Après le Brexit, l’Europe doit évoluer

Publié Par Jacques Garello, le dans Europe

Par Jacques Garello.

Le sommet de Bratislava n’a pas permis de mettre l’Union Européenne sur une nouvelle voie. Personne n’a été déçu, puisque personne ne s’y attendait, en dépit des audaces médiatiques. Le problème européen reste donc entier. Ce n’est pas nouveau, dès son lancement la construction européenne a été bancale : Europe puissance ou Europe espace ? Economie dirigée contre économie libre, protection contre ouverture, intégration contre décentralisation, etc : l’Europe n’a cessé de souffrir de ce non choix. Pouvait-on faire en quelques heures un choix qui n’a pas été tranché en soixante dix ans ? Pourtant, en apparence, il y a urgence : le Brexit a changé la donne, l’avenir de l’euro est incertain, l’immigration inquiète.

Choisir l’Europe de la liberté

Pour les libéraux, le choix a toujours été et s’impose aujourd’hui plus que jamais : l’Europe de la liberté. C’est le choix d’un espace ouvert, avec les quelques règles simples et les institutions minimales qui s’imposent pour assurer la circulation des produits, des entreprises, des capitaux et des hommes. Les libéraux refusent d’aller plus loin dans l’émergence d’une administration européenne centralisée et dirigiste.

L’ouvrage récent de Joseph Stiglitz, le prix Nobel d’économie le plus hétérodoxe et le plus gauchiste qui soit (ce qui n’avait pas empêché Nicolas Sarkozy d’en faire l’un de ses conseillers) rappelle la voie socialiste : intégration accélérée et harmonisation forcée de l’Europe et rupture de la zone euro, pouvant aller jusqu’à la disparition complète de la monnaie unique. Toutefois Stiglitz marque bien sa différence avec Marine Le Pen : pas question de retour à la souveraineté nationale.

L’Europe solidaire de Stiglitz

L’important à ses yeux est que l’Europe marque sa solidarité en exigeant de l’Union qu’elle garantisse tous les avoirs bancaires de tous les pays, débouchant ainsi sur une mutualisation des risques : Allemands et autres doivent garantir les effets des erreurs de gestion des financiers grecs, ou espagnols. Une grande redistribution doit permettre d’accélérer la croissance des pays les plus pauvres et de freiner celle des plus riches. Le résultat serait assuré à coup sûr si l’Allemagne sortait de l’euro : elle serait pénalisée dans son commerce extérieur alors que les autres pays de la zone seraient avantagés par une dévaluation compétitive de la monnaie unique qu’ils continueraient à utiliser.

On peut décrypter la position saugrenue et incompréhensible de Stiglitz : l’important c’est de rompre avec les politiques de rigueur budgétaire. L’Union a fait fausse route en imposant la « règle d’or » et en pratiquant pendant trop longtemps des taux d’intérêt élevés (influence de Trichet) alors que les Américains avaient déjà choisi les « accommodements monétaires » (quantitative easing). La nouvelle voie, c’est donc celle de Mario Draghi, c’est celle des débordements budgétaires et des dettes publiques de Tsipras et Hollande. C’est celle des Etats qui revendiquent leur souveraineté pour vivre au-dessus de leurs moyens, et au détriment des autres, solitaires par traité.

Quelle alternative européenne ?

On en vient ainsi au terme essentiel du choix européen : faut-il construire l’Europe pour qu’elle apporte aisances budgétaire, monétaire et financière aux Etats et à la classe politique, ou pour qu’elle réduise le périmètre de tous les Etats par le jeu de la compétitivité marchande et institutionnelle ?

En fait, les Européens, y compris leurs dirigeants politiques, ne sont pas tout à fait maîtres de leur choix. Qu’ils s’en réjouissent ou s’en lamentent, la mondialisation est un fait inéluctable. Certes on peut toujours évoquer le spectre d’une guerre économique dérapant en conflit armé – ce qui s’est produit dans les années 1930 – mais autant croire à l’apocalypse nucléaire éliminant un milliard d’habitants de la planète. En restant dans le domaine du raisonnable et du probable, l’émergence des nouveaux partenaires dans les échanges commerciaux et financiers mondiaux ne permet pas à l’Europe de s’ériger en forteresse imprenable. Le développement du numérique a effacé toutes frontières. Par réalisme, et souvent aussi par amour de la liberté, beaucoup de pays n’acceptent pas la voie de l’isolationnisme.

Le problème de l’immigration

La pierre d’achoppement est certainement l’immigration, mais elle peut se régler à moyen terme sous le triple effet d’un retour à la paix au Moyen Orient et en Afrique centrale, d’une accélération de la croissance dans des économies européennes libérées de leurs contraintes étatiques et créant emplois et mobilité, d’un retour aux valeurs européennes dont les racines chrétiennes imposent le triptyque liberté – responsabilité – dignité.

Certes le terme est moyen, et les ajustements devront être permanents, mais la venue en Europe d’un supplément de dix millions d’êtres humains (chiffre hypothétique) ne représente que moins de 2 % des Européens habitant l’Union actuellement (510 millions). L’Europe peut-elle relever le défi ? Seulement si elle rompt avec le socialisme, ses fables, son irresponsabilité.

Cette rupture est-elle possible ? En fait la France et ses alliées d’un moment constituent un bloc résistant à toute évolution significative, et refusant toute logique économique et sociale. Hollande et Tsipras en sont les figures de proue, ils pactisent avec les opposants à Angela Merkel. Ils incarnent le vrai danger qui menace l’Union Européenne. Pour combien de temps ? Les scrutins à venir dans les prochains mois seront décisifs. C’est une raison supplémentaire de choisir le vote libéral.

Sur le web

  1. Merci pour votre analyse.
    Plus simplement, je pense que l’Europe ne pourra jamais fonctionner parce qu’une monnaie unique pour 28 pays complètement différents et aux intérêts et niveaux complètement disparates est un non sens.
    Ensuite, gouverner à 28 pays de sensibilités complètement différentes ne fonctionnera pas non plus.
    Je ne partage pas le fait que la mondialisation soit inéluctable, c’est la dictature que voudrait nous imposer les marchés financiers et les banques mondiales pour dominer le monde avec quelques multinationales et l’appui du FMI et la banque mondale.
    Rien ne nous empêche de faire autrement pour ne pas être en concurrence avec des pays qui font travailler des enfants ou des miséreux 15 heures par jour pour 2 à 3 euros, ce qui est une ignominie pour eux et pour nous qui voyons disparaître nos entreprises une par une depuis l’avènement de l’Europe…
    Le seul sens intéressant qu’aurait l’Europe pour ses habitants serait de décider d’ouvrir une autre voie plus humaine et solidaire et qu’elle défende les intérêts de ses habitants plutôt que ceux des financiers, voir la triste porosité entre les banques et multinationales avec nos élites européennes.
    Enfin en étudiant de plus près l’histoire de l’Europe, elle n’a pas été crée pour le bonheur des citoyens, voir ses premiers fondateurs, ça c’est la propagande officielle qu’on nous vend à longueur de journaux subventionnés bien que les résultats soient catastrophiques.
    Cordialement.

    1. Il me semble que pour l’euro, on confond la monnaie commune, à mon sens parfaitement compatible avec une vision libérale de l’Europe, et la monnaie unique qui impose un nivellement obligatoire à terme par le biais de toujours plus de règles, de centralisation et de privation de libertés.

    2. Quid du Franc CFA ?
      Quid du Rouble /Fédération de Russie : 21 Républiques très différentes :langues race culture niveau de vie … .
      Quel rapport entre les habitants de la république de SAKHA et ceux de St Pet ?

  2. j aime bien le dernier paragraphe. L auteur vit dans un monde parallele (deja penser qu une institution avec un minimum de regle ne va pas tourner a la foire d empoigne ou a la magouille generalisee (eh oui, on peut faire mieux que la concurrence en faisant de meilleurs produits mais aussi en trichant voire en utilisant des mafioso accidenter le concurrent). Le pompon etant de le final sur l immigration.
    Deja penser que la paix peu régner au moyen orient dans un avenir proche est disons très ose. Mais ignorer la demographie est carrement risible.
    L afrique va doubler de population. et ce milliard d humain supplémentaire va pas rester crever de faim chez lui … On est donc loin de l hypothétique 10 millions evoque ici. Et l auteur oublie un second parametres: ses fameux 10 millions vont conserver (au moins pour un certain temps) la natalite de leur region d origine (niger =7 enfants par femme) et ne vont pas se disseminer sur tout le territoire de l UE. On va donc rapidement avoir de forte concentration dans certains endroits.
    Reste a savoir si donnera des 93 ou non…
    Il est clair que si on continue a faire une politique debile où on encourage le lapinisme (allocation familiale), n expulse pas les criminels mais taxe enormement le travail et ne forme pas les arrivants (venant de pays du tiers monde, il faut pas rever, vous allez avoir des bac-5 en masse) on va droit vers le clash

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