La chute du mur, version arabe

Le premier tyran à tomber fut Ben Ali

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La chute du mur, version arabe

Publié le 2 février 2011
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Le premier tyran à tomber fut Ben Ali. Le vent de liberté soufflait déjà sur l’Algérie, sur l’Égypte, sur le Yémen. Aujourd’hui, du Maghreb au Moyen-Orient, les manifestations se multiplient et s’amplifient.  Pas plus que MAM, la France et l’Occident n’ont rien vu venir. Tous les jours qui ont suivi l’exil de Ben Ali, les experts français nous ont expliqué qu’en Égypte, la situation était différente de la Tunisie parce que Moubarak tenait l’armée. Et puis voilà que l’armée commence à lâcher le raïs. Nous commençons à comprendre que du Maroc à l’Arabie Saoudite, aucun dictateur arabe n’est plus à l’abri de la vindicte populaire. 22 ans après la chute du mur de Berlin, Mohammed Bouazizi, petit marchand ambulant, ne pensait pas qu’il allait provoquer le premier bouleversement majeur de l’histoire du 21e siècle lorsqu’il s’est immolé à la suite de la confiscation arbitraire de sa modeste marchandise. La « révolution de jasmin » était d’abord celle de la liberté économique et sociale : celle d’avoir un travail, de pouvoir lancer sa propre affaire et de la faire croître sans se faire racketter, ni confisquer ses biens par les clans au pouvoir. Une révolution libérale.

Avec les semaines, la peur a reculé et les revendications enfouies sont ressorties : désir de démocratie, d’ascenseur social, de liberté d’expression et de croyance. La mondialisation et Internet y sont pour beaucoup (et la politique inflationniste de la Fed un peu aussi). Mais après tant d’années de débat refoulé, de talents brimés et d’espoir piétinées, personne ne peut nier le risque de déflagration ; le FMI évoque même le risque de guerre. C’est un risque lorsqu’un étau ancien se desserre. Surtout, les dictatures n’ont pas seulement duré en écrasant sauvagement toutes les tentatives d’organisation collective politique, religieuse, associative ou syndicale. Elles ont aussi instrumentalisé l’islam au nom d’une prétendue laïcité pour tenir les clergés locaux d’une main de fer et effrayer un occident muré dans son silence devant les exactions de ces gouvernants impitoyables. Cette réislamisation répondait à une exigence identitaire de plus en plus forte de peuples opprimés et maintenus dans la misère par leur économie socialiste et corrompue. Elle entretenait aussi la flamme islamiste, par ailleurs portée par l’aspiration à un idéal culturel, nationaliste et religieux, mais aussi par le rejet de l’Occident de plus en plus critiqué pour sa complicité avec les régimes en place. Or, cette réislamisation opportuniste entrainant dans son sillage l’expansion clandestine des organisations islamistes radicales, aboutit aujourd’hui à des mélanges instables et difficiles à gérer.

L’échec tragique de l’Iran et la volonté affichée de parvenir à une certaine paix sociale devrait contenir les ambitions des différentes mouvances islamistes, à condition qu’elles ne se retrouvent pas à nouveau bannies et persécutées. La puissante organisation des Frères musulmans a choisi jusqu’ici de rester discrète. Elle a notamment accepté que le prix Nobel de la Paix el-Baradei s’exprime et négocie en son nom. Ses revendications sont simples : pouvoir concourir aux élections en tant que parti politique, pas à la présidentielle dans un premier temps. Si l’Algérie bascule aussi, si la Jordanie perd sa stabilité apparente, comment agiront leurs courants islamistes nationaux ? La mondialisation aura-t-elle raison du risque qu’ils représentent après tant d’années de lutte et de frustration ? Si le modèle des Frères musulmans est l’AKP turc, le danger devrait rester cantonné à un rapport de force politique respectable.

Le facteur essentiel qui ressort des évènements en Égypte et en Tunisie, c’est que la cohésion du pays est jusqu’ici tenue et, au paroxysme de la crise, sauvegardée par l’armée. Les dictateurs ont pu s’appuyer sur elle tant que le peuple ne grondait pas. Mais c’est aussi l’armée qui a permis les premières transitions. Dans la rue, personne ne conteste son rôle suprême. Cet aspect doit aussi être pris en compte dans les scénarios de reconstruction politique, économique et sociale des pays réveillés par le souffle de la liberté. Est-ce le socle nécessaire à la fierté retrouvée du monde arabe aujourd’hui ?

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