient, on les comprend d’ailleurs : toute paire de bretelles soigneusement posée, toute ceinture correctement bouclée n’aurait pas tenu lorsqu’on lit le véritable bêtisier que la Cour des Comptes nous propose.

On pourrait évoquer ce Musée National (forcément national) du Sport, théoriquement localisé au Parc des Princes, qui coûte 900.000€ par an à l’Etat et dont personne n’a vu les collections puisqu’il ne dispose d’aucune galerie ni de personnel.

On pourrait tiquer sur les huit corps militaires européens dans lesquels la France est impliquée et … qui ne servent à rien.

On rira à gorge déployée lorsqu’elle évoque la gestion de la crise de la grippe A, magnifique exemple de ce que l’étatisation galopante peut produire de plus catastrophique sur un système de santé que le reste du monde pouvait nous envier… dans les années 70 : coût faramineux, implication bâclée des professionnels, nombre consternant de coûteux vaccins jetés à la poubelle (20 f*cking millions de doses, b*rdel), et couverture vaccinale finale très modeste (moins de 10% de la population française) au regard d’une facture dont on se souviendra longtemps…

Mais ces exemples (et bien d’autres) ne sont en réalité que les petites mignardises apéritives d’un repas pantagruélique auquel la Cour des Comptes nous convie dans son rapport.

On y lit notamment que les niches sociales coûtent 70 milliards par an à l’état (tiens, s’il n’y avait pas la crise — prétexte facile — , ce serait justement le montant du déficit annuel), que les énergies renouvelables, c’est bien beau, mais que les charges n’y sont pas maîtrisées, qu’il n’existe toujours pas de procédure pour s’assurer de l’aptitude des contrôleurs aériens à exercer leur métier et que leur rythme de travail n’est pas adapté aux exigences de sécurité, et que la gestion du Fonds de Réserve des Retraites est toute pourrie.

Je dis « toute pourrie » là où nos Honorables Comptables disent précisément que l’état n’est pas impliqué dans la gestion de ce fonds, qu’il ne lui donne que des cacahuètes, qu’il manque d’orientation stratégique, que sa rentabilité est au mieux médiocre, bref, que les quelques milliards qui s’y battent en duel risquent d’être rapidement dilués dans les trous, dettes, déficits et gabegies d’un état impécunieux.

Mais elle préconise surtout … un gel des salaires des fonctionnaires jusqu’à fin 2013, et une diminution importante des dépenses inutiles et une maîtrise rigoureuse — pour ne pas dire, au cordeau — des autres. Rien que ça, et c’est la révolte de toute une partie de la population qui dépend presque entièrement des largesses de l’État. En pratique, l’Etat y sera pourtant bien obligé : l’état général des finances est, pour être limpide, complètement catastrophique. Tellement, d’ailleurs, que la Cour n’y va pas par quatre chemins : si des mesures ne sont pas rapidement prises, explique-t-elle, « le déficit et l’endettement risquent de s’écarter de la trajectoire prévue ».

Baroin, clown triste

On admire la capacité des Sages à détecter une trajectoire dans les mouvements erratiques de notre gouvernement pour tenter d’arrêter les sprinklers à pognon ouverts un peu partout dans toutes les administrations et sur tout le territoire, alors que Baroin, véritable petit Mario de la plomberie fiscale d’un pays depuis longtemps hors de tout contrôle, s’évertue à courir d’un robinet à l’autre pour faire croire qu’il va réussir à terminer le niveau sans mourir noyé.

Mais effectivement, le chemin est déjà fort étroit entre d’une part la déroute totale sanctionnée par une faillite d’état retentissante qu’on sent proche alors que le triple-A français n’a jamais été aussi fragile, et d’autre part les poussées d’urticaire d’une population largement acquise aux fièvres agitatrices des révolutionnaires en carton que la gauche, toujours prompte à couiner pour ses zacquis et sa luûûutte finaââale, attise de ses colibets ridicules et de ses mille et uns mouvements politiques extrêmistes.

Chaque Français sent, en effet, confusément qu’on est en train de lui tarauder gentiment l’anus avec une chignole de chantier, et les doses d’anesthésiques citoyens, festifs et subventionnés, appliquées pourtant avec de plus en plus d’empressement par la clique politicienne, ne suffisent plus à masquer la douleur.

Et comme chaque Français analyse la situation à l’aune des éléments de langage, de ses propres notions d’économie et de sciences politiques filtrés par des années de lavage de cerveau citoyen, on ne peut que constater l’envie d’en découdre dans une bonne révolte des familles, histoire de remplacer le système actuel, trop égalitariste, profondément étatiste, interventionniste et socialiste, par un nouveau système, égalitariste, socialiste, étatiste en diable et bien sûr interventionniste comme pas deux.

Quant au rapport de la Cour, il sera, exactement comme l’année dernière, oublié dans deux ou trois jours, et l’état reprendra avec encore plus d’appétit le festin de conneries qu’il a commencé il y a plus de trente ans. Ce qui , on s’en doute, n’améliorera pas le sentiment des Français.

Ce pays est foutu.
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