La théorie des sentiments moraux, d’Adam Smith (2)

Publié Par Johan Rivalland, le dans Philosophie

Par Johan Rivalland.

Suite de notre exploration de l’ouvrage du célèbre philosophe et économiste écossais. Première partie ici

Du sens du mérite et du démérite, De la justice et de la bienfaisance

Adam Smith se livre à une analyse très fine des notions de gratitude et ressentiment, mérite et démérite, qui régissent les rapports humains, ainsi que de conscience, remords, crainte du châtiment, nature humaine et besoin de vivre en société, amitié et estime, amour et affections réciproques, gratitude, jusqu’aux notions de justice et d’injustice et de droits naturels ou acquis, qui leur sont liés.

Le sens profond de l’observation, de la psychologie humaine, du caractère quasi-inéluctable et intemporel (répétons-le) me semble rendre plus compréhensible la célèbre notion de « main invisible » que l’on trouvera plus tard dans La Richesse des Nations.

On mesure à quel point la description de ses mécanismes est purement factuelle (alors qu’elle a été, et continue d’être, si critiquée). Il s’agit bien là de l’œuvre de l’observation du philosophe et fin psychologue plus que de la caricature d’homme engagé qu’on voudrait en établir.

De l’influence de la fortune sur les sentiments de mérite ou démérite des actions

Le célèbre philosophe analyse ensuite l’influence de la fortune sur les sentiments de mérite ou démérite des actions, s’appuyant sur les notions précédentes de gratitude, estime ou ressentiment.

Et, pour finir, dans un troisième chapitre, il examine la cause de l’irrégularité des sentiments, insistant sur la valeur des actes, plutôt que des intentions.

« Il ne doit pas se satisfaire d’une bienveillance indolente, ni s’imaginer être l’ami du genre humain parce qu’en son cœur il souhaite que le monde soit prospère ».

Ce qui inclut son pendant négatif, puisque nul ne doit être jugé ou condamné pour ce qu’il pense, si aucun crime n’a été commis. Cela relèverait de la barbarie et de la tyrannie, voire du « tribunal d’Inquisition ».

Inversement, si un homme a occasionné des maux sans en avoir l’intention (par exemple accidentellement ou comme dans le cas d’Œdipe et Jocaste, qu’il cite), il ne saurait être jugé coupable. C’est alors sa conscience et son sens des responsabilités  (Adam Smith ne cite cependant pas encore ces termes) qui devront guider sa manière de se comporter à l’égard de ceux qui auront souffert des conséquences de son acte involontaire, sans qu’il doive injustement supporter le poids d’une culpabilité qui n’est pas sienne.