Le bâillon bolivarien

Quand Chávez s’aligne sur la censure chinoise ou cubaine d’Internet

Le pays caribéen est en passe de devenir l’un des rares pays du monde où un fournisseur d’accès à Internet peut être sanctionné pour pour permettre l’accès à des sites web où l’on trouve des messages anonymes, chose qui n’arrive qu’en Chine et dans deux ou trois autres pays.

Bien que, malheureusement, ce ne soit pas un cas unique en Amérique latine, le Vénézuela chaviste occupe une place privilégiée parmi les pays de la région où les exécutifs prétendent faire taire toute voix critique à l’égard du pouvoir. Sur un scénario continental où l’on voit se multiplier les lois destinées à réduire au silence les médias non contrôlés par les gouvernements, Hugo Chávez est depuis des années un exemple à suivre par des personnages comme le bolivien Evo Morales, l’équatorien Rafael Correa ou l’ancienne « première dame » et actuelle présidente argentine Cristina Fernández.

Maintenant, le Vénézuélien a de nouveau devancé ses pairs populistes de gauche avec une inattendue réforme de sa propre « loi bâillon ». Le vice-président chaviste, Elias Jaua, a déposé à l’assemblée nationale (jusqu’à la prochaine législature, avec une majorité gouvernementale écrasante suite au boycott par l’opposition des élections législatives d’où est issue la présente chambre) un projet de réforme de la « Loi de responsabilité sociale à la radio et télévision », connue sous le nom de « Loi ressort ».

Dans le texte remis à ce parlement « marionnette » sont incluses de fortes mesures de contrôle de l’Internet, seulement imaginables dans des pays comme le Vietnam ou l’Arabie saoudite. Bien que le système dans son ensemble ne soit pas pensé uniquement pour le réseau, son application à celui-ci ferait que seulement à Cuba ou en Chine il serait moins libre qu’au Vénézuela. Ainsi, le pays caribéen est en passe de devenir un des rares pays du monde où un fournisseur d’accès à Internet peut être puni pour permettre l’accès à des sites web où l’on trouve des messages anonymes, chose qui n’arrive qu’en Chine et dans deux ou trois autres pays.

La liste des contenus pour lesquels les médias, traditionnels et électroniques, peuvent être sanctionnés est aussi longue qu’absurde. Montrer ou décrire des scènes de violence fictive ou réelle (cette dernière n’est seulement autorisée que pour les informations et lorsqu’elle vient de se produire), mentionner l’existence de prostitution ou de consommation de drogue ou d’alcool sont des motifs suffisants pour qu’une entreprise de communication, y compris celle sur Internet, soit punie. Et, bien entendu, les motifs politiques ne manquent pas.

Bien que rédigées avec suffisamment d’ambiguïté pour qu’elles paraissent répondre à des nécessités de stabilité ou de convivialité, les interdictions en matière politique supposent un authentique frein à la liberté d’expression. Ainsi, sont punis, parmi beaucoup d’autres, tous messages que la gouvernementale Commission nationale de Télécommunications (Conatel) estime inciter ou promouvoir l’intolérance pour diverses raisons, y compris politique. Mais il y a deux cas particulièrement préoccupants qui rappellent les législations de pays comme Cuba ou la Chine. Sont punis les contenus que les autorités estiment avoir comme objectif de « semer la zizanie parmi les citoyens ou altérer l’ordre public » ainsi que ceux « irrespectueux envers les pouvoirs publics et les personnes qui en exercent les charges ».

Les fournisseurs d’accès à Internet pourront être punis pour avoir permis l’accès à tout contenu parmi ceux cités ci-dessus, tous présents sur le réseau. Seulement au travers d’un contrôle rigide, cher et compliqué de tous les contenus existants sur Internet pourra éviter d’être sanctionné quand le pouvoir le décidera. Face à cela, il ne reste plus comme remède que de bloquer l’accès à 99% du réseau et surveiller le pourcent restant, si jamais quelque opposant ose critiquer Chávez dans un réseau social ou une page web. Très similaire à ce qui se passe en Chine.

Article paru dans Libertad Digital le 10 décembre 2010.