Police nationale : le naufrage d’un commandement politisé

Publié Par Éric Verhaeghe, le dans Police et armées

Par Éric Verhaeghe.

Enfin, ça éclate ! la crise du commandement à la police nationale, évoquée dans ces colonnes de longue date, devient une affaire publique. En dehors de leurs organisations syndicales, les policiers manifestent spontanément le soir pour dénoncer l’abandon dans lequel ils se trouvent de la part de leur hiérarchie pour effectuer leurs missions de maintien de l’ordre. Et, une fois de plus, cette même hiérarchie policière manifeste toute son incompétence et son incapacité à gérer la situation…

Le ras-le-bol de Pinot simple flic

Pour tous les grands défenseurs de l’État comme solution universelle aux problèmes du pays, l’expression de ras-le-bol à laquelle nous assistons rappelle qu’il n’est pas pire employeur que ce fameux État prétendu défenseur de l’égalité et des droits sociaux. Aucune entreprise ne pourrait en effet survivre avec un management aussi éloigné des réalités et autant coupé de sa base.

La hiérarchie policière peut d’ailleurs se targuer de disposer de collaborateurs aussi patients. Ce ras-le-bol aurait pu, et même aurait dû, éclater de longue date.

L’évident abandon des policiers de terrain

Que la hiérarchie policière se désintéresse de sa fonction managériale, qu’elle soit beaucoup plus occupée à faire carrière qu’à garantir la sécurité des citoyens est une évidence qui déchire les yeux. Tous ceux qui vivent dans les quartiers difficiles savent que la police nationale y souffre de graves disparités dans l’affectation des effectifs, dont la hiérarchie policière porte directement la responsabilité, et d’une paralysie quotidienne due au manque d’engagement du management dans la prise de responsabilité.

C’est ainsi que, au jour le jour, l’ordre de la société se délite et qu’un sentiment d’impunité se développe parmi les racailles.

La faillite de la cogestion syndicale

Pour garder le contrôle de la situation sans se remettre au travail, la hiérarchie policière a pratiqué la cogestion syndicale. Le jeu était simple : il consistait à neutraliser le combat syndical en nourrissant une bureaucratie aux ordres. Ce système a retardé l’émergence de la contestation, pour un prix finalement limité.

Le sidérant mépris de la hiérarchie

Personne n’a échappé à cette image sidérante du directeur général de la police nationale, Jean-Marc Falcone, à l’abri des vitres fumées de sa voiture de fonction, refusant d’entrer en contact avec ses salariés en colère et filant à toute vitesse pour leur échapper. Imagine-t-on un patron de grande entreprise contesté par ses employés donner ce spectacle désolant ? On trouverait facilement une troupe de parlementaires pour demander des sanctions immédiates.

Pourquoi l’accepte-t-on d’un haut fonctionnaire ? Pouvait-on donner meilleure illustration du mépris aristocratique de la hiérarchie policière pour le flic de base ? Pouvait-on mieux démontrer le désintérêt de la hiérarchie pour le management ?

Jean-Marc Falcone, symbole de la politisation de la haute fonction publique

Et qui est Jean-Marc Falcone, le directeur général de la police nationale ?

Cet homme devenu commissaire de police en 1979, ancien collaborateur de Jean-Jack Queyranne et de Christian Paul (dont il fut directeur adjoint de cabinet au secrétariat d’État de l’Outre-Mer), est devenu préfet sous la droite. Mais son retour à Matignon en 2012 lui a permis de faire la « culbute » vers la direction générale de la police nationale en 2014, à l’occasion de l’arrivée de Bernard Cazeneuve.

Dans la pratique, Falcone n’est plus « flic » depuis 1990. Est-ce bien raisonnable ?

Psycho-rigidité et indifférence comme valeurs managériales

Jean-Marc Falcone porte et déploie manifestement les mêmes valeurs managériales que son ministre Bernard Cazeneuve. On voit bien la technique du « nous sommes infaillibles » et du « circulez, y a rien à voir ». Comme Cazeneuve, Falcone réagit à la contestation spontanée par la menace.

Son choix de ne pas recevoir les manifestants et d’ordonner une enquête administrative pour intimider ceux qui expriment leur ras-le-bol et font usage d’un droit d’expression courant dans le secteur privé donne une démonstration parfaite de ces traits de caractère. « Oignez malins, poignez vilains ! ».

La technostructure policière à la manœuvre

On pourrait se consoler en pensant que le phénomène est lié à une majorité parlementaire. Les débats qui ont suivi les événements de Viry-Châtillon ont malheureusement montré que le problème ne tient pas à une majorité politique de circonstance, mais aux manœuvres d’une technostructure en bonne et due forme. De droite comme de gauche, la technostructure policière a pris le contrôle de l’appareil d’État et en a fait sa chose.

Le contrôle citoyen n’y a manifestement plus sa place. Dans une période marquée par la menace terroriste, cette situation pose un vrai problème…

Sur le web

  1. Oui, c’est un vrai problème…
    il faut aussi parler du problème de nos banlieues:
    Légalisons la drogue (notamment cannabis), production, importation et distribution sous contrôle de l’état…
    cela siphonnera cette économie souterraine qui produit nos petits et grands caïds.

  2. Je ne sais pas qui a raison ou tort, mais en tout cas l’état donne l’image d’être plus dur avec la police qu’avec les délinquants.

    Fin de règne de plus en plus difficile …

    1. En utilisant les mêmes mots pour les décrire, l’état conduit à une mise à égalité peu flatteuse.

  3. J’ai déjà dit, dans un précédent commentaire, qu’il fallait détruire l’ENA, comme les Romains demandaient de détruire Carthage : « delenda est Carthago ».
    Parce que l’ENA n’est plus, comme en 1946, un Institut de Formation des Fonctionnaires en charge d’accompagner la reconstruction du pays ; mais c’est devenu un lieu de formation à la prise du Pouvoir et sa conservation héréditaire : les fils d’énarques font l’ENA.
    Le Pouvoir doit être repris par les citoyens pour qu’ils appliquent une politique de bon sens : les voyous et malfaiteurs sont arrétés et punis. Quand ils attaquent la Police ou la Justice, symboles de l’Etat, ils sont lourdement punis, sans aucune rémission de peine possible.
    Quand ce sont des étrangers qui viennent commettre leurs méfaits en France, tous leurs biens doivent être confisqués et les malfaiteurs et leurs familles expulsés dés le jugement prononcé.
    Parce que si les malfaiteurs étrangers n’étaient pas protégés par leur famille qui jouit d’une impunité totale, ils n’auraient pas la même facilité pour commettre leurs exactions.
    Dernier point : les politiques, de tendance rose ou verte ou « autre », qui ont couvert par leurs agissements la destruction de ce pays doivent être traduits devant les Tribunaux pour « tentative de déstabilisation de la démocratie au profit d’intérêts étrangers ».

    Démocratie : du Grec DEMOS CRATOS : le Pouvoir au Peuple, pas à un quarteron de jouisseurs incapables.

    1. Comme l’a bien exposé H16 l’an passé, nous ne sommes plus en démocratie mais en ochlocratie : c’est le petit groupe le plus virulent et qui gueule le plus qui gagne…

    2. C’est quoi le rapport avec l’article ? Le Dg de la police est tout sauf énarque. … Le mépris affiché là par le pouvoir relève davantage de la manifestation de l’ego que d’une particularité inhérente à telle grande école. Car je crains que toutes les grandes écoles produisent leur quote-part d’individu à la morgue démonstrative, et même des petites écoles, y compris celle de la vie.

  4. entre la racaille d’en haut ,intouchables , et la racaille d’en bas protégée par les intouchables , on n’est pas sorti du sable ; c’est triste à dire , mais si on touché un peu aux allocations de ces familles dont les parents se lavent les mains de l’éducation de leur nombreuse progéniture…..l’argent à un gros pouvoir , cela influerait certainement sur la mentalité de ces gens là qui laissent trainer des jeunes qui n’ont pas 18 ans et dont ils sont censés être responsables ;

    1. Hummm… en clair, ça donne quoi ? Quel rapport direct avec l’article ?
      Je sens poindre comme un petit soupçon de « banlieusophobie » dans ce commentaire, pour ne pas dire plus (racaille, allocations, nombreuse progéniture, et .).
      Marie, mari…ne,… MLP, sort de ce corps !

    2. C’est trop demander aux politiciens de métier. Hélas

  5. Ce que nous entrevoyons dans la police, vous pouvez l’étendre à tous les domaines soi-disant gérés par l’Etat.

    – L’Education Nationale? totalement dépendante des syndicats carriéristes, totalement inefficace, et produisant des analphabètes en série, et transformant le Baccalauréat en papier toilette.

    – La Santé? un gouffre financier inconcevable, au oint que la ministre tournesol a dû imposer les mutuelles à tous les français, ce qui revenait à doubler les cotisations sociales tout simplement. Beau tour de passe-passe.

    – Les Transports? faut-il rappeler l’incompétence systématique de l »Erar et de ses représentants, avec un syndicat qui fait la pluie et le beau temps, pendant que les usagers obtiennent un serbe déplorable.

    – Les Entreprise nationalisées gérées par l’Etat, telles EDF et Areva? des milliards de défictif, des avantages intolérables payés par les citoyens.

    – Les Observatoirs divers et avariés? où notre classe politique recase allègrement ses apparatchiks à prix d’or, pour ne rien faire? y compris recaser les
    dirigeants syndicaux.

    L’Etat omnipotent et omniprésent fait tout, mais mal, au double du prix, et en toute irresponsabilité. Voila qui explique pourquoi tous les syst!mes communistes et socialistes confondus dans le monde ont mené leurs pays dans des catastrophes économiques et sociales.

    1. Oui, tout ce que les socialistes touchent, peu importe qu’ils soient de gauche ou de droite, finit par s’effondrer, destin inéluctable des institutions humaines devenues immorales. L’Etat socialiste obèse est impotent par excès d’omnipotence, d’incompétence et de corruption.

      Pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être, il convient de réduire l’Etat en urgence pour le recentrer sur l’essentiel, le domaine régalien strict. Par conséquent, 7 secteurs économiques doivent être intégralement privatisés, rendus au secteur privé concurrentiel qu’ils n’auraient jamais dû quitter : retraites, santé, éducation, logement, énergie, transport, culture.

    2. – Vous oubliez le pouvoir judiciaire !

      1. C‘est tout aussi nul que de tenter de diviser éternellement Policiers et Magistrats, ce qui est aussi un non sens !!
        Un Magistrat est un Fonctionnaire d’État qui fait ce qu’il peut avec les instructions du politique auquel il ne peut pas déroger. Il y a une pseudo indépendance de la Justice en France. Ce n’est qu’un leurre.
        La Chancellerie est là pour faire tampon entre le politique et la Magistrature et faire transiter les instructions et ou désidératas de ces messieurs des Ministères … suivant le pouvoir en place … !
        Pour la plupart, les Magistrats sont tout aussi désabusés que les flics, ils ne font pas non plus ce qu’ils veulent mais ce qu’ils peuvent et en exécution des instructions reçues !!!

  6. Merci pour cet article. Il est bien dommage que ce genre de critique au sujet de la haute hiérarchie policière ne trouve pas un plus grand écho car elle est au cœur des problèmes de sécurité du quotidien.
    Vous démontrez bien que la police n’est plus qu’une fonction publique comme les autres pour un quarteron de hauts fonctionnaires irresponsables, qui ne la voit plus que comme un moyen de faire carrière et acquérir du pouvoir avec le cortège de privilèges et de passe-droits qui l’accompagne dans ce pays.
    Du reste, l’actualité très récente confirme cet état de fait, les policiers en étant réduit à exprimer leur ras-le-bol EN DEHORS des syndicats censés les représenter er relayer leurs revendications. Cela marque une étape supplémentaire du divorce entre la base et la hiérarchie.
    Je trouve scandaleux que Cazeneuve en appelle à l’éthique des policiers pour cesser leur mouvement. C’est savoureux de la part de quelqu’un qui en est sévèrement dépourvu et qui n’a aucune morale, aucun scrupule. Il ne sait que manier le bâton et utiliser la peur pour tenter de garder la face.
    Personnellement, si j’étais lui, je ferai un peu plus profil bas. Il a l’air d’oublier que ce sont les mêmes policiers qui le protègent lui et toute sa clique. Des terroristes pour l’instant, mais aussi de la colère qui gronde dans le pays. Un accident est si vite arrivé…

  7. Réactions faciles, … stupides et puériles … même voire aussi également simplistes de dire que c’est la faute d’un autre parti politique …. C’est complètement irresponsable et ça prouve la déconnection des politiciens avec la réalité de la vie quotidienne des français !
    Que ces remarques soient Valsiennes ou Cambadélisiennes !!! c’est irresponsable !!!
    Déjà, il y a 30 ans bientôt, dans des quartiers Rouennais (76) et ailleurs (Nord MARSEILLE, LYON etc) les policiers subissaient déjà des guet-apens par des
    « jeunes d’une quinzaine d’années « pilotés » par des «  »grands frères » ». Il y a avait déjà une économie souterraine.
    Tout cela était dénoncé à la hiérarchie et AUX POLITICIENS … qui se disaient déjà… comprendre…
    Intervenir dans ces quartiers sensibles n’est plus du ressort de Policiers qui ne sont pas formés à ça mais ce devrait être confié à l’Armée !! c’est devenu de la guérilla urbaine par moments et ça depuis longtemps sans que les politiciens s’en inquiètent !!!!
    La réforme de la Police n’a rien arrangé. Maintenant, comme avant, le corps des Commissaires et Hauts Fonctionnaires commande et dirige la Police Nationale. Mais maintenant, avec cette réforme, le corps des Officiers les seconde… donc les Officiers qui, avant travaillaient avec la base, ils ne le font plus puisqu’ils sont au côté des Commissaires à les « seconder ».
    C’est devenu d’un carriérisme / élitisme qui dépasse de loin le/les intérêts publics et ou de la sécurité du citoyen …, carriérisme / élitisme auquel n’échappent pas les responsables syndicaux non plus, … et pendant ce temps là, une minorité se tape tout le boulot avec des risques accrus et un refoulement qui remonte sur plusieurs décennies.
    Il y a aussi, entre autres choses encore, le fait qu’il est demandé de respecter déontologie, règlements, discipline, moralité etc etc etc
    alors que les politiciens eux-mêmes qui sont, rappelons-le, les législateurs …. ne sont pas les premiers à donner l’exemple, bien au contraire.
    Automatiquement, aujourd’hui, avec internet et les sources/moyens de communication actuels, des anciens comme FALCONE ou d’autres ne sont plus à leur place et il y aurait fort à faire pour que les Policiers de la Police Nationale aillent mieux … mais ce ne sont pas avec des carriéristes ni des énarques que ça peut s’arranger.
    La refonte de la légitime défense est vaguement évoquée mais personne ne s’y penche vraiment …, les Policiers NATIONAUX n’ont pas de prime de risque ni de droit de grève/manifester … et pas de logement de fonction et sont moins payés que les Gendarmes et MËME les POLICIERS MUNICIPAUX !
    C’est scandaleux !!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    1. Que voulez vous, ce sont des politiciens de métier. Leurs connaissances sont très limitées.

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