« Nos gouvernants devraient faire preuve de plus de fermeté devant les marchés financiers »

Banques argent finance (Crédit : 401(K) 2013/Creative Commons)

Avec zéro déficit, De Gaulle pouvait se passer des banques

En répétant toute la journée que le pouvoir politique est « à la botte » du pouvoir financier, les journalistes et les représentants de l’opposition se gargarisent d’une lotion certes sucrée, mais confondante de mauvaise foi (ou chez les plus simples, de sottise). En effet, comment donner des leçons de morale aux marchés le matin, et y faire la manche l’après midi ?

Par Renaud Dozoul.

Quand même à gauche, on cite le général De Gaulle (qui inspire aujourd’hui jusqu’à Arnaud Montebourg) comme modèle de défiance vis-à-vis des « pouvoirs financiers », on oublie un peu vite que le Général-Président pouvait se le permettre pour une raison très simple : zéro déficit.

Un État qui se finance tout seul peut effectivement gourmander les acteurs de la finance, mais comment imaginer faire les gros yeux au marché alors que nous en sommes structurellement dépendants depuis 35 ans ? Comment se sentir libre vis-à-vis de son créancier quand le remboursement des seuls intérêts de la dette est le premier budget de l’État, devant celui de l’éducation ?

Les discours volontaristes en la matière, sont du niveau de l’adolescent qui crie « indépendance ! » à ses parents, en leur demandant de l’argent pour s’acheter ses baskets.

Il faut faire un choix : emprunter la moitié du budget de l’État tous les ans aux conditions qui nous seront offertes et ne pas espérer un centimètre de marge de négociation, ou bien faire un énorme ménage dans la dépense publique, diminuer la taille de l’État de moitié, réduire le déficit à zéro, et retrouver l’indépendance, seule condition de la liberté de ton et d’action face au marché.

Il n’y a pas de troisième voie. Le reste n’est qu’incantation, et déni de réalité. Et comme on le sait depuis 1924, la réalité est décidément très têtue.