Jessica Jones sur Netflix, l’anti-série française

Publié Par Victoria Melville, le dans Culture, Télévision

Par Victoria Melville.

Jessica Jones, série NetflixJessica Jones aborde des thèmes complexes

Jessica Jones est une jeune femme traumatisée. Elle a subi l’influence dévastatrice d’un homme, Kilgrave (exceptionnel David Tennant), qui l’a poussée à commettre des actes qu’elle réprouve profondément. Elle a néanmoins réussi à se sortir de son emprise. C’est un cas classique de stress post-traumatique. Et c’est ce qui constitue l’élément central de la série. Elle tente ensuite de reconstruire sa vie en se réinventant un personnage de détective privé. Antihéros par excellence, elle cède à la boisson, au sexe facile et, occasionnellement, à la violence décomplexée.

La particularité de cette série est tout d’abord la complexité des thèmes abordés. En effet, bien que nous nous situions dans un univers Marvel, la part fantastique est extrêmement faible dans la construction de la série. En revanche, elle affronte de manière très soignée et pudique des sujets aussi délicats que la violence envers les femmes, la sexualité, en particulier féminine, ainsi que le viol. Toutefois, le traitement de ces sujets n’est jamais ni vulgaire ni facile.

La particularité du personnage de Jessica Jones au sein de l’univers Marvel est sa très importante force physique. Elle peut sauter plusieurs mètres de haut, soulever une voiture avec un petit doigt… ou tordre un cou en un rien de temps. Cependant, cette force physique ne s’accompagne pas nécessairement d’une force psychologique à toute épreuve. C’est bien là l’intérêt de la série : le personnage est certes profondément moral mais aussi terriblement vulnérable.

La série voit se dérouler sur treize épisodes la lutte entre Jessica et son ennemi juré, Kilgrave. Celui-ci est tout simplement capable de prendre le contrôle de ses semblables. D’abord préoccupée de se cacher de Kilgrave, en particulier pour ne pas causer d’autres dégâts, Jessica doit apprendre à vaincre son traumatisme et ses peurs.

L’air de rien, Jessica Jones est une série féministe

Sans chercher à trouver du féminisme partout, Jessica Jones est une série qui fait du bien. Le personnage principal, fort, héroïque mais réaliste, est une femme. Une vraie femme. Ce n’est pas un homme déguisé en femme, ou le contraire d’ailleurs. Sans jamais tomber dans le larmoyant, Krysten Ritter donne une épaisseur remarquable à ce personnage, tantôt victime de sévices spécifiquement dirigés contre les femmes, tantôt héroïne de comics aux pouvoirs fantastiques.

La plupart des autres personnages féminins jouent un rôle de renfort extrêmement puissant à l’égard de Jessica. C’est notamment le cas de sa sœur d’adoption, Trish Walker (Rachael Taylor) mais également de son amie avocate Jeri Hogarth (Carrie-Anne Moss). Le personnage de Luke Cage (Mike Colter), autre mutant surpuissant, apporte étonnamment peu au déroulé de la lutte. En revanche, il contribue à l’épaisseur du personnage, éclaircissant le contexte, le passé mais aussi les faiblesses de Jessica.

In fine, les qualités les plus valorisées sont très intéressantes. Le sens de l’honneur y joue un rôle central, comme un fil rouge. Ce qui permet ensuite de faire avancer l’histoire est la résilience des personnages. Ni leur force physique ni leur sensibilité. Ces qualités n’apparaissent presque jamais dans les productions françaises, plutôt axées sur le spectaculaire ou la sensiblerie de bas-étage.

Une réalisation de grande qualité

Naturellement, ce qui distingue cette série est la qualité de la réalisation dans son ensemble. Le choix des interprètes est essentiel ici mais ne fait pas tout. La qualité de l’écriture doit être soulignée. La progression dramatique est parfaitement maîtrisée. Chaque épisode contribue à l’intrigue ; aucune minute n’est inutile.

Tout est soigné et rien ne dénote. Le générique est une réussite, de même que toute la bande originale. On l’a déjà dit, mais le casting est remarquable. La réalisation est efficace, subtile mais dynamique. Elle parvient à créer une véritable ambiance durant toute la série.

En toute honnêteté, je n’ai rien à reprocher à cette série dont j’ai regardé les treize épisodes avec un égal plaisir. C’est donc avec joie que j’apprends le renouvellement de la série.

La TV française aurait beaucoup à apprendre à regarder ce type de réalisation. Si Netflix veut proposer des productions françaises, un énorme travail sera nécessaire pour parvenir de Marseille , parangon du mauvais goût et de la réalisation bâclée, à Jessica Jones.

  1. le secret de toutes ces bonnes series : la psychologie des personnages , des héros mais torturés comme ce n’est pas possible , pas de simple toile cirée a la française (voir plus belle la vie) sur laquelle le scénariste dépose tout ce qui lui passe par la tête et sans aucune cohérence

    1. Depuis longtemps maintenant la France repousse la fiction. La production française se veut réaliste et « politiquement engagée »… et pour l’engagement politique ça veut dire être lisse comme pas possible, ne proposer aucune problématique véritable si ce n’est des choses très naïves du type « aimez vous les uns les autres » ou « ce qui nous relie est plus fort que ce qui nous sépare »… des trucs complètement mièvres.
      Quand ce n’est pas mièvre on a l’impression que la caméra est posée et qu’on filme la réalité : pas d’enjeu, pas de symbolique… un peu dans la lignée de cette aberration du nouveau roman. Ainsi quand on fait une série sur l’hôpital, on voit des médecins, des patients, des maladies et les problèmes abordés sont ceux des hôpitaux, les uns après les autres… il n’y a aucune structure, aucune couche, aucune articulation, aucune signification particulière. Alors que dans une série américaine sur l’hôpital, c’est Sherlock-Holmes (par exemple, avec BHouse), et on aborde tout un tas de questions qui touchent à notre humanité avec des histoires qui en elles-mêmes sont improbables mais qui nous touchent, qui veulent dire quelque chose. C’est à dire que la simple monstration du monde est en fait plus fictive et mensongère (c’est une simple image sur un écran) qu’une bonne mise en scène.

      La fiction américaine s’égare parfois (de toutes manières elle nécessite du talent) en grossissant les traits de leurs archétypes parfois jusqu’aux stéréotypes, en proposant aussi des sous-textes mièvres (mais bon, au moins il y a sous-texte), en se perdant à travers trop de rebondissements… etc. On est aussi parfois frustré quand on sent, comme dans Civil War, tout le potentiel initial qui n’est pas exploité pour s’empêcher d’être clivant et ainsi espérer toucher la plus large audience. Pour le coup je crois que le cinéma des années 2000 (avant 2008) prenait plus de risque et proposait un traitement plus clivant des enjeux. Ce qui est intéressant aussi c’est que, je crois, au moins dans la majorité de la production américaine, les gens y travaillent sérieusement, ils y vont à fond même quand ils sentent que le résultat sera nul.

      Dans Jessica Jones, il y a toute la matière et toute la qualité décrites dans cet article.

  2. J’ai bien aimé cette série et je me retrouve totalement dans cette critique.
    Un truc qui me semble important :
    Les personnages « secondaires » ont eux aussi une épaisseur identique à celle de l’héroïne ; ils sont seulement moins mis en avant, mais beaucoup peuvent éventuellement devenir le centre d’une nouvelle série développée. ils sont secondaires, mais pas auxiliaires des personnages principaux. ils font des choix qui ont leur propre logique, pas simplement ce qui ferait un stéréotype, et cela a des conséquences sur l’histoire et les personnages principaux. Bref, ce n’est pas l’histoire de Jessica Jones, c’est une histoire autour de Jessica Jones.

  3. Vraiment une bonne surprise cette série, j’ai hâte à la saison 2.
    Le personnage le plus ‘simpliste’ reste Will Simpson, pour lui la solution est simple et facile, il contraste avec les autres personnages pour qui rien n’est tout noir tout blanc.

    Petit crossover avec Daredevil dans le dernier épisode.

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