La tarte aux pommes fiscale

Tarte aux pommes (Crédits Toastwife, licence Creative Commons)

Comment Piketty propose une révolution fiscale, rigolote mais foutraque.

Aujourd’hui, ce sera tarte aux pommes et chaîne blogosphérique. La raison en est simple : la chaîne, proposée par Polluxe, a un lien direct avec les pommes dont on recouvre la tarte avant de l’enfourner thermostat 6 (180°). Mais ne brûlons pas les étapes et la délicieuse pâtisserie…

La chaîne nous invite à méditer quelques instants sur la Révolution Fiscale, site monté par Thomas Piketty et deux autres socialistes économistes, et qui,en substance, explique que l’impôt actuel est essentiellement subi par les classes moyennes, pas assez progressif, bourré de trous, de chausses-trappes, d’effets pervers, et, pour tout dire, archaïque.

Avant de vous donner l’adresse de ce site, je tiens à vous prévenir : c’est une vraie innovation en matière de marketing web deuzéro puisque les concepteurs ont décidé d’agresser le lecteur dès la page de garde, en utilisant une charte graphique oscillant entre l’attentat visuel et l’attaque neurotoxique. C’est rouge. Pas juste un peu, histoire de donner le ton général, non non. C’est rouge vif, pétant, très vite fatiguant, qui provoque une scotomisation rapide si on reste un peu trop longtemps à tenter de lire les petites cases où survivent quelques caractères typographiques blanc vif, « contraste maximum svp ». C’est ici, et je vous aurai prévenu.

Le site de révolution fuscale qui pique les yeux, vu de loin.
Vous prendrez bien un petit coup de rouge, avec ça ?

Pendant ce temps, vous aurez pris soin d’étaler la pâte feuilletée dans votre moule. L’opération suivante va nous permettre d’entrer dans le vif du sujet : nous allons préparer les pommes.

Pour cela, nous allons utiliser un Bercy. L’appareil s’appelle ainsi parce qu’il fait avec les pommes exactement ce que fait Bercy avec le contribuable, et là, vous voyez donc le rapport entre les enfantillages propositions de Piketty et la tarte aux pommes.

En effet, l’appareil, comme Bercy avec le contribuable moyen, prend la pomme, la retourne dans tous les sens, l’épluche consciencieusement, la découpe en rondelle et ne laisse que le trognon intact.

Eplucheur de pommes modèle Bercy

C’est aussi pratique pour le pâtissier que l’est Bercy pour les finances de l’Etat. Et comme nous avons une belle tarte à faire, nous prendrons quatre belles pommes fermes et juteuses (notons que les contribuables, en France, sont de moins en moins fermes et juteux, ils sont sans doute trop souvent équarris).

Pendant que vous épluchez, découpez et dé-trognontez vos pommes, on va pouvoir faire pareil avec le site rigolo (mais très très rouge) de Piketty, qui est, comme je le soulignais il y a quelques temps déjà, l’ « économiste du PS », ce qui, quand on y réfléchit bien, est assez comique quand on voit ce que les socialistes font avec l’économie en général et nos économies en particulier.

Notre aimable « économiste » alternatif nous propose donc de prélever l’impôt à la source, avec, en substance, un taux effectif directement applicable à la totalité du revenu : on ne procédera donc plus par tranches. A la limite, moi, je dis banco. Stricto sensu, l’impôt est un pur vol, mais si on admet que l’état en a besoin pour faire fonctionner son bordel ambiant ses efficaces administrations, on conviendra qu’un taux parfaitement lissé, sans paliers, permet d’éviter les effets de trappes.

… Disposez les pommes en cercle. Saupoudrez de cannelle, pour ceux qui aiment…

Avec un tel impôt, on gagne aussi en clarté, en transparence et en facilité : tout le monde sait, exactement, combien il va devoir payer d’impôts, ce qui permet d’alléger l’arbitraire fiscal totalement scandaleux (et permanent) qui règne en France depuis… oh, depuis quelques centaines d’années au bas mot.

Maintenant, ces aimables considérations établies, on ne pourra s’affranchir de noter que Piketty, comme à son habitude, a aussi ajouté une bonne dose de n’importe quoi gluant qui rend l’ensemble du site et de ses propositions borderline avec le ridicule le plus complet.

Ici, les pommes élégamment disposées en cercle sur votre pâte, vous allez pouvoir enfourner le tout dans un four préalablement chauffé thermostat 6 (chaleur tournante) ou 7 (sinon). Comme Bercy lors des interrogatoires des contribuables récalcitrants, je recommande la chaleur tournante : c’est bien plus efficace pour une cuisson harmonieuse.

Pendant que ça cuit (30 minutes environ), vous pourrez vous poser la question de l’apport de l’impôt sur le revenu dans l’ensemble du budget de l’état et remarquer qu’en réalité, il ne s’agit que d’une partie de l’encaissement du budget, ce qui veut donc dire que le levier disponible par l’impôt est loin d’être suffisant pour entamer une vraie « révolution ». On parle plus, ici, de « modification fiscale » ou « réforme fiscale ».

Mais c’est moins vendeur.

Ceci posé, je vous invite à vous rendre sur la simulation de réforme fiscale, ce qui permet de tester rapidement du sérieux de l’ensemble du site. En mettant tous les taux d’imposition à 0, on se rend compte que … c’est la cata : l’état ne gagne plus rien, il perd même des thunes à grands seaux. On dirait … on dirait maintenant, tiens.

C’est gênant à plus d’un titre : en effet, l’argent qui n’est pas pris par les impôts va, inévitablement, revenir dans l’économie d’une façon ou d’une autre. Une partie, au moins, va servir à consommer, ce qui va générer de la TVA. Ce phénomène n’est pas pris en compte.

Mieux : si on fait l’inverse et qu’on assomme les contribuables avec un taux à 100% partout, le « modèle » nous prévient chastement que « De tels taux peuvent induire de fortes réactions comportementales » mais s’empresse de n’en point tenir compte et annonce, clairon en main, que nous récoltons 800 milliards haut la main. Youpi. Notez qu’on peut mettre du 200% aussi, pour rire.

Ok, il y a un simulateur « complet », qui passe la démultipliée en matière d’usine à gaz, mais ça ne rattrape pas l’impression à la fois constructiviste et particulièrement orientée de tout le site : l’impôt, c’est génial, il en faut à tous les étages, et pour le reste (tva, CSG, et la myriade affolante de taxes, de codes, de contraintes qui vont avec), on s’en arrange, ne vous inquiétez pas, respirez un bon coup.

Jetez un œil à la tarte, histoire qu’elle ne brûle pas.

Tarte aux pommes

Bon, tout ceci est fort joli (bien que vraiment très très rouge autour, et rouge au dedans), mais relativement inutile : en terme fiscaux, les réformes qui sont possibles et efficaces sont parfaitement connues. Elles ont même été appliquées dans certains pays, et, qui mieux est, des rapports existent.

Et puisque la tarte refroidit et que Polluxe me demande mon avis, le voilà en quelques lignes : la première vraie révolution fiscale en France consisterait à interdire, purement et simplement, tout déficit de l’état, à imposer le retour à une convertibilité en or, passer à une flat tax (tant pour toutes les sources de revenu que toutes les TVA et autres CSG, et tant pour les personnes physiques que les personnes morales) autour de 15%, faire sauter les monopoles de l’assurance maladie, chômage et retraite.

La moindre de ces mesures mettrait le peupledegoche dans la rue et finirait d’achever, dans la paralysie, le système social-démocrate français, c’est une évidence. Comme ces propositions ont fonctionné partout où elles ont été réellement appliquées, on peut raisonnablement imaginer qu’en France, tout partira en sucette.

Vous pouvez à présent découper la tarte.

Bon appétit !
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Sur le web

L’assassinat du pouvoir d’achat.

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