Emploi des jeunes et des seniors

Le pacte de 1945, suivant lequel les actifs financent les études des jeunes et les retraites des seniors, est aujourd’hui dépassé

Le pacte de 1945, suivant lequel les actifs financent les études des jeunes et les retraites des seniors, est aujourd’hui dépassé. La part de la population qui supporte cette double charge s’est considérablement réduite : près de 80% des emplois en France sont assurés par les 25-55 ans, alors que ceux-ci ne représentent que 40% de la population totale. Cette concentration de l’activité économique n’est pas tenable : elle pèse sur la croissance et fragilise la solidarité entre les générations.

Encore faut-il ajouter que le chômage endémique depuis plus d’un quart de siècle a fragilisé les ressources salariales, que l’atmosphère intellectuelle et les politiques publiques n’ont guère compris depuis les années 1970 que le travail n’était pas un stock à partager mais une dynamique à nourrir. Au lieu de promouvoir d’abord l’activité de tous, on a rationné le travail par classe d’âge : aux adultes l’emploi, aux jeunes les études, aux seniors l’inactivité. Ce postulat, archaïque, s’appuie sur une idée fort simple mais totalement fausse : puisqu’il n’y a pas assez de travail pour tout le monde, il est impératif de l’allouer en priorité aux actifs entre 25 et 55 ans.

En un mot, le pacte traditionnel de solidarité s’est transformé en un pacte de sacrifice. Il tend de plus en plus à opposer les inclus aux exclus du système. Non seulement il ne contribue plus à assurer la cohésion sociale, mais il la menace.

Comment rencontrer les aspirations individuelles sans briser la solidarité nationale ? Comment permettre aux jeunes adultes et aux jeunes seniors de travailler, de gagner ou de conserver leur indépendance financière, d’exercer une activité tout à la fois rémunératrice et gratifiante sans négliger l’impératif de cohésion sociale ? Comment travailler autrement pour vivre autrement ? C’est l’objet d’un rapport de l’Institut Montaigne. Celui-ci étudie ce phénomène spécifiquement français par lequel les jeunes, de moins de 25 ans, et les seniors, au-delà de 55 ans, sont largement mis hors jeu de l’activité.

Son premier volet analyse la question d’un triple point de vue, démographique, économique et social, à la lumière de comparaisons internationales. Le diagnostic est catégorique : la situation française de monopole de l’emploi par une seule génération n’est plus tenable. Elle contribue à donner du travail la double image d’un mal nécessaire et d’un trophée inaccessible. Le pacte de solidarité de 1945 n’est plus viable.

Le deuxième volet s’attache à identifier les causes profondes de cette situation et les obstacles au développement de l’emploi des jeunes comme des seniors. L’objectif est de permettre aux uns et aux autres de redevenir les acteurs de leurs propres projets.

Le troisième volet livre des propositions concrètes pour promouvoir l’émergence d’une nouvelle économie du travail dans laquelle s’insèrent pleinement jeunes et seniors, en brisant la séquence monolithique traditionnelle – formation, travail, repos – pour lui substituer des trajectoires individuelles qui entremêlent à tout âge ces trois composantes.

Le dernier recense les acteurs qui peuvent contribuer à mettre en œuvre ces 15 propositions pour l’emploi des jeunes et des seniors.

Trois objectifs

1° Développer l’employabilité tout au long de la vie : d’une situation dans laquelle le diplôme initial détermine toute une vie, il est nécessaire d’évoluer vers un système où chacun peut bâtir et valoriser ses compétences en fonction de ses attentes et des besoins du marché.

2° Réduire les rigidités du système : la France s’illustre par un droit du travail particulièrement contraignant, qui crée des effets de seuil sécurisant pour ceux qui sont du bon côté de la barrière (en CDI ou personnels statutaires de la fonction publique). Nos propositions visent à lever ces obstacles au développement des carrières et à mieux garantir l’équité comme la reconnaissance du mérite.

3° Revaloriser le travail : il s’agit de faire évoluer les perceptions du travail afin de rendre l’entrepreneuriat et l’activité salariée plus attractifs.