Méfiance, dégoût, intérêt et ennui

L’état d’esprit des Français, c’est d’abord la lassitude, la méfiance et la morosité

Une étude du Cevipof, brillamment commentée par H16, nous révèle plusieurs paradoxes étonnants :

– L’état d’esprit des Français, c’est d’abord la lassitude (34%), la méfiance (28%) et la morosité (28%). En même temps, ils sont 84% à se déclarer heureux, c’est à n’y rien comprendre. Srtout que moins de la moitié se dit optimiste ! Sans doute parce que 69% pensent que nos enfants auront un avenir moins radieux que le nôtre.

– Dans un pays où la moindre discrimination est honnie et où la laïcité et l’harmonie sociale sont censées régner, l’appartenance religieuse est un critère de défiance pour un Français sur quatre. Bon, 69% des Français avouent ne pas avoir confiance en autrui, ça vise plus large alors que dans le même temps, 61% pensent que les autres cherchent à se conduire correctement.

– Le monde politique n’inspire pas, mais alors pas du tout confiance. La politique suscite de la méfiance (39%), du dégoût (23%), de l’intérêt (15%) et de l’ennui (12%). Pourtant, 11% pensent que s’engager en politique permet de changer les choses, et 67% de voter. Difficile de les suivre dans leur logique. Le maire passe tout juste la majorité de confiance, mais les autres niveaux exécutifs sont laminés par le sondage. Plus on monte, plus la confiance baisse. À 83%, les Français pensent que les politiques ne se préoccupent pas de ce qu’ils pensent. Ils n’ont pas tort, mais pourquoi diable être tout de même 58% à s’intéresser  à la vie politique ?

– Amusant de voir que ceux « qui ont toujours eu confiance en Ségolène Royal » sont 2% de plus que la dernière fois. Il y a des petits coquins chez les sondés,et particulièrement chez les « royalistes ».

– Les hôpitaux inspirent le plus confiance, suivis de près par la police (et la morgue ?). Et dans les dents : les syndicats inspirent moins confiance que les grandes entreprises, c’est étonnant, non ? En revanche, les politiques figurent bons derniers, juste derrière les banques. Moi, je suis banquier ET politique. N’arrêtez pas de me lire pour ça, j’aime aussi le golf.

– Plus d’un Français sur trois juge qu’il y a trop d’immigration, ce qui est cohérent avec le fait que quasiment 30% des Français ne font pas confiance à quelqu’un d’une autre nationalité que la leur. Frédéric Mitterrand qui est tunisien, par exemple ? La gauche a d’ailleurs un sérieux problème car son discours antimondialisation a pour corollaire fréquent le rejet de l’immigration ; ce n’est pas un hasard si Marine le Pen vient débarquer sur ses platebandes.

– La France doit s’ouvrir au monde pour 27% des sondés (potentiellement des libéraux), contre 40% qui veulent au contraire qu’elle se replie sur elle-même. Mais 32% ne savent pas s’il faut ouvrir ou fermer, laisser entrouvert peut-être.

– 96% des sondés veulent réformer le capitalisme : pour le désétatiser ou, au contraire, donner aux politiques qui n’inspirent pas confiance davantage de pouvoir sur lui ? On ne saura pas cette fois.

Eh ben, on est bien avancés avec cette gloubiboulga de contradictions.