Tunisie, le silence de la France

Sarkozy ne fait que suivre la ligne de ses prédécesseurs

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Tunisie, le silence de la France

Publié le 14 janvier 2011
- A +

Alors que les éditos s’enchaînent sur la question du silence, non pas de la France, mais de son exécutif sur la question des violences en Tunisie, la Ministre française des Affaires étrangères a déclaré que la France pourrait prêter son savoir-faire à la Tunisie, et à l’Algérie, pour… sécuriser les manifestations. La patrie des droits de l’homme va aider des dictateurs à « encadrer » la révolte légitime de leur peuple ? Ce ne serait pas la première fois. La « pacification » new look en somme. N’est-ce pas finalement dans la continuité non seulement de la politique africaine de la France depuis les indépendances, mais aussi d’une vieille tradition française profondément anti-libérale ?

L’ami Ben Ali

En effet, interrogée mardi 11 janvier dans l’hémicycle par le député Jean-Paul Lecoq sur « cette incohérence de notre pays : d’un côté la France appelle au respect de la démocratie en Côte d’Ivoire alors que de l’autre elle soutient de manière indéfectible la dictature de M. Ben Ali » Michèle Alliot-Marie, Ministre des Affaires étrangères a pu déclarer dans sa réponse, qui inclut l’Algérie, : « Nous proposons que le savoir-faire qui est reconnu dans le monde entier de nos forces de sécurité permette de régler des situations sécuritaires de ce type… C’est la raison pour laquelle nous proposons aux deux pays dans le cadre de nos coopérations, d’agir en ce sens pour que le droit de manifester puisse se faire en même temps que l’assurance de la sécurité. » En bref, allons aider Ben Ali en Tunisie et les généraux en Algérie à rester au pouvoir, mais en faisant un peu moins de morts ?

Après tout, pour MAM, en France « nous n’avons pas nous ériger en donneurs de leçons ». Ou quand ça nous arrange donc. Et MAM n’est pas la seule : Frédéric Mitterrand, qui n’a décidément rien à envier à son tonton en matière de soutien aux dictatures, estimait lui dimanche sur Canal + que « dire que la Tunisie est une dictature univoque, comme on le fait si souvent, me semble tout à fait exagéré. » Pour Luc Chatel comme pour le porte-parole du gouvernement François Baroin, « la France n’a pas à s’ingérer dans les affaires de la Tunisie ». Quand à Éric Besson, si prompt à aboyer en matière d’immigration, et qui donc devrait avoir au moins réfléchi aux causes de l’immigration, il n’a soudainement « pas d’avis particulier sur la situation en Tunisie ».

Même quand, un peu plus tard, un professeur d’informatique à l’université de technologie de Compiègne, Hatem Bettahar, est tué par des tirs de la police à Douz ? Enfin le premier Ministre s’exprime pour s’alarmer de « l’utilisation disproportionnée de la violence ». (Selon la Fédération internationale des ligues de droits de l’homme (FIDH) il y aurait eu alors 66 morts depuis le début du mouvement de protestations). Le premier ministre a ainsi appelé « l’ensemble des parties à faire preuve de retenue et à choisir la voie du dialogue ». Le « dialogue » ? En Tunisie ? M. Fillon est visiblement mal informé : le dialogue suppose que les deux parties puissent s’exprimer, il suppose la liberté d’expression. Bien sûr, il ne s’agit pas ici de prôner la révolution en appelant à la violence et à la destruction plutôt qu’au dialogue, mais simplement de critiquer la fausse naïveté d’un premier ministre.

Ce manque total de principes, cette « hyper Realpolitik », tout cela est consternant. L’ami de la France, c’est le peuple tunisien, opprimé depuis trop longtemps ; et non un dictateur qui étouffe son peuple au nom d’un développement en partie illusoire et pour protéger ses intérêts corrompus. Quant à l’argument « Ben Ali plutôt que les islamistes », il ne vaut pas grand’ chose : l’intégrisme religieux pousse sur le terreau de l’oppression.

Sarkozy et les dictateurs africains

Il aurait donc fallu condamner la répression sanglante. Mais le gouvernement français ne fait que suivre la ligne de son Président. Et ce Président ne fait que suivre la ligne de ses prédécesseurs. On se souvient pourtant un soir de victoire électorale, un certain Nicolas Sarkozy faisant un vibrant appel « à tous ceux qui sont persécutés par les tyrannies et les dictatures » : La France serait « du côté des opprimés du monde ». En recevant Kadhafi sur les pelouses de l’Élysée ? En soutenant sans le dire Ali Bongo ou Denis Sassou N’Guesso dans des élections tripatouillées en 2009 ? Ou Ben Ali en 2008 en Tunisie, pays où « l’espace des libertés progresse », car « tout n’est pas parfait en Tunisie, certes. Tout n’est pas parfait en France non plus ». Oui, visiblement, tout n’est pas parfait en France non plus…

La France anti-libérale

Le vice français est profond : c’est la suspicion à l’égard de la liberté individuelle. Qu’on ne s’y trompe pas : la gauche française soutenait un système qui marchait au goulag et au laogaï. Par humanisme paraît-il. La voir critiquer aujourd’hui le soutien gouvernemental à Ben Ali fait donc sourire. Elle n’a rien à envier à une droite conservatrice : droite comme gauche françaises sont viscéralement anti-libérales. Contre la liberté entrepreneuriale qui seule permet le développement, elles défendent le monopole (caractéristique d’ailleurs de ce système mafieux qu’on nomme la Françafrique), ainsi que le dirigisme et l’étatisme, qui mènent à l’autoritarisme et au flicage.

Quand le jeune Bouazizi s’est immolé, c’est pour le droit de vendre des fruits et légumes pour subvenir aux besoins de sa famille alors que des policiers lui avaient confisqué son matériel. Les Tunisiens ne sont pas anarchistes : ils veulent simplement que leur État corrompu arrête de « s’ingérer dans leurs affaires », qu’il les laisse respirer. Enfin.

Article paru originellement sur www.UnMondeLibre.org.

Sur le web.

Voir les commentaires (3)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (3)
  • MAM et tout les colabos feraient mieux de garder leurs pattes cette fois-ci justement , parceque c 'est grace a de tels collabos que ces dictatures regnent encore et que leur peuples souffrent et s'exilent depuis des années et deviennent un probleme ici, si elle s' occupe que de ses onions cette fois -ci ca vat aller mille fois mieux.
    A quand le tour de l'Algérie ? Très bientôt je pense, c’est le compte à rebours, et bientôt le fameux problème d’immigration n’aura plus raison d’exister, il fera tellement plus bon vivre la bas que tout le monde sera tenté de rentrer, et le bonheur régnera a tout jamais sur les deux rives de la Méditerranée..… oui cela ressemble un conte de fées mais cela peu devenir trés vite , en une fraction de seconde: une bien bonne réalité qui changera la politique et la vie en France a plus d' un titre.

  • Bravo Le Peuple Tunisien se souviendra du silence des politiques Français.
    Qu'avez vous à cacher Monsieur Sarkosi ?
    Vous avez des interets en commun avec M Ben Ali ?
    C'est honteux, vous n'avez même pas soutenu une révolution pacifiste, d'un peuple pacifiste, gouverner par un dictateur, dont vous aviez felicité la police exemplaire lorsque vous étiez Ministre de l'intérieure.
    Mais le peuple Tunisien aimera toujours le peuple français.
    Honte à vous

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La démocratie est un sujet que nous avons souvent abordé, et qui a été étudié depuis fort longtemps par de très nombreux intellectuels. Loin d’être notre horizon indépassable, elle a donné lieu à un certain mysticisme.

Mise en cause dès ses origines, ayant rencontré des difficultés inhérentes à sa nature dès son apparition dans la Grèce antique, la démocratie semble une fois de plus à bout de souffle et menacée non seulement dans ses fondements, mais dans son existence-même. D’où l’intérêt du débat engagé entre deux philosophes contemp... Poursuivre la lecture

Les démocraties donnent souvent l’impression d’être paralysées face à l’incertitude en se perdant dans des discussions sans fin. Face à cela, les régimes autoritaires sont vantés pour leur capacité à décider vite, et donc être plus agiles. Si la vitesse de décision d’un système centralisé et autoritaire est indéniable, c’est pourtant le système démocratique qui est avantagé face à l’incertitude.

La démocratie n’est-elle pas intrinsèquement fragile face à l’incertitude ?

C’est ce que me... Poursuivre la lecture

urgence sanitaire police covid pouvoir
13
Sauvegarder cet article

La semaine dernière, le monde découvrait un peu étonné que les Canadiens, loin d'être un peuple de mammifères mous et polis, comportait quelques individus qui, tout en restant fort corrects, ne voulaient pas se laisser faire : alors que la vaccination devenait obligatoire pour passer la frontière américano-canadienne, les routiers ont décidé de protester contre cette obligation en allant paralyser Ottawa, la capitale du pays.

Les premiers heures de stupeur passées, les médias grand public ont fini par relayer un peu la nouvelle tout en... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles