Pas de gouvernement, pas de problème

Publié Par h16, le dans Édito

Dimanche dernier, dans un sursaut défaitiste, les Espagnols ont, comme d’autres avant eux, renoncé à l’absence heureuse de gouvernement et ont replongé avec morosité dans les affres de la politique politicienne : grâce à l’accord des socialistes du cru, Mariano Rajoy devrait finalement prendre la tête d’un nouveau gouvernement en Espagne qui n’en avait plus depuis 10 mois.

Quelle tristesse.

dr-evil-from-government-to-helpTout avait pourtant bien commencé puisqu’en décembre 2015, les élections législatives avaient permis d’aboutir à un parlement très morcelé et tiraillé entre différentes forces, dont aucune ne semblait pouvoir prendre la tête. Le Parti populaire (de Rajoy) perdait une soixantaine de sièges, qui ne sont pas revenus à l’opposition traditionnelle, le Parti socialiste. Ce sont finalement Podemos à l’extrème gauche, et Ciudadanos au centre qui récupèrent la déroute des deux principaux partis avec respectivement 69 et 40 sièges. Avec une telle répartition, difficile de faire s’entendre les différents courants politiques. La situation politique du pays s’en trouvera bloquée pendant 10 mois.

Or, pendant ces dix mois, alors que les politiciens se déchirent et se papouillent pour savoir qui prendra la tête du pays et comment se dépatouiller du bazar démocratique (une seconde élection, en juin, ne règlera pas le problème), la situation économique, elle, évolue nettement plus favorablement. Pendant son second trimestre, l’économie espagnole enregistre ainsi une croissance de 0,8% liée à l’augmentation des dépenses de consommation et de bonnes exportations. À l’année, les prévisions de croissance s’établissent ainsi à 3%, faisant mieux que la France, l’Allemagne ou les USA.

Government Demotivator

Ce regain d’activité économique se traduit d’ailleurs par une nette amélioration des salaires et de l’emploi. Si l’on y ajoute une année touristique exceptionnelle, l’Espagne profitant sans doute des déboires des pays méditerranéens touchés par les soubresauts terroristes, le tableau brossé est au moins aussi positif que la situation politique est, a contrario, tendue.

Y aurait-il un lien de cause à conséquence entre cette absence marquée de gouvernement pendant 10 mois et ces bons chiffres économiques ?

Difficile, dans ce contexte, de ne pas rapprocher le cas espagnol du cas belge, survenu il y a quelques années. On se souvient en effet des déboires du petit royaume lorsqu’en 2010 et 2011, confronté à une crise politique majeure si typiquement belge, le pays n’avait pu se doter de gouvernement pendant 541 jours (ce qui en fit un record homologué au Guinness, soit dit en passant).

from-government-to-helpOr, pendant cette période, le gouvernement sortant, en « affaires courantes », se retrouvait dans l’impossibilité d’engager de nouvelles dépenses, de lancer de nouvelles impulsions politiques et de partir en sucette dépensière comme on en a pourtant l’habitude dans ce genre de cas. Contraint à la sobriété législative, forcé à l’abstinence fiscale, la Belgique avait alors enregistré, exactement comme l’Espagne ces dix derniers mois, une période de prospérité remarquable qui lui avait alors assuré une croissance bien supérieure à 2% (pour 0.2% actuellement alors même qu’aucune crise politique majeure ne la secoue), la plaçant en tête des pays européens à l’époque.

Le schéma est troublant. Certains, nombreux, crieront à la pure coïncidence et se réfugieront dans cette explication hasardophile. Malgré tout, d’autres, plus avisés, noteront que les bons résultats économiques de ces deux pays sans gouvernement sont logiques.

En effet, l’absence de gouvernement signifie avant tout l’absence de budget spécifique voté pour financer les lubies et autres dadas idéologiques des politiciens. L’absence de gouvernement se traduit très concrètement par l’impossibilité pour nos ténors de lancer l’une ou l’autre idée dispendieuse, par l’incapacité de pousser ou de tirer sur l’un des pans économiques du pays, par la disparition des marges de manœuvres créatives en matière de finances publiques.

Ces deux exemples montrent en réalité en grandeur réelle que, dans un pays où règnent déjà des institutions fonctionnelles et un état de droit, lorsque que le gouvernement n’impulse pas, ne dirige pas, ne gouverne pas, n’intervient pas et ne décide pas à la place des individus et des agents de marché livrés à eux-mêmes, tout se déroule nettement mieux.

Autrement dit, si l’on part d’une situation où la société est globalement fonctionnelle, l’absence de gouvernement ou, mieux encore, son évanouissement et son placement en position latérale de sécurité permettent, mieux que toute autre politique, un retour de la croissance, des emplois et de l’équilibre budgétaire.

Du reste, est-ce si difficile à croire ?

terminator-from-government-to-helpEst-il si impensable d’imaginer que nos politiciens ne font, la plupart du temps, qu’agir en mouche du coche qui ne fait en définitive qu’agacer les marchés, irriter les consommateurs, harceler les contribuables et effrayer entrepreneurs, patrons et commerçants ? N’est-ce pas justement l’art d’un gouvernement efficace que celui de savoir se faire oublier ? N’était-ce pas même le conseil avisé de ces armateurs de Saint-Malo que Louis XIV visitait et auprès desquels il s’était enquis de savoir s’il pouvait faire quelque chose pour les aider dans leur concurrence avec les Anglais, pour les entendre répliquer « Non, Sire. Surtout ne faites rien ! »…

Alors que se rapprochent les élections (présidentielle d’abord, législatives ensuite), et alors même qu’avec le bal des primaires de droite, on assiste à une déferlante de programmes politico-économiques les plus grotesques, la question de la pertinence même d’un gouvernement mérite amplement d’être posée et ces deux exemples concrets et européens, en zone euro, donnent une parfaite illustration du bénéfice qu’on pourrait retirer d’une France politiquement coincée.

En effet, dans 7 mois, nous allons voter pour déterminer quel clown aura le droit d’occuper l’Élysée pour les cinq prochaines années. À l’heure où ces lignes sont écrites, les principales têtes d’andouilles affiche déclarées se résument à celles-ci : Mélenchon, Montebourg, Hollande, Juppé, Sarkozy, Le Pen. Aucun d’entre eux  ne peut prétendre renouveler quoi que ce soit dans la vie politique française puisque tous, sans exception, y traînent leurs guêtres depuis plusieurs décennies. Tous, sans exception, nous promettent d’intervenir massivement avec des gouvernements aussi resserrés qu’hyperactifs, avec des programmes de tripotage de l’économie dans tous les sens possibles (le parfum d’intervention change en fonction de la tête, l’intervention, elle, reste imposée). Petite chance dans ce marasme : tous n’auraient aucune coudée franche, aucune marge de manoeuvres pour leurs délires interventionnistes, à l’exception de Juppé, ce qui en fait de loin le candidat le plus dangereux.

Pourtant, la France n’aurait-elle pas plutôt besoin de faire une pause ? Ce pays ne serait-il pas mieux dans une longue crise politique de cinq années pendant laquelle aucune impulsion, aucune intervention, aucune nouvelle dépense pharaonique ne sera lancée, une période pendant laquelle aucune nouveauté catastrophique ne sera essayée au détriment de millions de contribuables, de millions de travailleurs, de millions d’entrepreneurs qui devront tous, au final, payer l’expérience au prix fort ? Ne serait-il pas temps de dire à tous ces aigrefins trop écoutés : « Surtout, ne faites rien » ?

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Sur le web

  1. Instaurons la jachère politique, un mandat sur deux !

    1. C’est pas con. Et le constat nous incitera a assurer la jachère deux mandats sur trois rapidement 🙂

      En fait, la panique des politocards espagnols, tout comme les belges avant eux, fut que le peuple se rendre compte que cela marchait mieux sans les parasites au dessus… D’où le compromis finalement trouvé, pour retrouver le trône et faire bouffer tous ces parasites …

  2. Le principe d’une administration autodécidée et donc volontairement financée n’est pas stupide. Les français approuveraient par referendum la création ou non voire fermetre d’une admin, sur une plage de temps données (tous les 2 ou 3 ou 4 ans) les budgets des admins seraient votés par referendum 🙂

    Utopique je sais, particulièrement dans un pays comme la France.

  3. Faisons ce break et que chacun retrouve ses responsabilités.

  4. La France n’a pas besoin d’un statu quo. Elle a besoin (entre autres) d’une coupe sévère dans les dépenses publiques. Sur cette question, le programme de Juppé est le suivant:
    Finances, investissements et déficit publics

    Rétablir l’équilibre budgétaire en 5 ans uniquement en baissant la dépense publique, à l’instar des autres pays européens, au lieu d’augmenter les impôts comme cela a été fait depuis 2010.
    Faire un effort de 85 à 100 Md€ d’économies pour résorber notre déficit structurel (57 Md€) et financer les baisses d’impôts (28 Md€), en réformant les retraites (20Md€), en supprimant 300 000 emplois publics (10 Md€), en révisant le périmètre d’intervention de l’Etat (10 Md€), en ramenant à l’équilibre l’assurance chômage (5 Md€) ou en luttant contre la fraude et abus du système social (7 Md€).

    1. h16h16 Auteur de l’article

      bullshits de première
      Pourquoi en 5 ans ? On peut faire 100 milliards d’économies très simplement en 1 an, il y a de nombreuses pistes ici (sur CP, sur mon blog). Cécile Philippe proposait plus de 60 milliards par an tous les ans.

      Juppé ne tiendra pas 1 de ses promesses pour gogos.

      1. Juppé = 0 – du Hollande sur le fond – du déjà vu et n’ a rien fait (sauf au niveau de son passif judiciaire) – Macron micron et cie – gauche et droite même résultat

      2. On peut certainement faire des économies beaucoup plus importantes que ce que promet Juppé.
        On peut aussi ne pas croire aux promesses de Juppé.

        Mais « surtout ne faites rien » signifie continuer avec les budgets actuels, donc aller dans le mur.

      3. 100% d’accord avec votre commentaire H16. J’ajoute que 100 mlrds de baisse de dépense publique, c’est insuffisant ! C’est 200 mlrds minimum le bon chiffre et c’est possible contrairement à ce que dit ce monsieur. Xavier Fontanet l’a démontré avec un plan à la clef. Il faut réduire les dépenses de l’État de 200 milliards annuels (c’est l’effort pour rétablir la compétitivité française et la mettre au même niveau que l’Allemagne) et s’attaquer VRAIMENT aux dépenses qui font mal – la gamelle des électeurs du PS : inutiles, assistés et profiteurs. Çà arrivera inévitablement, mais ça se fera dans le sang … Ben oui, faire ça, c’est attaquer frontalement la gamelle de tous ceux qui vivent sur le dos de la bête depuis des décennies, et ils ne vont pas se laisser faire. Ils ont avec eux la grande armée de tous les assistés et branleurs professionnels qu’ils nourrissent grassement depuis des décennies également, et qui votent pour eux.

      4. « Juppé ne tiendra pas 1 de ses promesses pour gogos. » Pour ceux qui auraient un doute sur une quelconque volonté de Juppé de tenir ses promesses, je vous renvoie à « sa méthode » particulièrement efficace en novembre/décembre 1995 (grâce à lui j’ai appris ce qu’était la traversée de Paris, à pied bien sûr!) et à son comportement dans le célèbre numéro avec l’ambassadeur de Chine au congrès du Meded il y a 2 ans…

  5. pas con du tout.
    et on pourrait aussi obliger les dizaines de milliers de politiciens à travailler pour gagner leur croûte…

  6.  » les cadeaux hors norme de hollande aux fontionnaires ; le budget 2017 prévoit 1,4 milliards d’euros d’avantages accordés aux agents ( sputnik ) ; ce serai une trés bonne chose de se passer de gouvernement because en france , côté dépenses , que dis je , dilapidation de l’argent des autres , on n’est pas au bout de nos peines ; franchement , c’est flippant ;

  7. Ces deux situations sont effectivement édifiantes et plaident largement en faveur de la célèbre réponse de Pompidou à un Chirac tout excité par de nouvelles propositions de lois : « Foutez-donc la paix aux Français ! ». Quelle misère que cette excellente stratégie n’ait pas été suivie d’effets.

    Je rejoins John Majeur dans son analyse, si des partis antagonistes ont pu trouver un accord, c’est devant la nécessité (pour eux) de continuer à faire croire au bon peuple qu’ils sont utiles. Si les citoyens commencent à s’imaginer que la situation va bien mieux sans cette clique de parasites, ils vont rapidement se demander aussi pourquoi ils leur coûtent si chers. Et là, la révolte n’est pas loin.

    Dans le même esprit, je doute que l’on trouve encore beaucoup de patrons qui soient prêts à dire à un Ministre « Surtout, ne faites rien ! ». Les mandataires auto-désignés ou cooptés des instances patronales « représentatives » ne sont pas mieux que leurs homologues « représentatifs » des salariés, c’est toujours plus d’aides/de moyens/de subventions/d’exonérations. Une entreprise qui a besoin de subventions est une société qui a perdu son marché et ses clients et mérite de mourir.

  8. intéressant article,qui démontre une fois de plus que ce dont ont besoin les acteurs économiques c’est la stabilité législative et fiscale….. et donc pas de gouvernement , pas de lois, pas de variation de ce cadre règlementaire et fiscal.
    Par contre en France ca ne marcherait pas car nous pourrions faire confiance à nos barons, président de région, pour nous balancer plein de dépenses inutiles et impovores !

  9. Sur Contrepoint, vous avez critiqué Juppe, arguant qu’il ne ferait rien, tel Chirac.
    si j’en crois votre analyse, c’est donc un Juppé qu’il faut souhaiter pour 2017 ?

    1. Il sera moins actif qu’un hyperactif, certes, mais le peu qu’il fera, ce sera juste ce qu’il ne fallait pas faire…

    2. h16h16 Auteur de l’article

      Juppé ne fera pas rien, mais fera tout et son contraire, pour satisfaire tout le monde donc personne.

  10. Toutes ces péripéties me rappelle une bien belle histoire :

    en Russie, les habitants d’un village ont présenté un chat aux élections municipales pour s’opposer a la très probable réélection du maire corrompu : le chat a gagné…

    J’ai le félidé, qui a 500 maires dans son carnet d’adresses ?

    1. Se passer de gouvernement, ce serait bien, mais il faudrait aussi se passer des parasites locaux, conseils municipaux, départementaux et régionaux, qui en matière de dépenses publiques inutiles sont bien pires que l’Etat…

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