Les renouvelables en 3 questions

€150 supplémentaires sur la facture mensuelle de gaz et d’électricité de chaque ménage

Un article de Robert Peltier traduit de Master Resource.

Il y a quelques mois, les défenseurs du renouvelable nous ont sorti un sondage qui, soi-disant, établissait de façon incontestable le soutien du public aux énergies renouvelables. Cependant, les réponses au questions qui suivaient montraient que la volonté du public de payer pour augmenter le renouvelable était, au mieux, tiède. Et c’est là que le bât blesse, le soutien aux énergies qui dépendent d’aides de l’État étant une chose dans l’abstraction, et une toute autre chose dans le monde réel.

Le sondage Financial Times/Harris, mené en ligne par Harris Interactive, a été fait auprès des membres des ménages qui paient les factures de gaz et d’électricité chaque mois, en France, Allemagne, Grande-Bretagne, Espagne, Italie et aux États-Unis, entre le 15 et le 21 septembre 2010. On leur a posé 3 questions au sujet de leur soutien aux énergies renouvelables.

Question 1 : plus d’éolien

La première question était « à quel point êtes vous favorable ou opposé à un accroissement du nombre de champs d’éoliennes [dans votre pays] ? » Le fort soutien attendu est bien en évidence avec 87% des sondés US ayant coché soit « est plus en faveur qu’opposé », soit « fortement en faveur » ; les Européens ont répondu avec des pourcentages de même niveau.

Hors contexte, certains défenseurs en ont conclu que ces résultats de sondage représentent un blanc seing du public pour les éoliennes. Peter Kelley, un porte parole pour l’association américaine pour l’énergie éolienne (AWEA) a déclaré dans The Hill (daté du 28 octobre) : « Il y a peu de choses dans ce monde qui recueille 87% de soutien de la part du public américain. » Il a ensuite affirmé que la norme nationale d’électricité renouvelable (RES) ferait baisser les factures en poussant les prix du gaz naturel vers le bas. « Quand on leur demande s’ils veulent payer plus, eh bien, ils n’auraient pas à payer plus », d’après Kelley.

Le narratif est inversé. Le démarrage de nouveaux projets éoliens en 2010 ont été une fraction de ceux en 2009, et ce malgré des niches fiscales extrêmement avantageuses. Pourquoi ? Les investisseurs migrent vers des opportunités plus lucratives dans d’autres industries. La raison clé pour laquelle les installations d’éolienne se sont calmées, ce n’est pas le manque de d’obligations forcées de l’État dans leur sens, mais parce que le prix du gaz naturel est bas. (Demandez au milliardaire texan pro-éolien T. Boone Pickens.) Après tout, les crédits d’impôts pour investisseurs ne sont pas particulièrement intéressants si votre entreprise ne fait pas de profits.

En fait, l’association américaine de l’éolien aspire à des prix d’au moins $7-9 par millions de BTU, le plancher minimum à partir duquel les projets éoliens, avec les niches fiscales existantes, deviennent économiquement « compétitives ». Avec comme perspective des prix du gaz qui devraient rester bas pour des années, la seule option qui reste à l’AWEA est de pousser à une norme nationale qui utilise la force de la loi plutôt que les forces du marché pour gonfler la croissance.

Question 2 : coûts supplémentaires

La 2e question, « quelle augmentation êtes-vous prêt à payer au maximum, pour une énergie qui serait de source renouvelable ? », ajoute du contexte aux résultats du sondage. Parmi les sondés US, il y en a 17% qui disent, jusqu’à 5% de plus. Il n’est pas surprenant que tout le monde veut de l’éolien mais que très peu sont prêts à en payer le fardeau. Si le coût de l’énergie augmentait de 20%, le pourcentage de supporteurs de l’éolien s’effondre alors à 5%, et même encore moins en Europe.

Ce qui est implicite dans ces deux questions, c’est que les éoliennes sont « propres » parce qu’elles produisent zéro émissions. Ce n’est pas toujours une bonne supposition. Les émissions réelle de toute technologie de production d’électricité ne peuvent être déterminées que dans le contexte de son effet au sein du réseau électrique, beaucoup plus large et beaucoup plus complexe, dans lequel il opère.

À l’ouest du Texas, par exemple, il est désormais courant d’avoir des périodes de prix négatifs ou les fournisseurs doivent payer l’exploitant du réseau ERCOT pour qu’il prenne leur production. Cette distortion du marché de l’énergie est causée par le crédit d’impôt à la production, et par le crédit texan à l’énergie renouvelable, des revenus qui ne sont basés que sur la quantité d’électricité produite, et non pas sur la condition qu’il y ait une demande pour cette énergie sur le réseau. Les données du marché montrent des cas où le prix négatif de l’électricité ont atteint $35 par MWh avant l’arrêt des champs éoliens, ce qui donne une idée du niveau de subvention que reçoivent leurs propriétaires pour cette production éolienne.

Question 3 : quel coût supplémentaire

La troisième et dernière question va au coeur de ce jeu de « tir à la corde » énergétique : « la commission européenne estime qu’il en coûterait €150 supplémentaires à chaque ménage sur leur facture mensuelle de gaz et d’électricité pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et pour avoir plus de renouvelables. Si on vous sonne le choix, à quel point est-il probable que vous optiez pour ce supplément de €150 pas mois ? ». Comme on pouvait s’y attendre, seuls 12% des sondés américains ont répondu « entièrement » ou « très » probable ; ces pourcentages étaient plus bas encore pour les pays européens. Aux États-Unis, 68% des sondés ont dit qu’il n’était « pas du tout probable » qu’ils fassent ce choix. Dans les pays européens, l’éventail des pourcentages pour cette réponse allait de 36% (Italie) à 77% (France).

Comme pour la plupart des lecteurs américains, une telle somme ferait plus que doubler ma facture mensuelle, et dès lors vous pouvez me compter dans la catégories « pas probable du tout ».

Le problème avec cette dernière question, c’est qu’elle suppose implicitement qu’on a le choix de sélectionner les énergies renouvelables, alors qu’on n’en a aucun. La hausse des coûts restera cachée dans votre facture sous la forme de niches fiscales qu’il faut bien payer, du coût de devoir construire des nouvelles centrales au gaz naturel dédiées à compenser l’absence de vent, des inefficacités créées dans l’exploitation du système, et des coûts supplémentaires d’entretien des centrales à carburant fossile. Le tout sans aucun avantage discernable pour l’environnement.

Pour moi, ça ne ressemble pas à un choix.

Un article de Robert Peltier traduit de Master Resource.

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