Après la révolution

Un reportage en Tunisie de Heidi Verdonck

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Terrasses de la Médina de Tunis (Crédits Raspail, image libre de droits)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Après la révolution

Publié le 29 janvier 2011
- A +

Un reportage de Heidi Verdonck.

Enfin c’en est fini de la corruption

Terrasses de la Médina de Tunis (Crédits Raspail, image libre de droits)
Terrasses de la Médina de Tunis

Pendant des années, on n’a eu aucun droit en Tunisie. Mais maintenant que le détesté dictateur Ben Ali est parti, les fenêtres s’ouvrent.

Benali est parti, les fenêtres s’ouvrent

« Pourrais-tu me ramener le livre sur la femme de Ben Ali, si tu viens en Tunisie ? » Il y a deux semaines, une telle question aurait été impensable. Qui éprouvait un intérêt pour la politique faisait bien de le garder pour soi, surtout si ça avait trait au clan Trabelsi, dont faisait partie des membres proéminents telle l’épouse de Ben Ali, Leila. Mieux encore, il valait mieux ne pas prononcer à haute voix le nom de Ben Ali. Son surnom était Tarzan.

Comme les choses sont différentes aujourd’hui. Le livre sur le luxueux mode de vie de Leila est entre temps devenu un grand succès.

Caricatures

Désormais, on a le droit de faire toutes sortes de choses en Tunisie. Les photos de Ben Ali de plusieurs mètres de haut ont disparu du paysage. Dans les kiosques, on trouve des journaux français comme Libération avec des caricatures des ex-gouvernants.

Au café La République dans le quartier populaire Lafayette, tout le monde, du chauffeur de taxi au diplômé de l’université, veut dire ce qu’il pense du régime renversé. Amel, par exemple, propriétaire d’une petit épicerie, raconte comment sa vie était rendue impossible par des agents de police et des fonctionnaires corrompus. « Les choses restent difficiles, mais au moins, maintenant, je n’ai plus à avoir peur d’eux. »

D’après Habib, un homme d’affaires, le système était pourri de part en part. « Ma famille a une grosse entreprise de bâtiment et on nous étions sans cesse victimes de chantages. Même les investisseurs étrangers étaient sous pression pour ‘acheter’ des permis officiels et pour ‘vendre’ une majorité des actions de leurs entreprises à des officiels corrompus. »

Dans la banlieue du Kram aussi, la vie a changé pour le meilleur. Hajer y habite avec son mari et ses deux enfants, à côté de la maison de ses parents, Aïcha et Lotfi. Le père de Hajer était un modeste marchand qui a travaillé dur toute sa vie pour que sa fille puisse recevoir une bonne éducation. Hajer, 29 ans, elle-même mère de deux petites filles, est biologiste. Elle est maintenant tout juste de retour d’une manifestation sur le campus de l’université. « Des mots comme ‘citoyen’, ‘manifestations’ et ‘protestations’ nous étaient étrangers. Aujourd’hui, tout le monde ici a fait grève contre la dureté des conditions de travail, qui rendent toute recherche impossible. Nos  laboratoires sont très vieux. Certains d’entre nous doivent se résoudre à partir à l’étranger pour leur recherche. Mais la plupart ne peuvent pas se le permettre. C’est pour ça que nous demandons au gouvernement plus d’argent pour des bourses. Il y a un fort besoin dans ce pays pour du personnel médical et des biologistes. »

Hajer espère que ses filles pourront voyager plus facilement. « J’aimerais leur faire voir Paris, où j’ai étudié pendant six mois. »

Jusqu’à un temps récent, passer la frontière en voiture était un véritable calvaire, à cause de tous les douaniers corrompus.

Interrogatoire

Autre scène inhabituelle, trois jours plus tôt à l’aéroport de Tunis. Un agent des douanes jette comme à l’accoutumée un coup d’œil sur le livre qu’amène un voyageur. L’ouvrage parle de Leila Trabelsi. En temps normal un cas semblable aurait immédiatement entrainé un interrogatoire ou une inspection des bagages. Mais maintenant, l’agent veut surtout voir un peu ce qu’il y a dans ce livre. Tout en riant, il fait signe au voyageur de passer et lui dit, « bienvenue en Tunisie libre ».

Voir les commentaires (4)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (4)
  • Vraiment Bravo pour les tunisiens pour leur courage et espérant que les autres dictateurs arabes se réunissent à Jedda en arabie saoudite!!

  • Je me présente tout d’abords, je suis un Tunisois directeur d’une société totalement exportatrice. Je voudrais juste rectifier une info, nous avons malheureusement toujours la présence de ces agents de douane corrompu. Hélas, ils sont toujours derrières leurs bureaux. En fait, pour de multiples conflits avec la douane pour le mauvais exercice de certains de leurs agents de la loi, ainsi des facilitations pour certains activités louches qu’ils essayent de camoufler.
    Si vous avez besoin de plus d’informations, vous me sonnez et je vous donne même des noms ainsi que leur postes. Vous allez participer ainsi pour dénoncer ces agents et en même temps de polir la Tunisie de ces mauvaises graines du régime de Ben Ali.

    • Merci pour cette clarification. Malheureusement, on peut s’attendre à ce que certains ne lâchent pas si facilement de telles sources d’enrichissement. Tout reste à faire.

  • vous parler des gens qui vont des chauffeurs de taxi au diplômé d’université.
    Mais il me semble que souvent en tunisie les diplomés d’université sont chauffeurs de taxi

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Alex Gladstein. Un article de Reason

 

Le bitcoin a conquis certains des milliardaires les plus connus d'Amérique et les institutions du monde entier le considèrent comme un actif financier sérieux. Mais la hausse du prix du bitcoin n'est qu'une partie de l'histoire.

Qu'ils le sachent ou non, les personnes qui achètent des bitcoins renforcent un outil de protection des droits de l'Homme. Cette forme encore relativement nouvelle de monnaie électronique résiste à la censure, aux saisies, aux frontières, aux autoris... Poursuivre la lecture

0
Sauvegarder cet article

L’ONG Transparency Watch vient de publier son index de perception de la corruption 2021. Cette organisation s’est donné pour but de mettre fin à la corruption et de promouvoir la transparence, la responsabilité et l’intégrité à tous les niveaux et dans tous les secteurs de la société.

Il ressort de cet index que les avancées de la lutte contre la corruption ont stagné voire régressé pendant la pandémie. Une situation qui touche les pays d’Europe de l’Ouest comme la France.

Les pays nordiques restent les bons élèves

Le Danemark a... Poursuivre la lecture

Par Pieter Cleppe.

Alors que la Russie pourrait être sur le point d'envahir l'Ukraine, il convient d'examiner de plus près les défis intérieurs de ce pays. La Russie considère l'Ukraine comme la « Russie B ». Il y a quelque chose à dire à ce sujet, étant donné les nombreuses similitudes culturelles.

Pour cette même raison, cependant, une Ukraine réformée pourrait être l'évolution la plus dangereuse que l'on puisse imaginer pour ceux qui, à Moscou, voudraient que les choses restent en l'état. Les Russes ordinaires pourraient deve... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles